Édition du 16 octobre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Etats-Unis-débat. Comment les socialistes affrontent la question du « fondamentalisme des armes » ?

« C’est le moment du changement », « ça suffit », « plus jamais ça ».

Voici la formulation de quelques-unes des pancartes qui sont apparues lors des manifestations qui ont fait irruption depuis la fusillade dans une école de Parkland, en Floride [le 14 février 2018]. L’urgence déchirante qu’elles montrent est une indication de la profondeur du cauchemar qui affecte la politique américaine.

Tiré de À l’encontre.

Un premier reportage de Socialist Worker affirmait : « La colère collective et la méfiance qui s’organisent et s’expriment parmi de nombreux camarades de classe des victimes de la tuerie ont transformé cette tragédie en un tournant : il est marqué par des jeunes qui exigent que ce pays tente de faire réellement quelque chose face à cette épidémie de tueries de masse. » 

La question est la suivante : mais quoi ?

Les socialistes se sont montrés traditionnellement méfiants vis-à-vis de nombreuses mesures dites de « contrôle des armes ». Pour une part, de nombreuses mesures contre les armes mises en place dans des villes comme New York et Chicago ont contribué à criminaliser encore plus les communautés noires et latinos, tout en exacerbant les conditions sociales qui alimentent les crimes violents.

Nous savons également, sur la base de l’histoire de la Prohibition [les différentes lois qui, entre 1919 et 1933, ont visé à interdire la vente de l’alcool aux Etats-Unis, engendrant ce qui est vu comme un âge d’or du gangstérisme lié au marché noir ; donc période de la constitution de la fortune des Kennedy, entre autres] et de la « guerre contre la drogue » – et il est évident que les armes représentent pour certains Américains une drogue – que la répression de l’Etat contre des activités individuelles, même lorsqu’elles sont jugées nuisibles, ne fonctionne pas très bien.

Nous reconnaissons, en outre, le droit à l’autodéfense au sein d’une société violente, oppressive, où une femme sur trois souffre de violences conjugales et alors que le nombre de crimes de haine contre les musulmans, les immigré·e·s et la communauté LGBT ne fait que croître.

La gauche américaine a toujours dû organiser sa propre protection face au Ku Klux Klan et à d’autres groupes d’extrême-droite, sachant bien que la police et le FBI ne s’en chargeront pas. C’est une vérité qui est aujourd’hui aussi vraie qu’elle l’était dans le passé.

Finalement, au cours de la période récente de tueries de masse, on fait face à un schéma récurant extrêmement frustrant : suite à chaque horrible tragédie, les politiciens débattent bruyamment de la mise en place de lois sur le contrôle des armes – et il ne se passe rien d’autre.

Cela a eu l’effet d’obscurcir d’autres facteurs, nombreux, contribuant à la violence en Amérique. Le plus évident étant que nous vivons dans un état de guerre permanent, et qu’une génération de jeunes hommes ont été bombardé toute leur vie par des publicités, des films et des célébrations, lors de mi-temps, de jeunes hommes utilisant des fusils d’assaut pour assassiner des gens.

Toutes les raisons mentionnées plus haut appelant à un certain scepticisme restent vraies. Mais, en tant que réponse, elle semble également incomplète, tandis que le fondamentalisme de droite autour des armes est devenu une composante idéologique et organisationnelle centrale dans la montée des ailes les plus réactionnaires du Parti républicain.

Après l’horrible tuerie [17 morts et de nombreux blessés] de l’école de Parkland, en Floride, Wayne LaPierre, le leader de la National Rifle Association (NRA), a dénoncé la fusillade, mais il a énoncé des avertissements contre de nouvelles lois sur le contrôle des armes avec la même frénésie conspirationniste qui semble animer nombre de tueurs de masse.

« Ils veulent plus de contrôle par l’Etat », a-t-il fulminé. « Leur objectif est d’éliminer le deuxième amendement ainsi que nos libertés de posséder des armes à feu, de façon à éradiquer toutes les libertés individuelles. » 

Pour la NRA, ainsi que l’écrit Patrick Blanchfield pour le magasine en ligne n+1, « la possession d’armes n’est pas seulement un droit civique : c’est le droit civique sur lequel reposent tous les autres droits. Edifier des barrières autour de ce dernier est inacceptable, cela reviendrait à frapper au cœur le système politique et porterait atteinte au cœur des droits individuels. » [Le deuxième amendement de la Constitution – adopté en 1791, avec les autres amendements – reconnaît la possibilité d’organiser une milice « bien organisée » et garantit, de la sorte, à tout citoyen de porter des armes.]

