Édition du 14 novembre 2017

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Asie/Proche-Orient

Gaza - Guerre sale contre la santé

La situation humanitaire à Gaza s’est fortement détériorée ces derniers mois à la suite de dissensions entre l’Autorité palestinienne et le Hamas. Les médicaments font défaut.

Tiré du site du journal Le Courrier (Suisse).

Ecrasés depuis plus de dix ans par le blocus imposé par Israël, les habitants de Gaza sont désormais également pris en otage de la lutte fratricide que se livrent l’Autorité palestinienne (AP) et le Hamas (lire ci-dessous). L’enclave fait aujourd’hui face à une catastrophe humanitaire sans précédent.

Alors que la bande de Gaza ne vit plus qu’avec deux à trois heures de courant par jour depuis le mois d’avril, elle n’est aujourd’hui plus approvisionnée en médicaments. Le système de santé est à bout de souffle. Facteur aggravant : de moins en moins de malades sont autorisés à quitter le territoire pour se faire soigner en Cisjordanie ou en Israël. Le Courrier a interviewé par téléphone Ashraf Abu Mahadi, directeur du Département de coopération internationale au Ministère de la santé à Gaza.

Dans quelle mesure le système de santé est-il affecté par la crise de l’électricité ?

Ashraf Abu Mahadi : Tous les hôpitaux et infrastructures de santé publics sont fortement affectés par la situation actuelle. Nous compensons la pénurie grâce à des générateurs, mais là encore il nous faut trouver du fuel, et il faut pouvoir l’acheter à un prix raisonnable. De surcroît, la plupart de nos générateurs fonctionnent depuis quinze ans à un rythme effréné ; ils sont à bout de souffle.

Nous avons donc mis en place un certain nombre de mesures. La plupart des services ne fonctionnent maintenant que de 8h à 14h, horaires pendant lesquels nous recevons quelques heures d’électricité de la station centrale, complétée par nos générateurs de grosse capacité. Les machines de diagnostique, types scanners ou IRM, ainsi que les machines de stérilisation, très gourmandes en électricité, ne peuvent être utilisées que pendant ce créneau. Les patients non urgents sont mis en attente. En dehors de ces horaires, nous sommes en service minimum et utilisons nos générateurs de petite capacité.

A cela s’ajoute une pénurie de médicaments…

La situation est dramatique. Selon le dernier rapport de la Direction générale de la pharmacie publié fin juillet, 40% des médicaments essentiels ne sont plus disponibles. Deux cent quatre articles sont totalement épuisés depuis juillet. Et environ 34% du matériel médical jetable est manquant. C’est la première fois en dix ans que nous atteignons un tel niveau. La quasi-totalité des services sont affectés : les services de santé primaire, l’oncologie, la neurologie, les services pédiatriques, les services d’hémodialyse, les unités de soins intensifs, les services d’urgences, etc.

Certains médicaments, indisponibles dans le service public, se trouvent sur le marché ; les patients doivent alors les acheter eux-mêmes. Mais les prix se sont envolés et la plupart n’en ont pas les moyens. Enfin, de nombreux autres médicaments se trouvent aujourd’hui en quantités très limitées et seront prochainement en rupture de stock. Nous nous attendons donc à une aggravation de la situation si rien n’est fait.

De ce fait, de plus en plus de malades doivent être transférés hors de Gaza pour recevoir un traitement médical.

Combien de patients attendent d’être transférés ?

Habituellement, environ 2000 Gazaouis doivent être envoyés chaque mois à Jérusalem-Est, en Cisjordanie, en Israël, en Jordanie pour être soignés. En moyenne, 50% des demandes de sortie de territoire sont refusées par les Israéliens. Mais depuis le mois de mai, nous rencontrons un nouvel obstacle : l’Autorité palestinienne refuse désormais de valider ces demandes et de les transférer aux Israéliens. Par exemple, en juin, ils n’ont validé que 358 demandes sur 1715 ! Vingt-huit personnes sont mortes ces six derniers mois car elles n’ont pas eu accès aux soins nécessaires.

Comment répondre à cette crise ?

A ce jour, l’AP refuse de communiquer avec nous. Nous sommes donc en discussion permanente avec les agences de l’ONU et les ONG internationales. Nous comptons uniquement sur l’aide extérieure, mais elle ne suffit pas à couvrir tous les besoins du Ministère de la santé. Rien que pour les médicaments et les produits jetables, il nous faut plus de 41 millions de dollars par an. Pour l’électricité, nous avons besoin de 60 000 litres de carburant, soit un demi-million de dollars par mois si nous l’achetons via l’UNRWA, un million de dollars si nous l’achetons sur le marché local.

Pour l’instant nous avons peu de solutions, mais nous espérons sincèrement que le plaidoyer et la couverture médiatique aideront à changer la situation en faisant pression sur les gouvernements.

