Édition du 26 juin 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Femmes autochtones disparues ou assassinées Trop de questions sans réponse

Lors de la dernière campagne électorale fédérale, le nouveau Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, avait fait la promesse de tenir une commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées. Pour mieux comprendre la situation, voici le reportage réalisé en 2014 par Mme Lise Gill à ce sujet.

Tiré du site du Magazine Premières nations.

Depuis les 30 dernières années, des centaines de femmes autochtones sont disparues ou ont été assassinées au Canada. Si toutes les requêtes, les manifestations, les appuis demandant au gouvernement du Canada de créer une commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées, n’avaient pas encore reçu de réponse positive, ils auront tout de même permis de sensibiliser tous les Canadiens a cette triste réalité. Mais que connaît-on réellement de cette situation ? Qu’est-ce que pourra apporter une commission d’enquête nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada, comme le réclamaient les organisations autochtones et les organismes internationaux ?

L’ex-Premier ministre Harper déclarait en août dernier : « Nous ne devons pas y voir un phénomène sociologique, nous devons y voir des crimes… des crimes qui doivent être traités en conséquence. » Par cette déclaration, le Premier ministre de l’époque s’en remettait aux enquêtes policières.

Rappelons qu’en mars 2014, un Comité spécial de la Chambre des communes, sur la violence faite aux femmes autochtones publiait un rapport intitulé : « Femmes invisibles : un appel à l’action » Le rapport fut reçu froidement par les organisations autochtones.Mme Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec soulignait que les recommandations du rapport sont timides et qu’il ne recommande aucun engagement financier sérieux.En septembre, le Gouvernement Harper déposait son plan d’action pour contrer la violence familiale et les crimes violents à l’endroit des femmes et des filles autochtones. Le plan sera appuyé par un investissement de 25 millions de dollars réparti sur 5 ans.

Rappelons d’abord quelques faits, relatés par la Presse, qui montrent à quel point la situation des femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada constitue un ensemble d’événements dramatiques, qui soulèvent encore bien des interrogations et qui nous plongent dans un univers de violence, d’insécurité et de vulnérabilité.

En 2002, dans l’Affaire Pickton,il s’est avéré que plusieurs des victimes du meurtrier en série étaient des femmes autochtones.Des 33 femmes dont on a trouvé des traces d’ADN sur la ferme de Pickton en Colombie-Britannique, 12 étaient des femmes autochtones.

En 2005, Cynthia Kudjick est la première victime de meurtre de l’année à Montréal.L’année suivante,Tiffany Morrison de Kanawake disparaît.Son corps est retrouvé en mai 2010 au pied du pont Mercier.Ses proches sont persuadés que cette disparition aurait mieux été couverte par les média si elle n’avait pas été une autochtone.Puis en 2008, disparition de Maisy Odjick et de Shannon Alexander originaires de la communauté autochtone de Kitigan Zibi au Québec.

En 2011, les corps de deux jeunes autochtones Rene Lynn Gunning et Krystie Knott de Fort St-John en Colombie-Britannique sont retrouvés àGrande Prairie en Alberta.Elles étaient disparues depuis 2005.L’année suivante, le meurtrier de Carolyn Sinclair, Lorna Blacksmith et Tanya Nepinak, trois jeunes femmes autochtones, est arrêté au Manitoba.

En 2012, publication du rapport de la commission Oppal sur les raisons pour lesquelles les policiers de Vancouver n’ont pas réussi à arrêter plus tôt le tueur en série Robert Pickton. La Commission s’est également intéressée aux 18 femmes disparues ou assassinées le long de la route 16, surnommée « la route des larmes ». Le rapport souligne que la surreprésentation des femmes autochtones, dans les cas de femmes disparues ou assassinées à travers le Canada, devrait être analysée dans le contexte plus large des effets de politiques colonialistes.En 2013, selon un rapport de la Gendarmerie royale du Canada publié en mai, 1 181 femmes des Premières nations ont disparues ou ont été assassinées entre 1980 et 2012.Elles représentent 11,3% de toutes les femmes disparues signalées et 16% de toutes les femmes assassinées signalées au Canada.

En 2014, meurtre à Halifax de Loretta Saunders, une Inuite de Terre-Neuve et Labrador. Triste coïncidence, elle préparait une thèse sur les femmes autochtones assassinées ou disparues.La même année, découverte du corps d’une autochtone de 15 ans, Tina Fontaine,dans la rivière Rouge à Winnipeg.Et maintenant, que savons-nous des autres ?

Nous sommes tous très troublés par ces événements.Comment maintenant est-ce possible de les comprendre, de les quantifier, de les documenter le mieux possible sinon en recueillant les informations qui permettront d’analyser les causes systémiques avec toute l’indépendance et la transparence nécessaire. Il faut mettre fin à ces tristes histoires, pour la génération actuelle et surtout pour offrir un meilleur avenir pour tous les enfants autochtones.

Qu’est-ce que pourrait apporter une commission d’enquête nationale sinon répondre aux questions suivantes : Pourquoi, comment, où, combien ? S’il est reconnu, par l’ensemble des appuis apporté pour une telle enquête, que la situation des femmes autochtones disparues et assassinées, est un enjeu national,une commission d’enquête nationale serait le moyen le plus efficace d’en dresser un portrait complet et impartial.

Et ça, ça ne peut se faire sans une participation des Premières nations à une vaste réflexion, aux orientations et aux décisions qui seront prises. Devant de tels événements, il faut prendre les meilleurs moyens possibles pour changer radicalement les choses.C’en est assez d’être des victimes. Les femmes autochtones ont le droit de vivre librement et en sécurité, où qu’elles soient.

Regardons derrière nous, et observons tous les pas qui ont été faits depuis la Commission royale d’enquête sur les peuples autochtones et la Commission de vérité et de réconciliation qui a fait la lumière sur la réalité des pensionnats et leur impact sur des générations d’Autochtones. Pour les Peuples autochtones et l’ensemble des Canadiens, ce ne sera plus jamais pareil, puisque ces commissions auront mis en lumière, entres autres,des situations discriminatoires flagrantes. Les travaux de ces commissions constituent une source incroyable de témoignages de ceux qui, jusqu’ici, n’avaient pas eu la chance de s’exprimer et de faire connaître leur histoire.Ce n’est toujours pas dans les livres d’histoire du Canada qu’on apprend, encore aujourd’hui, la véritable histoire des Autochtones.

Idle no more, ne plus jamais accepter la condescendance, les humiliations, et ça commence par ne plus jamais accepter que les autres décident de ce qui est bon ou non pour nous.

Que chaque femme se sente en sécurité, dans la rue, chez elle, que les femmes autochtones soient libres, où qu’elles soient, avec qui que ce soit.

Lise Gill, Collaboratrice

Lise Gill est une auteure innue qui détient une maîtrise en Science politique. Elle a notamment réalisé, en 1995, une étude sur les Amérindiennes en milieu urbain au Québec pour le compte de Condition féminine Canada.

Lise Gill

Lise Gill est une auteure innue qui détient une maîtrise en Science politique. Elle a notamment réalisé, en 1995, une étude sur les Amérindiennes en milieu urbain au Québec pour le compte de Condition féminine Canada.

Sur le même thème : Québec

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...