Édition du 27 juin 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Gabriel Nadeau-Dubois à Québec solidaire - Des attentes en guise de bienvenue

Une large majorité de militantes et de militants de Québec solidaire souhaitaient sans doute l’adhésion de Gabriel Nadeau-Dubois et l’annonce de sa candidature dans Gouin pour remplacer Françoise David à l’Assemblée nationale. Il a également annoncé sa candidature au poste de porte-parole masculin, il ne s’agit pas d’un poste de chef mais bien de porte-parole.

À voir et entendre Nadeau-Dubois se présenter devant les journalistes avec fougue on ne peut que se féliciter qu’il ait choisi de mettre ses énergies pour donner un nouveau souffle à Québec solidaire. Cependant, certains de ses propos soulèvent des questions sur sa connaissance et sa compréhension de ce qu’est Québec solidaire.

Depuis plus de dix ans des milliers de femmes et d’hommes engagé.e.s dans l’élaboration d’un projet politique clairement à gauche ont travaillé d’arrache-pied et sans relâche pour faire avancer ce projet. Plusieurs de ces personnes ont mis toutes leurs énergies en étant candidates et candidats lors des élections. Ces militantes et militants étaient et sont toujours très solides. Bien sûr, il est très positif que de nouvelles personnes se joignent à Québec solidaire pour le renforcer.

Gabriel Nadeau-Dubois a affirmé être un homme d’équipe. Il le faut car il ne serait pas à sa place à Québec solidaire. Ce parti, dès sa fondation, a affirmé vouloir « faire de la politique autrement ». Ce n’était pas qu’une simple formule même s’il n’est pas si simple de la pratiquer dans le quotidien, en fonction de multiples contraintes dont celles des institutions politiques parlementaires.

Avec pertinence Nadeau-Dubois a dénoncé la classe politique qui a trahi le peuple québécois depuis les trente dernières années. En fait, c’est depuis la fin des années 1970 que des politiciens québécois et canadiens ont trahi les espoirs suscités par cet espèce de dégel de la société québécoise au cours des années 1960 en nous faisant plier devant les dictats néolibéraux. Une bonne partie de la population ne cache d’ailleurs plus sa désillusion à l’égard du politique.

Il est essentiel de commencer à changer en profondeur cette culture politique qui nous enferme dans le culte des vedettes, des élites de toutes sortes ou de populistes dangereux qui, finalement, se placent au-dessus de la société pour asseoir leur pouvoir.

Il faut savoir aussi qu’à Québec solidaire il n’y a pas de chef. Des médias et nos adversaires chercheront à nous en donner un. Je m’attends à ce que Nadeau-Dubois leur fasse comprendre que la culture du chef n’est pas bienvenue à Québec solidaire, comme l’ont fait brillamment et respectueusement, voire pédagogiquement, les coporte- paroles précédent.e.s. C’est une question de démocratie bien différente de celle à laquelle on voudrait nous confiner. Compte tenu des pratiques démocratiques qui étaient les siennes à l’époque où il était porte-parole de l’ASSÉ, j’ai confiance qu’il renforcera notre conviction à l’effet que c’est un des aspects du « faire de la politique autrement ». En fait, la démocratie que nous souhaitons c’est celle où les citoyennes et les citoyens auront la possibilité de participer plus directement aux décisions qui les concernent.

Les porte-paroles, les présidentes ou présidents, les membres des instances de QS, du local au national, doivent toujours avoir à l’esprit qu’ils.elles sont redevables aux membres. De plus, toute proposition, toute orientation qui sort des balises déjà convenues, doivent faire l’objet de débats et de décisions dans le cadre d’un processus au cours duquel chaque membre peut participer. Cet aspect de notre vie démocratique est essentiel car il illustre un trait de la nouvelle culture politique que nous voulons pratiquer, celui du fonctionnement collectif, et non hiérarchique, que doit renforcer Québec solidaire.

En ce qui a trait aux stratégies et moyens d’action, j’invite Gabriel Nadeau-Dubois à considérer le fait que le projet de Québec solidaire ne pourra se faire sans une mobilisation populaire large et forte. Il ne s’agit pas seulement de faire élire une majorité de députés à l’Assemblée nationale. Les changements que suppose ce projet politique impliquent que la population elle-même les porte et les contrôle jusqu’à leur réalisation concrète. Pour construire cette mobilisation des alliances sont nécessaires et celles qu’il faut privilégier doivent se tisser avec les mouvements sociaux qui mènent déjà des luttes sociales importantes pour la justice sociale, pour l’égalité femmeshommes ou pour une société écologique. Mais il faut plus, Québec solidaire doit travailler fort pour s’enraciner dans les milieux de travail et les milieux de vie.

Pour aller de l’avant les nouveaux outils, les nouvelles formules et les méthodes nouvelles d’action sont bienvenues si elles renforcent l’idée du fonctionnement collectif qui est à la base du projet de Québec solidaire comme le sont les principes féministes, écologistes, d’égalité et de justice sociale. Sans quoi, nous nous dirigerions vers l’émergence d’une nouvelle classe politique alors qu’il faut abolir les classes pour vivre dans une véritable démocratie.

Serge Roy, militant de Québec solidaire

Candidat de Québec solidaire aux élections de 2007, 2008 et 2012 dans la circonscription de Taschereau à Québec

Serge Roy

Militant de Québec solidaire Capitale-Nationale et de divers groupes sociaux. Il a été président national du Syndicat de la fonction publique du Québec de 1996 à 2001.

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