Édition du 20 juin 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

…Et Donald Trump devint l’homme le plus haï de la Terre !

La campagne présidentielle américaine avait commencé pour le fils de milliardaire, milliardaire lui-même, comme une campagne de pub. En battant les estrades, quitte à être électoralement battu, son nom qui est sa marque serait connue dans tous les Etats d’Amérique et du monde. Finançant sa campagne sur ses deniers, en dehors des partis traditionnels, les énormités, les mensonges, les « promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent », firent glousser d’aise les états-majors des Républicains et des Démocrates. Après tout, autant rire des délires d’un bateleur qui n’avait aucune chance de s’installer dans le bureau ovale !

Tiré de Entre les lignes, entre les mots.

Les Républicains rirent moins au fil du temps quand ils comprirent que seul Donald Trump pourrait faire gagner leur camp. Ils le choisirent, non sans amertume, comme leur champion. Sanders était pour Hillary Clinton le seul obstacle à son élection. Les Démocrates, à la rupture, préférèrent la continuité. Jusqu’au jour du vote personne ne crut qu’un xénophobe voulant chasser 13 millions de travailleurs étrangers, un milliardaire voulant démanteler l’obamacare, un sexiste, un homophobe, un zozo qui disait que le réchauffement climatique était un bobard… bref, un homme qui disait n’importe quoi ait une chance de l’emporter.

Le résultat de l’élection fut pondéré par beaucoup au nom du réalisme en politique. On pensa que la prise du pouvoir justifie tous les excès de langage mais que l’exercice du pouvoir « normaliserait » le discours et les actes. Moins de 3 mois après l’investiture, ceux qui n’avaient rien vu venir, se trompèrent de nouveau. Donald Trump signe des décrets à tour de bras pour faire ce qu’il a dit. Last but not least, Sa conseillère inventa les « faits alternatifs » et la post-vérité, des chercheurs cachent leurs études de peur que l’exécutif ne les détruise… et Trump continue de mentir (fausse information de l’attentat en Suède perpétré par des djihadistes, Hillary Clinton organisatrice d’un réseau pédophile dans une pizzéria etc.)

En quelques mois, le Président de la plus grande puissance économique du monde, championne du « monde libre », est devenu l’homme le plus détesté de la Terre. Plus personne ne rit. La peur, la colère, la haine ont remplacé le sourire amusé. La résistance s’organise, aux Etats-Unis et ailleurs. Les artistes sont en première ligne et les street artists également.

J’ai déjà évoqué dans un billet la campagne menée par Shepard Fairey. Un coup d’œil sur les autres initiatives est riche d’enseignements. Donald Trump est, dans de nombreux pays, peint en clown. Le clown est partout l’auguste et jamais le clown blanc. C’est le personnage grotesque de l’idiot, du naïf, du simplet, du benêt. Il est traditionnellement opposé au clown blanc qui est son exact contraire. Dans l’imaginaire américain, un auguste intelligent est redoutable, comme le Joker, l’adversaire de Batman, rusé et machiavélique. Grimé en auguste, il incarne le Mal.

De nombreuses fresques sont en fait des caricatures. Les traits marquants sont exagérés à l’excès : le but est de faire rire, comme les clowns. Ces représentations sont « classiques ». Rire des Puissants n’est guère récent et les deux procédés trouvent leur origine dans l’Antiquité.

Les artistes convoquent pour se moquer de Trump l’iconographie des bandes-dessinées ; le personnage démoniaque du Joker de DC Comics mais aussi celui de Captain America, super héros de Marvel, qui grâce à des superpouvoirs défend, seul, l’Amérique.

Reprenant les codes graphiques de la célèbre affiche d’Obama réalisée par Shepard Fairey, Trump est représenté comme l’anti-Obama, celui qui appuiera sur le bouton pour déclencher la 3ème guerre mondiale. Cette peur est alimentée par son rapprochement avec Taïwan et sa relation avec la Corée du Nord. Le spectre de la guerre nucléaire hante encore les imaginaires et les renversements d’alliances du Président américain le réactivent.

Utilisant le même procédé (l’inversion des codes de l’affiche d’Obama), une fresque fustige la manie de Trump d’utiliser Twitter. Le graphisme dépasse le jeu de mot en comparant explicitement Trump à Hitler. Cette comparaison a été très utilisée d’abord de façon allusive (des croix ressemblant à des svastikas par exemple) et ensuite de manière plus brutale ; Trump affublé d’une petite moustache est associé à des symboles nazis. Le glissement d’Hitler au Diable est récurrent. Hitler est depuis 1933, pour beaucoup, en quelque sorte, une déclinaison historicisée du Diable. Il incarne les Forces du Mal. Son image est universellement connue et la référence est immédiatement saisie. Plus classiquement, les cornes symbolisent Belzébuth, figure chrétienne du Démon.

En résumé, les street artists dans les pays dans lesquels existe la liberté d’expression ont utilisé trois procédés sans se concerter : la moquerie, faire peur, comparer aux figures symboliques du mal absolu.

Les street artists ne sont pas des artistes « hors sol » : ils sont informés comme les autres citoyens par les mêmes médias et réagissent par le même discours. Un « discours iconographique » qui cristallisera certes des « clichés » de Trump mais qui, politiquement, aura peu d’impact sur l’opinion. Donald Trump n’a que mépris pour l’opinion, du moins pour ceux qui ne pensent pas comme lui. Il exècre ceux qui contribuent à sa formation, la presse et plus globalement, les médias. La vérité comme l’eau sur les plumes du canard (duck in English, comme Donald) glisse sur ses partisans sans entamer leurs convictions. Les idées simplistes ont le vent en poupe. Ce même vent qui souffle sur les démocraties occidentales.

L’Art a ses limites ; il n’est pas inutile d’en cerner quelques-unes : la démagogie et le populisme en sont deux… de taille !

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