Édition du 18 septembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

Et pourtant, nous continuons à avancer : la lutte mondiale pour les droits des femmes

Quand on y réfléchit vraiment, le fait que les femmes du monde entier continuent de lutter pour l’égalité des droits dépasse l’entendement. Les humains ont réussi à maîtriser le vol, marcher sur la lune et ont créé l’Internet, mais on ne peut toujours pas faire confiance aux femmes pour qu’elles prennent des décisions autonomes au sujet de leur propre corps, avoir la garantie de vivre sans violence ou harcèlement ou être payées le même montant que les hommes pour faire le même travail.

Tiré de Equal Times.

Avec le recul, cette décennie sera en partie définie par la lutte sur plusieurs fronts pour les droits des femmes et par l’intégration progressive du féminisme dans tous les domaines ; le féminisme, cette idée révolutionnaire qui veut que toutes les personnes soient égales, quel que soit leur sexe. Du cri de ralliement de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie « Nous devrions tous être des féministes » au succès revitalisant du mouvement Me Too, en passant par l’impact mondial du féminisme intersectionnel pratiqué par des femmes et des filles courageuses, telles que la défenseure des droits indigènes et environnementaux hondurienne Berta Cáceres, l’activiste turque des droits LGBTI Hande Kader, la conseillère municipale brésilienne et activiste contre la violence policière Marielle Franco et l’activiste pakistanaise des droits des filles et de l’éducation Malala Yousafzai, le mouvement pour l’égalité des genres occupe le devant de la scène.

Mais n’oublions pas que ces mêmes femmes et filles paient souvent lourdement leur engagement : à l’âge de 15 ans, Malala a reçu une balle et a failli être tuée par les talibans, simplement parce qu’elle allait à l’école et qu’elle encourageait d’autres filles à faire de même ; Marielle Franco a été exécutée par des hommes armés qui n’ont pas encore été identifiés alors qu’elle rentrait chez elle après une manifestation pour l’autonomisation des jeunes femmes noires ; en août 2016, le corps brûlé et mutilé de Hande Kader a été retrouvé sur le bord d’une route à Istanbul – elle avait été violée et torturée avant son assassinat ; entre-temps, en mars 2016, Berta Cáceres rejoignait les centaines de défenseurs des droits environnementaux et des droits à la terre qui ont été assassinés ces dernières années, principalement en Amérique latine, mais aussi en Asie et en Afrique.

Outre la violence physique, il ne faut pas oublier non plus le rejet idéologique souvent virulent auquel se heurtent ces revendications d’égalité et de justice de la part des conservateurs politiques et des fondamentalistes religieux.

En Croatie, des groupes néoconservateurs – certains étroitement liés à l’Église catholique – se sont ralliés dans une tentative (infructueuse) visant à bloquer la ratification de la Convention d’Istanbul, le premier traité contraignant au monde dans la lutte contre la violence à l’égard des femmes. « Nous ne voulons pas que nos enfants apprennent à l’école qu’ils ne sont ni des “elle” ni des “lui”, mais qu’ils sont des “ça” », a déclaré un homme à Jelena Prtorić, journaliste correspondante d’Equal Times.

Bien que la ratification de la Convention ait finalement abouti, tout comme une campagne massive en faveur de la légalisation de l’avortement en Irlande, les femmes en Argentine ont récemment subi un terrible revers lorsque les législateurs ont rejeté la dépénalisation de l’avortement. Il s’agissait d’un geste emblématique des efforts des droites à travers le monde en vue de faire reculer les droits humains fondamentaux des femmes, notamment en matière de santé sexuelle et reproductive.

Mais bien qu’il y ait eu un mouvement de rejet, on a également assisté à des progrès, comme en témoignent certains des articles de cet avant-dernier numéro de notre sélection estivale. L’article de Nazaret Castro sur l’impact de la parité entre les sexes au sein de la CUT Brésil, la plus grande centrale syndicale d’Amérique latine, souligne l’importance de l’intégration du féminisme au niveau politique. « La parité est une stratégie fructueuse pour placer au programme du syndicat des questions telles que le droit aux crèches, aux laveries collectives et à l’allongement du congé de paternité, en plus de promouvoir la réflexion sur la manière de concilier la vie professionnelle et la vie familiale ou sur la réduction du temps de travail », écrit la journaliste.

Le problème de la violence sexiste dans le monde du travail a galvanisé les syndicats à travers le monde. La campagne visant à obtenir une convention contraignante de l’Organisation internationale du travail en matière de violence et de harcèlement a franchi un cap lors de la Conférence internationale du travail de juin dernier. Avant la réunion, Marie Clarke Walker, secrétaire-trésorière du Congrès du travail du Canada, a discuté avec Equal Times des raisons pour lesquelles la convention est si importante, ainsi que des raisons pour lesquelles la violence conjugale est un enjeu syndical.

L’accueil des enfants est un autre domaine clé pour les droits des femmes dans la perspective du travail. Partout dans le monde, les parents qui travaillent peinent à accéder à des services de garde d’enfants abordables, fiables et de bonne qualité, mais le problème est encore plus grave chez les travailleurs pauvres dans le Sud.

« Dans 31 pays en développement, moins de 1 % des femmes qui vivent dans la pauvreté ont accès à un service de garde d’enfants », écrivent Laura Alfers et Rachel Moussié du réseau WIEGO dans une tribune publiée par Equal Times au début de l’année.

Toutefois, dans le cas de l’Afrique du Sud, un investissement d’à peine 3,2 % du PIB dans les services de garde d’enfants permettrait d’étendre la couverture universelle à tous les enfants de moins de cinq ans et de créer 2,3 millions de nouveaux emplois et d’augmenter de 10 % le nombre de femmes dans la population active. Investir dans les services de garde d’enfants est non seulement éthique, mais aussi économiquement judicieux.

Au final, comme Nazaret Castro cherche à nous le rappeler dans son deuxième article pour cette série (une enquête sur l’impact du féminisme sur la politique générale à l’échelle internationale), « si le féminisme aspire à la transformation radicale de la société, dans les faits, comme il ne peut en être autrement, il va beaucoup plus loin que des revendications comme la parité de représentation, la correction de la brèche salariale ou l’élimination de la violence machiste ».

Le triomphe du féminisme ne se traduirait pas uniquement par l’égalité pour tous, mais aussi par la paix, la justice sociale, la justice environnementale et des moyens de subsistance durables pour tous. Tout cela peut sembler bien lointain de notre réalité actuelle, mais cela reste possible ; et peut-être même impératif pour la survie de notre espèce.

Tamara Gausi

Aurteure pour le site Equal Times.

https://www.equaltimes.org/

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