Ce fondamentalisme sur les armes – qui considère que toute régulation ressort à la tyrannie – est une colle forte qui permet d’attacher au moins certains propriétaires d’armes blancs des zones rurales au libertarianism économique financé par les frères Koch [« rois » du pétrole et ont financé Trump] ainsi qu’à leur guerre contre toute protection du travail et de l’environnement.

La politique en matière d’individualisme radical qui est affichée dans ces cas porte inévitablement sur le droit de certains individus de dominer les autres. En ce qui concerne les fondamentalistes des armes, ces catégories comportent un « code de couleur » : la NRA et les républicains se sont signalés par leur silence devant les cas d’Afro-Américains comme Philando Castile et Marissa Alexander, qui sont victimisés pour posséder illégalement des armes et/ou les utiliser [le premier a été tué en 2016 par sept balles tirées par un policier, acquitté depuis lors, lors d’un contrôle routier après qu’il eut déclaré qu’il possédait une arme ; la seconde a été condamnée à 20 ans de prison pour avoir tiré une balle d’avertissement alors que son mari menaçait de la tuer].

Le fondamentalisme des armes constitue aussi un lien entre le Parti républicain et l’extrême-droite.

Les responsables républicains en Floride et en Pennsylvanie ont répandu le mensonge odieux que les victimes de Parkland étaient des acteurs.

Un autre exemple : Larry Pratt, le leader de Gun Owners of America, est un dirigeant de longue date d’une milice de droite qui travaille avec le républicain texan Ted Cruz. Il apparaît en outre fréquemment comme invité lors d’informations télévisées qui suivent les tueries de masse.

La réalité est que la NRA n’est pas seulement le principal acteur du mouvement sur les armes. Comptant 5 millions d’adhérents qui paient des cotisations, c’est la plus importante organisation de droite du pays. Alors que la plupart des gens adhèrent à la NRA pour s’entraîner aux tirs et à d’autres services, et non pour sa politique de droite dure, la base de masse de l’organisation est une audience captive pour une telle politique.

En dépit de sa grande influence, la NRA est loin de parler pour une majorité d’Américains, lesquels soutiennent l’introduction de nombreuses mesures de contrôle des armes. Néanmoins, la NRA est un acteur central au sein du Parti républicain et donc du système politique des Etats-Unis dans son ensemble.

Il s’ensuit que la « politique des armes » est emblématique d’une crise démocratique plus large dans ce pays, au sein duquel le pouvoir politique repose d’une manière disproportionnée dans les mains d’une minorité non représentative, de droite dure.

L’échec du système politique des Etats-Unis est ce qui a alimenté les manifestations étudiantes qui se sont répandues de manière inattendue après la tuerie de Parkland.

Il en découle que l’apparition de ces manifestations contre la NRA constituent une nouvelle aile dynamique de la résistance anti-Trump, ce qui doit encourager les socialistes à accélérer la prise en compte cette question et à déterminer quel peut être leur contribution à ce nouveau cycle.

Débutons par quelques faits au sujet des armes et de la violence par les armes.

Il y a deux fois plus d’armes par personne aujourd’hui qu’en 1968, la propriété des armes est pourtant plus concentrée qu’il y a un demi-siècle.

Environ un tiers des ménages américains dispose aujourd’hui d’une arme – ce qui est une diminution par rapport à la fin des années 1970, lorsque c’est la moitié des ménages qui en disposait. La moitié de toutes les armes en circulation sont possédées par 3% des propriétaires d’armes, qui en possèdent en moyenne 17 chacun.

En 2016, il y avait environ 11,8 décès par arme à feu pour 100’000 personnes – six fois plus qu’au Canada et près de 50 fois plus qu’en Grande-Bretagne. Néanmoins, le taux de morts par arme est plus bas aujourd’hui comparé au 13,5 pour 100’000, il y a 50 ans, et bien plus bas que celui de 15,2 pour 100’000 d’il y a 25 ans.

Environ deux tiers des morts par arme à feu résultent d’un suicide, un petit nombre desquels sont aussi des homicides ou même des tueries. Parmi les homicides par arme, la grande majorité est réalisée avec des armes de poing, les victimes et les tueurs sont d’une manière écrasante pauvres et issus de la classe laborieuse, et de façon disproportionnée Noirs.

Afin d’obtenir une image complète de la violence en Amérique, les statistiques sur les morts par arme commises illégalement par des citoyens ordinaires ne sont néanmoins pas suffisantes.

