Édition du 23 mai 2017

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États-Unis

ExxonMobil et Dow Chemical demandent à l’administration Trump de s’inquiéter de l’influence qu’elle subit de la part des entreprises

Nous savons tous que les entreprises font du lobby pour leurs propres avantages. C’est une pratique normale qui soutient leurs profits et leur statut économique, mais qu’ExxonMobil et d’autres compagnies exigent de l’administration Trump qu’elle examine de près l’influence que les entreprises exercent sur elle, (est plus étrange). Norman Eisen du Brookingd Institute et Jay Solomon du Wall Street Journal sont avec nous pour discuter de cette levée du drapeau rouge.

PBS Newshour, 20 avril 2017
Traduction : Alexandra Cyr

PBS NH, Hari Sreenivasan : Voilà que deux entreprises géantes agitent le drapeau rouge en coulisses sur un aspect de l’administration Trump. Tous les jours, les compagnies font du lobbying en faveur de leurs intérêts et de ceux de leurs actionnaires. Parfois, il arrive que ça ne vise pas que les profits, mais aussi leur survie économique, celle des employés-es et des communautés.

ExxonMobil et Dow Chemical approfondissent leurs réflexions sur l’influence qu’ont les entreprises sur l’administration Trump. En avril 2012, Rex Tillerson, à l’époque p.d.g. d’ExxonMobil, s’est rendu à Moscou pour finaliser un contrat avec l’entreprise pétrolière russe Rosneft. Il parlait d’investir 500 milliards dans la prospection pétrolière dans l’Océan Arctique et dans la Mer Noire : « Je voudrais vous remercier pour votre chaleureux accueil. C’est un jour historique pour ExxonMobil et Rosneft ».

Deux ans plus tard, les forages ont été arrêtés quand les États-Unis ont imposé des sanctions à la Russie pour l’annexion de la Crimée aux dépens de l’Ukraine. Aujourd’hui, ExxonMobil demande à l’administration Trump de permettre au projet dans la Mer Noire d’aller de l’avant.

M. Tillerson exerce son nouveau rôle de Secrétaire d’État. Il déclare qu’il s’en tiendra à ce qu’il a promis durant les audiences pour sa nomination : « Pour toutes questions impliquant ExxonMobil se présentant devant moi, je me récuserai ».

Mais ses liens passés avec la compagnie amènent certains à demander des vérifications plus serrées. En plus, l’affaire de l’intrusion possible de la Russie dans l’élection de 2016 demeure un enjeu important à Washington ; par exemple, le Sénateur J, McCain exprime son scepticisme (…) Il a « tweeté » hier : « Est-ce qu’ils sont fous ? ».

Du même souffle, Dow Chemical demande à l’administration de ne pas imposer plus de restrictions sur les trois insecticides les plus utilisés, soit le diazinon, le malathion et le chlorpyrifos.

Selon Associated Press, Dow Chemical et deux autres manufacturiers veulent que le gouvernement mette de côté les études fédérales qui soutiennent que ces produits chimiques sont nocifs pour 1,800 espèces menacées ou en danger. Ils invoquent que ces études ne sont pas fiables. Ceux et celles qui défendent l’environnement répondent qu’il n’existe pas de conditions de laboratoires parfaites. Voici l’opinion de M. Brett Hartl du Centre pour la biodiversité : « Vous ne pouvez pas simplement prendre une espèce en danger, par exemple un saumon sauvage en danger, l’apporter au laboratoire et l’exposer à la quantité de pesticides suffisantes pour le faire mourir et ainsi avoir les données dont vous avez besoin. C’est moralement condamnable ; c’est illégal ».

L’Agence pour la protection de l’environnement, (EPA) répond qu’elle révise les demandes au fur et à mesure qu’elles arrivent, en prenant particulièrement en compte la science pertinente et les bonnes mesures pour élaborer les politiques.

