Édition du 18 septembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Europe

Europe des nations ? Des Etats ? Des Etats-nations ? Des régions ? Fédérale ? Confédérale ? Que sais-je encore… Le magma européen

La crise catalane a suscité une avalanche de réactions en Europe. Très vite, les dirigeants des principaux pays européens ont apporté leur soutien au gouvernement de Mariano Rajoy. Soutien en général sans nuances, qui évitait, à l’instar du président Macron, toute référence aux violences pourtant avérées de la police espagnole.

tiré de : Le numéro 158 (novembre/décembre) de Réchauffer la Banquise, la gazette pour tropicaliser la gauche congelée.

Il aurait pu dire, le président Macron, avec le langage fleuri qu’il utilise volontiers pour se gausser du populo : « Dis donc, Mariano, on te soutient, d’accord, mais c’était pas la peine de taper si fort, y compris sur les p’tits vieux. Pas de pitié pour les fainéants, d’accord, mais pas de sang ». Mais non. Il faut reconnaitre qu’ici, les violences policières, on commence à savoir ce que c’est. Alors… Le président Macron en a profité pour se fendre d’un discours sur l’Europe en reprenant la vieille idée du fédéralisme, dont les partisans proposent diverses variantes. Par exemple, « les états-unis d’Europe », sauce américaine, ou la « fédération d’états-nations » (nation a été rajouté, sauce Delors reprise par Macron, la même que la précédente avec moins de ketchup et une louche en plus de mayonnaise. Ceci à un moment où la tendance des peuples est plutôt au renâclement envers les instances supranationales. Le succès du Brexit n’était pas que le fait d’« illettrés » et de braillards xénophobes, même s’il le fut aussi pour ces derniers. Quant aux « états-unis d’Europe », modèle US, avec des dizaines de langues (et plus globalement de cultures) différentes, bon courage.

Concernant, les revendications régionales, on ne saurait les mettre toutes dans le même panier. Si l’Ecosse ou la Corse, par exemple, la population est majoritairement issue du territoire, c’est probablement moins évident pour la Catalogne, don la réussite économique depuis quelques décennies a attiré nombre de personnes venant d’autres régions d’Espagne ou de l’étranger. Ni la Catalogne, ni l’Ecosse, ni la Corse, ni l’Euskadi, moins encore la Flandre n’ont été à proprement parler des colonies de la France, de l’Angleterre de l’Espagne (ou de la Belgique !), les conflits souvent violents qu’ils ont pu connaître relèvent pour beaucoup de l’époque où les luttes seigneuriales de pouvoir étaient incessantes. Pour notre part, nous craignons l’émiettement des nations européennes, et prônons avant tout le dialogue. L’exemple écossais montre que ça peut fonctionner.

Le seul (ex) leader politique français ayant prôné une confédération européenne est Jean-Pierre Chevènement. Rappelons ici la différence entre fédération et confédération. La fédération « pure » se caractérise par la prédominance des décisions fédérales sur celles des membres, sur tous les sujets adoptés par la majorité des instances fédérales mises en place, et l’impossibilité pour les membres de sortir de la fédération (sauf s’il est prévu des cas d’exclusion). C’est donc l’instance fédérale qui décide des domaines laissés à la compétence des membres. Exemples de fédérations quasi pures ; les Etats-Unis, le Brésil. La confédération « pure » n’a pas d’existence juridique internationale. Chaque membre peut décider de s’en extraire. Les décisions communes requièrent l’unanimité des membres. Exemple de confédération : la Suisse, de 1291 à 1848, date à laquelle elle se dota dune constitution fédérale, out en conservant officiellement le nom de Confédération suisse (ou helvétique). Telle qu’elle est, l’Europe est donc une mixture de fédération (parlement élu mais au pouvoir limité , droit européen primant les droits nationaux dans certains domaines, de plus en plus étendus, certaines décisions prises à la majorité…) et de confédération (possibilité de quitter l’union, le brexit par exemple, certaines décisions requérant l’unanimité, conservation d’une part importante de souveraineté des états sur des sujets importants (fiscalité, social, politique pénale, lois électorales, poids des conseils des ministres des pays membres disposant d’un quasi droit de veto sur les propositions de la Commission ou les résolutions du parlement…).

Le flou institutionnel européen n’arrange pas les choses, n’est probablement pas le plus déterminant dans les insuffisances des actions de l’Union européenne. La racine du mal-être est présente dès le Traité de Rome (1960) l’Europe est conçue à partir de l’économie et du commerce. Ce qui est insuffisant si l’objectif des « pères fondateurs » est d’aboutir à une fédération assurant la paix et, tant qu’on y est, la prospérité, bref un véritable état européen. Mais un état sans nation n’est qu’une superstructure administrative vite guettée par la bureaucratie (on constate cela dit que même si l’U.E. n’est pas un état, la bureaucratie y prospère). Faire nation suppose des valeurs communes (celles de l’U.E. sont accommodées à des sauces fort différentes. Quoi de commun à ce sujet entre Hongrie et Portugal, par exemple ?), des cultures proches (avec des dizaines de langues, des patrimoines culturels multiséculaires, on est loin du compte en Europe, contrairement au Brésil et aux Etats-Unis).

La tare principale de l’U.E. est elle aussi présente dans le traité de Rome, amplifiée depuis : la prééminence de l’économie sur le social, le dogme imbécile de la « concurrence libre et non faussée » avancé comme paradigme de toute politique. Ceux que bien des médias désignent comme eurosceptiques ne sont pas anti-européens. Simplement, ils ne veulent pas de cette Europe là. Pour eux, le paradigme dominant ne saurait être la concurrence mais la coopération et la justice sociale

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