En 2016, la police a tué environ 1100 personnes aux Etats-Unis, soit largement plus que toute autre nation « aisée » – et, au demeurant, bien plus que le nombre total de victimes des tueries de masse. Les meurtres par la police constituent à eux seuls plus de 5% des homicides s’ils devaient être comptabilisés ainsi.

Les Etats-Unis se détachent également des autres pays riches pour le nombre de leurs citoyens qui souffrent de violences horribles dans les prisons, qui meurent en raison de l’absence d’une assurance maladie, de l’exposition au froid ou des maladies sociales liées à la pauvreté.

En résumé, les Etats-Unis sont un pays très violent et l’accès répandu aux armes constitue autant un symptôme qu’une cause supplémentaire de violence, bien que la relation causale soit moins évidente que les gens ne le pensent.

Si l’on compare la violence par les armes entre les Etats-Unis et d’autres pays, il semble évident qu’un plus grand nombre d’armes conduit à plus de morts. Si l’on compare le nombre d’armes et les personnes tuées par des armes au sein des Etats-Unis en 1968 et aujourd’hui, la réalité est qu’il y a moins de personnes tuées par arme en proportion avec l’Amérique d’aujourd’hui, qui a proportionnellement plus d’armes.

L’argument de la NRA que les armes empêchent la violence plus qu’elles ne la créent est clairement absurde. Mais il est également important de reconnaître les angles morts de la conception selon laquelle, ainsi que l’affirme une étude récente du New York Times, « les armes elles-mêmes sont la cause de la violence ». 

Les tueries de masse constituent un faible pourcentage de l’ensemble des morts par arme à feu, mais elles augmentent à un rythme alarmant. La revue Mother Jones tient un décompte à jour. En voici quelques conclusions :

« Depuis 1982, il y a eu au moins 97 tueries dans l’espace public à travers le pays, les fusillades se déroulant dans 34 Etats du Massachusetts à Hawaii. 58 de ces tueries ont eu lieu depuis 2006…

Plus de la moitié des cas [sur la base d’une analyse de 62 fusillades au cours de cette période] sont des tueries qui ont eu lieu dans les écoles ou sur les lieux de travail (12 et 20, respectivement) ; les 30 autres cas se sont déroulés dans des lieux tels que des shopping malls, des restaurants, des édifices religieux ou de l’Etat. 48 tueurs étaient des hommes blancs. Seulement une était une femme. »

De bien des façons, le fait que l’actuel débat sur les armes est alimenté par les tueries conduit à une distorsion car la plupart des homicides par arme à feu n’ont pas lieu dans des écoles de la périphérie [au sens quartiers plus aisés], et les mesures spécifiques pour ce genre d’endroits n’auront aucun résultat pour les jeunes Noirs ghettoïsés dans tout le pays dans des zones pauvres où la présence policière se fait fortement sentir.

En même temps, les tueries disent une chose forte sur le monde dans lequel nous vivons.

De la même façon que le fait que de misérables jeunes hommes qui commettent des meurtres au nom de l’Etat islamique constitue un signe que l’empire états-unien ne peut empêcher la violence de ses guerres de venir à domicile, de misérables jeunes hommes qui massacrent sous l’influence de la suprématie blanche, de la misogynie et d’autres éléments de la réaction américaine sont un signe que les fondamentalistes des armes sont en train de créer un monde où personne n’est en sécurité.

Comment donc les socialistes doivent-ils utiliser leur approche politique – laquelle s’oppose à une attribution accrue de pouvoir à la police et considère que la violence s’enracine dans des conditions sociales engendrées par l’inégalité, l’oppression et l’aliénation propres au capitalisme – afin de contribuer à ce qui pourrait devenir un nouveau mouvement de protestation contre le NRA et le fondamentalisme des armes ?

Parmi les nombreuses propositions et revendications mises en avant, nous devons démêler celles qui conduiraient à une répression et à une surveillance accrues ainsi que celles qui réduiraient le pouvoir des fabricants d’armes et des fondamentalistes des armes.

Le fait que les armes sont une marchandise exonérée exceptionnellement des régulations en matière de santé et de sécurité est simplement absurde. Nous devons rejoindre les appels visant à mettre un terme – croyez-le ou non, mais il s’agit de deux choses réelles – à l’immunité de l’industrie des armes en matière de poursuite judiciaire ainsi que soit retiré le bâillon placé sur les recherches en matière de violence par les armes.