Comme pour Exxon, l’influence de Dow peut devenir un enjeu. La compagnie a contribué à la hauteur d’un million de dollars pour les fêtes lors de l’assermentation du Président et, en février dernier, quand D. Trump à signé un décret annulant des règlements, le p.d.g. de Dow était à ses côtés.

C’est Jay Solomon qui a rendu publiques les nouvelles à propos d’ExxonMobil dans le Wall Street Journal. Norman Eisen a été conseiller spécial auprès du Président Obama. Il est un expert de l’éthique dans les gouvernements et il est maintenant attaché au Brookings Institute.

Jay, (…) pourquoi Exxon veut-elle ce qu’elle demande ?

Jay Solomon : Avant tout, parce que l’Arctique et la Mer Noire sont parmi les endroits les plus recherchés en ce moment pour des forages de première main. En fonction de leurs gains dans l’avenir, de la croissance de leurs affaires, (les compagnies) pensent que ce sont les derniers endroits intéressants pour l’exploration.

H.S. : Quelles sommes cela peut-il représenter ? Est-ce que le potentiel est intéressant ?

J.S. : Le Président Poutine, quand le projet à été annoncé en 2012, parlait d’autant que 500 milliards de dollars d’investissement et il y a des quantités énormes de gaz et de pétrole dans la région.

H.S. : Est-ce courant de s’attendre à ce type de situation ? Est-ce que c’est basé sur de l’humanitaire ou sur d’autres raisons ?

J.S. : Ça l’est. Si vous examinez les cas de la Birmanie et de l’Iran durant l’administration Obama, ces pays ont mené leurs politiques en quelque sorte et ils ont bénéficié d’exemptions pour des raisons humanitaires et technologiques. Dans le cas présent qui est chargé politiquement, avec autant d’argent impliqué et un pays comme la Russie, ce serait plutôt inhabituel que des dérogations soient accordées.

H.S. : Rex Tillerson, ex dirigeant d’ExxonMobil et maintenant Secrétaire d’État, a annoncé qu’il se récusait de ce cas pendant deux ans. C’est correct ?

J.S. : Oui, c’est ce qu’il a dit, mais finalement, la décision d’accorder une dérogation appartient à un bureau au Département du trésor. Mais parce qu’il y a des implications de sécurité et de politiques étrangères, le Département d’État (serait concerné) via ses agences de renseignements, constituant un enjeu plus vaste.

Visiblement, quand R. Tillerson est arrivé à son poste (au gouvernement), la question s’est posée de savoir quel impact son poste antérieur aurait sur les enjeux soulevés par Exxon. C’est délicat. Déjà des Républicains-es et des Démocrates disent que, non seulement en raison de M. Tillerson, ces projets ne seront pas soutenus politiquement à cause surtout des préoccupations entourant le piratage électronique russe des dernières élections et de d’autres enquêtes.

H.S. : Norm Eisen, que pensez-vous de la décision de Rex Tillerson de se récuser dans cette situation ? N’est-ce pas un des genres de sauvegarde qui sont en place pour empêcher que rien de fâcheux ne survienne ?

Norman Eisen : Je pense que c’est important que M. Tillerson se récuse. Il faut l’applaudir pour cela et pour sa rupture complète d’avec Exxon. Mais est-ce que cela résout tous les problèmes ? Exxon a donné 500,000 $ pour les fêtes lors de l’assermentation du Président. Il y a un énorme nuage sur la question de la Russie, non seulement à cause des violations des frontières et de la souveraineté (de l’Ukraine) qui ont mené aux sanctions, mais aussi à cause des violations de nos normes démocratiques. Il n’y a aucun doute que la Russie a interféré dans nos élections. La seule question qui subsiste en ce moment, c’est de savoir si le Président Trump ou son entourage étaient au courant de cette implication. Accorder des allègements aux sanctions maintenant est donc hors de question.