COLL. CHRISTOPHE KOESSLER
 

Aide suisse contre la mucoviscidose

A l’ONG suisse Secours aux enfants Bethléem, le sang des collaborateurs n’a fait qu’un tour quand ils ont appris que les enfants de Gaza n’auraient plus accès à leur traitement contre la mucoviscidose. « Le Caritas baby hospital de Bethléem que nous finançons en Cisjordanie est spécialisé dans le traitement de cette maladie qui touche surtout des enfants. Nous savons qu’une rupture des médicaments peut signifier la mort pour eux. Certains mineurs de Gaza viennent parfois se faire soigner à Bethléem », explique Sybille Oetliker, directrice de l’ONG lucernoise.

Secours aux enfants Bethléem a donc décidé d’envoyer les remèdes manquants aux 321 patients de la bande de Gaza qui pâtissent de cette affection. C’est l’Organisation mondiale de la santé qui se charge de les leur faire parvenir. L’ONG suisse espère que la situation politique se débloque rapidement pour qu’une solution durable se dessine. CHRISTOPHE KOESSLER

Mahmoud Abbas veut faire plier le Hamas

Alors que l’on annonçait en janvier 2017 un accord de réconciliation historique pour la Palestine, avec la formation d’un gouvernement d’union nationale entre Gaza et la Cisjordanie, les tensions sont à nouveau au plus haut entre l’Autorité palestinienne (AP) et le Hamas.

A l’origine de la crise, une décision du parti islamiste en mars de créer un « comité administratif » pour gérer ses affaires internes. Cette annonce avait été considérée par Ramallah comme la création d’un gouvernement concurrent au gouvernement d’union nationale tout juste créé, et entraînant de facto sa dissolution. Le Hamas reprochait à l’AP de ne pas s’acquitter de ses responsabilités envers Gaza. De son côté, l’Autorité palestinienne accuse le Hamas de l’empêcher d’exercer ses fonctions dans l’enclave.

« Nous continuerons de diminuer progressivement les versements alloués à Gaza jusqu’à ce que le Hamas respecte les termes de la réconciliation », a affirmé le président de l’AP, Mahmoud Abbas, lors d’une conférence de presse le 5 août. « Depuis le coup d’Etat [l’élection du Hamas en 2006], nous payons un milliard et demi de dollars par an [50% du budget de l’Autorité palestinienne] à Gaza. Nous ne permettrons pas que cette situation se poursuive. »

Communication coupée

Dès le mois de mars, l’AP a suspendu l’approvisionnement en médicaments et a réduit de moitié ses financements au Ministère de la santé. Selon un rapport de l’ONG israélienne Physician for Human Rights, « jusqu’à récemment, l’AP versait 4 millions de dollars chaque mois pour faire fonctionner les 13 hôpitaux gouvernementaux et les 54 centres de santé primaires. Mais en avril, les autorités de Gaza n’ont reçu que 2,3 millions de dollars, et qu’un demi-million de dollars en mai ».

La communication a, elle aussi, été totalement coupée dans le domaine de la santé. Les officiels de Ramallah refusent dès lors d’assister aux réunions du groupe sectoriel de la santé (health cluster), initié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et demandent qu’il y ait désormais deux réunions séparées pour chacune des entités. « Il n’y a eu aucune déclaration officielle de la part de l’AP. Nous avons constaté cependant que ces mesures restrictives s’appliquent depuis le mois de mars », explique Mahmoud Daher, représentant de l’OMS pour la Palestine. « Nous avons demandé des explications quant à la suspension de l’approvisionnement en médicaments. Là encore, il n’y a pas eu de réponse officielle, mais ils affirment que la Cisjordanie fait également face à une pénurie pour des raisons financières. » L’OMS n’ayant accès ni aux systèmes d’information ni aux stocks du Ministère de la santé en Cisjordanie, aucune vérification n’est possible.

D’autres mesures prises à cette même période touchent directement le secteur de la santé, telles que la réduction de 30 à 50% des salaires des 62 000 employés du secteur public, ou encore le refus de payer à Israël les factures d’électricité de Gaza. Le siège israélien ne fait qu’accentuer à la crise en limitant encore davantage la circulation des patients et du personnel médical ainsi que l’importation des machines, toujours officiellement pour des raisons de sécurité.

Pris en otage

« Une augmentation de ces restrictions risque d’entraîner un effondrement total des services de base, y compris dans les secteurs de la santé, de l’eau et de l’assainissement », a déclaré M. Piper, coordinateur humanitaire des Nations Unies pour Gaza, dans un communiqué. « Le peuple de Gaza ne devrait pas être pris en otage de cette éternelle dispute interne palestinienne. » Aux dernières nouvelles, selon le site d’information palestinien Maan News, le Hamas a annoncé dans un communiqué sa volonté de supprimer son « comité administratif » si l’AP retire toutes ses mesures punitives. EBK

Le Courrier

Eloise Bollack

Journaliste au journal Le COurrier (Suisse).

https://www.lecourrier.ch/

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