Les propositions portant sur l’attribution de licences, l’introduction de temps d’attente ainsi que de critères de sécurité et d’âge doivent toutes être évaluées sur la base de leurs mérites propres. Mais, en général, il n’y a aucune raison qui justifie que les armes ne soient pas sujettes au même degré de vigilance qu’en ce qui concerne le permis de conduire. Si une agence gouvernementale devait prendre en charge l’entraînement des tirs et l’attribution de licences, cela minerait également le principal vivier de recrutement à la NRA.

En revanche, nous devons avancer l’argument, quelquefois impopulaire, que les contrôles d’antécédents, bien qu’ils puissent être proposés dans l’espoir d’empêcher que des gens pouvant potentiellement en faire un usage nuisible ait un accès à une arme, sont d’une manière générale répressifs.

Un sondage récent a démontré que parmi les nombreuses mesures de contrôle des armes, celle qui reçoit le soutien le plus ample est celle qui propose une législation visant à « empêcher les criminels condamnés et ceux atteints de problèmes psychiques de posséder des armes ».

De telles lois n’empêcheront pas des Nikolas Cruz [l’assassin de Parkland] et d’autres tueurs de masse d’accéder à une arme. Mais, eu égard à la nature indéniablement raciste du système pénal, les gens de couleur seront frappés d’interdit d’une manière disproportionnée.

Les socialistes peuvent – et je crois qu’ils devraient le faire – également soutenir l’interdiction de fabriquer des armes telles que le fusil semi-automatique AR-15, bien que nous devrions être clair qu’il s’agirait là plus d’une victoire culturelle que d’une mesure qui réduirait réellement le nombre d’armes, à court terme pour le moins. L’effet immédiat que l’interdiction d’un fusil soit prise en compte et adoptée aura probablement pour effet que des millions d’AR-15 seront achetés avant que l’interdiction n’entre en vigueur.

Une interdiction pourrait même conduire à une augmentation des tueries comme conséquence de l’intensification de la rhétorique des Wayne LaPierre [écrivain et vice-président exécutif de la NRA depuis 1991] et compagnie, ce qui souligne que ce qu’il faut, ce n’est pas seulement une législation sur les armes, mais un mouvement politique contre le fondamentalisme des armes. [Voir l’article du Guardian du 22 février 2018 : « Wayne LaPierre’s speech : a remdinder of the paranoia that gave us Trump ».]

Nous devons aussi nous opposer à ce qui sera vraisemblablement une tentative de tourner la souffrance et la colère des étudiants de Parkland en faveur de l’attribution de pouvoirs accrus à la police. Ainsi que l’a écrit Blanchfield pour n+1 :

« Un grand nombre de commentateurs, qui devraient être plus avisés, oublient facilement que l’Assault Weapons Ban [l’interdiction d’armes d’assaut] de 1994 était simplement une sous-section du Violent Crime Control and Law Enforcement Act [Loi sur le contrôle des crimes violents et du maintien de l’ordre] rédigée par Joe Biden [vice-président de 2009 à 2017] et approuvée par Clinton. Cette législation allouait 9,7 milliards de dollars pour la construction de nouvelles prisons et attribuait de l’argent aux Etats afin qu’ils poursuivent des lignes directrices plus dures tout en supprimant les programmes éducatifs des prisons – en d’autres termes, rédiger un chèque en blanc assurant que le New Jim Crow fasse son entrée dans le XXIe siècle. »

Nous devons non seulement affirmer que la répression et la criminalisation de la part de l’Etat ne sont pas une solution à la violence des armes ; nous devons dire qu’elles font en réalité partie de cette violence, et que le mouvement devrait se battre afin de supprimer l’emprisonnement de masse [plus de deux millions aux Etats-Unis] et la militarisation des polices.

Il y a, bien entendu, de nombreuses autres revendications que les socialistes peuvent amener à la discussion : d’une réduction des dépenses militaires afin de financer des programmes de santé publique en passant par la suppression du programme de sécurité scolaire de la NRA. Mais, en dernière instance, les revendications qui prendront au sein du mouvement seront un reflet de la vigueur des forces sociales qui le composent.

Des milliers de personnes ordinaires ont passé de nombreuses années à lutter contre la violence des armes, mais pour une bonne part de cette période, la politique du contrôle des armes a été dominée par des gens tels que le milliardaire Michael Bloomberg qui a tiré parti de son mandat de maire de New York pour promouvoir le contrôle des armes, alors même que les forces de police sous son autorité employaient leurs armes dans leur pratique quotidienne de fouilles sur la base d’un délit de faciès [stop and frisk] de milliers de jeunes de couleur.

Si des gens comme Bloomberg et des chefs de police dans des grandes villes continuent à être la voix principale dans le débat sur la violence des armes, le même cycle frustrant va se reproduire.