H.S. : Norm Eisen, souvent, c’est le rapprochement et l’agencement des faits qui mènent finalement à des conclusions diverses. D’ici à ce que des preuves évidentes soient en vue, est-ce que nous devons « préjuger » ?

N.E. : Au contraire, je pense qu’il est très important de ne pas préjuger, mais en même temps, nous sommes devant un consensus clair, un consensus de la communauté des renseignements.

Nous venons de voir des documents venant d’un groupe de réflexion russe qui démontre cette interférence dans nos élections. On peut qualifier cela d’acte « de guerre grise », démontrant une hostilité extraordinaire envers les États-Unis. Il y a de sérieuses indications qu’il y a eu des contacts (à ce sujet) avec l’entourage du Président Trump (au cours de sa campagne électorale). De très sérieuses preuves soulèvent des questions ici, allant du climat politique aux allègements dans les sanctions. Je ne crois pas que (les projets) seront acceptés.

H.S. : Jay Solomon, vous avez parlé un peu du climat politique. Quel soutien ou manque de soutien est en place quand le Sénateur McCain demande : « Êtes-vous fous ? » en ce qui concerne le cas Exxon ?

J.S. : Non, je pense que c’est réfléchi. Je pense que l’argument d’Exxon est le suivant : c’est simple, nous devons commencer à forer à la fin de cette année ou nous allons perdre notre concession. Et alors, des compagnies européennes, qui sont déjà en train de se mobiliser dans le secteur, auront l’avantage obtenu par l’Union européenne : des assouplissements aux sanctions pour qu’elles puissent travailler. Si nous n’en avons pas, le développement va donc se faire de toute façon et les investissements américains et les emplois américains vont en souffrir.

Ce seront leurs arguments, mais, je suis d’accord qu’il sera très difficile d’obtenir l’appui politique nécessaire. La Russie, que ce soit par le piratage informatique ou par les accusations de collusion ou encore l’Ukraine, n’a rien fait pour que le Président Trump puisse travailler avec eux. Je suis donc d’accord que l’administration aura beaucoup de mal à obtenir le soutien politique nécessaire (pour ces projets).

H.S. : Norm, est-ce que vous avez les mêmes préoccupations en ce qui concerne Dow ?

N.E. : Dieu merci, Dow n’est pas accusée d’attaque contre la démocratie, mais sa contribution aux fêtes lors de l’assermentation du Président a été d’un million ; c’est plus qu’Exxon et vous voyez son p.d.g. aux côtés du Président. Il a un accès privilégié à la Maison blanche, préside un groupe de conseillers du Président et il était là quand D. Trump a signé les décrets qui annulent des règlementations antérieures. Et maintenant, la compagnie demande que la science soit mise de côté et que la régulation soit ajustée de nouveau. Le gouvernement américain détient des résultats scientifiques à propos de ces composés organophosphorés et des dommages qu’ils causent. Ça ne paraît pas très correct.

H.S. : Norm Eisen, en quoi ceci est-il différent du phénomène de la porte tournante que les gens de Washington détestent tant. Des gens qui quittent le gouvernement et s’en vont directement dans le secteur privé et souvent reviennent à leurs postes administratifs ?

N.E. : Le problème avec la Maison blanche de D. Trump, c’est que la porte tournante a été retirée et elle est constamment ouverte. Les dirigeants-es d’entreprises s’y sont engouffrés-es avec les lobbyistes. L’interdiction de faire du lobbying (à la Maison blanche) que le Président Obama avait introduit avec un décret sur l’éthique, a été retirée. Tous pensent que les entreprises doivent avoir leur place à la table, doivent donc être au niveau de ce qui s’y discute, mais, il semble bien que tout cela fonctionne en faveur des entreprises de manière disproportionnée ; en faveur de leurs intérêts, loin de ceux du public. C’est donc inquiétant. C’est bien pire que la porte tournante.

H.S. : Merci à vous deux.

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