Le débat restera polarisé entre l’aile droite dure des fondamentalistes des armes, d’un côté, et, de l’autre, l’élite « centriste », dont la réponse à chaque question sera d’accroître les attributions de la police, et qui sont déterminés à empêcher que soient soulevées des questions plus profondes quant aux racines de la violence.

Au sein de ce chœur, la NRA sera dénoncée continuellement alors que le Pentagone ne sera jamais mentionné. Des articles d’opinion déclareront que les fusils d’assaut appartiennent au champ de bataille, et non au sol de la patrie – tout en ignorant le fait que les armes toujours plus puissantes que l’on retrouve dans nos quartiers sont simplement la version locale des modèles demandés par les généraux afin d’infliger le plus grand nombre de victimes contre les gens en Afghanistan.

Nous devons, au contraire, tout faire pour que les rassemblements contre la violence des armes soient dirigés – ou pour le moins comprennent – par ceux qui sont le plus familiers avec la violence américaine et le fait que les forces de l’ordre n’empêchent pas celle-ci, mais qu’au contraire elles y contribuent. Cela signifie revendiquer la présence d’activistes du Movement for Black Lives Matter, les défenseurs de l’eau de Standing Rock [contre le pipeline qui pollue les terres], ainsi que des activistes luttant contre les viols et les violences « conjugales », pour ne mentionner que quelques exemples.

Si un mouvement authentique contre l’adoration des armes, partant de la base, se développe dans ce pays, cela demandera du temps pour permettre à ces débats de venir à maturité. Les socialistes devraient se mettre d’accord sur le fait qu’en même temps que l’on met en avant notre approche, nous devons aussi écouter et apprendre de ceux et celles qui manifestent avec nous.

Un point sur lequel nous pouvons apporter une contribution, c’est une perspective sur le long terme – autant par rapport au passé qu’en ce qui concerne l’avenir. Des siècles de violence – contre les Amérindiens, les Africains mis en esclavage, les grévistes, etc. – ont contribué au fait que les Américains possèdent plus d’armes que dans n’importe quel autre pays.

C’est aussi la raison principale qui explique pourquoi ces armes seront aussi difficiles à effacer que cette histoire.

Un grand nombre de gens indiquent avec espoir l’exemple de l’Australie, pays qui a répondu, en 1996, à une tuerie en adoptant de nouveaux critères en matière d’attente et de permis – et, aspect le plus célèbre, a mis en œuvre un programme de rachat qui a créé la possibilité « d’acheter et détruire plus de 600’000 armes à feu civiles, au cœur d’un programme qui a coûté un demi-milliard de dollars et a été financé par une hausse d’impôts », selon l’article d’Uri Friedman écrit pour Atlantic.

Malheureusement, un tel programme ne se transfère pas aussi aisément aux Etats-Unis. Pour citer à nouveau Patrick Blanchifield : 

« Au cours de la saison de shopping 2015, les Américains ont acheté trois fois plus d’armes que ce qui a été collecté pendant une année dans toute l’Australie pendant le programme de rachat de 1995-96. Le coût de mise en œuvre d’un programme similaire pour les Etats-Unis – si l’on considère uniquement les dépenses d’achat qu’il implique, excluant le coût d’application pour les inévitables cas de non-respect – pourrait, en outre, aisément dépasser 100 milliards de dollars. »

Voilà pour la mauvaise nouvelle.

La bonne nouvelle est la réaction des camarades de classe des victimes de Parkland ainsi que des étudiant·e·s dans tout le pays. Les débrayages dans les écoles montrent qu’une nouvelle génération – dont l’adolescence a été rythmée d’exercices de confinement en cas de tuerie – demande avec raison des comptes aux responsables des écoles et aux politiciens pour l’épidémie de tueries.

Un jeune mouvement de protestation a le potentiel de changer l’équation dans le débat sur les armes en ouvrant un nouvel espace permettant de bâtir une alternative de gauche – une alternative qui considère qu’il y a plus de similitudes que de différences entre la NRA et le FBI, et qui exige que la violence des armes soit mise en rapport avec le racisme et l’impérialisme américains.

Les socialistes doivent débattre de leur approche sur des questions générales ainsi que sur des propositions spécifiques – mais nous savons bien qu’il est nécessaire que nous participions aux tentatives visant à bâtir cette aile gauche.

Article publié sur SocialistWorker.org le 27 février 2018, traduction A l’Encontre.

Danny Katch

Auteur pour le site Socialist workers (Etats-Unis).

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