Édition du 20 février 2018

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Le mouvement des femmes dans le monde

Hommage aux vies des femmes tuées par des hommes cette année (au Royaume-Uni)

Il n’existe pas au Royaume-Uni de registre officiel ou de commémoration des femmes tuées par des hommes. C’est pour cette raison que la militante féministe KAREN INGALA SMITH commémore leur nom et leur image sur les réseaux sociaux.

tiré de : Entre les lignes et les mots 2017 - 48 - 9 décembre : notes de lecture, textes et lien

En juillet 1981, lors de la première Conférence féministe pour les femmes latino-américaines et caribéennes en Colombie, la date du 25 novembre a été déclarée journée annuelle de protestation à la mémoire de trois sœurs militantes, Patria, Maria Teresa et Minerva Mirabel, qui ont été assassinées en raison de leurs efforts pour renverser le gouvernement fasciste de Rafael Trujillo.

Dix-huit ans plus tard, les Nations Unies ont désigné le 25 novembre Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Cette année, comme je le fais depuis quelques années, je vais commémorer les femmes britanniques tuées depuis un an par des hommes (ou lorsqu’un homme est le principal suspect dans l’assassinat d’une femme, puisque de nombreuses affaires n’ont pas encore été jugées).

À partir de 8 h, sur le compte Twitter @countdeadwomen, j’inscrirai le nom et l’âge de chacune de ces femmes et, si j’ai pu la trouver, une photo d’elle.

Jusqu’à présent, j’ai prévu inscrire les noms de 127 femmes et filles. La mention de chaque nom toutes les 10 minutes exigera plus de 10 heures.

J’ai amorcé ce projet, que j’en suis venue à appeler Counting Dead Women, en janvier 2012 après le meurtre de Kirsty Treloar, 20 ans.

Kirsty avait été référée quelques semaines plus tôt à l’organisme caritatif où je travaillais. Quand j’ai appris qu’elle avait été tuée, j’ai consulté Internet pour essayer d’en savoir plus.

J’y ai trouvé une foule de comptes rendus de meurtres de femmes par des hommes depuis le début de l’année.

J’ai commencé à noter leurs noms, juste pour essayer d’en repérer le nombre.

J’ai appris que huit femmes avaient été tuées au cours des trois premiers jours de l’année : trois par des coups de feu, deux à l’arme blanche, une étranglée et deux battues à mort.

Une fois que j’ai commencé à tenir la liste de leurs noms, je n’ai pas pu m’arrêter. J’ai l’impression que le faire serait comme dire « La prochaine femme ne compte pas ». J’ai maintenant enregistré sur mon site Web les noms de plus de 800 femmes tuées.

Il n’existe pas de registre officiel ou de commémoration des femmes tuées par des hommes en Grande-Bretagne, il n’y a pas de journée internationale du féminicide ou de jour du Souvenir des femmes.

Quand les gens pensent aux femmes tuées par des hommes, ils pensent généralement à la violence d’un partenaire intime. Mais même s’il est vrai que les femmes tuées par un partenaire ou un ex-partenaire représentent généralement entre les deux tiers et les trois quarts des femmes tuées par des hommes chaque année, il est important que les gens comprennent que le problème de la violence mortelle des hommes contre les femmes est plus général.

Chaque année, un certain nombre de femmes sont tuées par des hommes qui n’ont jamais été leurs partenaires, y compris mais sans s’y limiter, leurs fils, leurs petits-fils, leurs frères, des cambrioleurs et des prédateurs sexuels.

Cette année, pour la première fois depuis que j’ai commencé à tenir cette liste, les femmes tuées dans un contexte de terrorisme seront incluses.

Outre l’argument que la violence des hommes envers les femmes est en soi une forme de terrorisme – après tout, c’est une violence utilisée pour promouvoir une idéologie –, l’oppression patriarcale des femmes est centrale, mais certainement pas unique, à l’extrémisme religieux.

Nous savons également que des antécédents de violence contre les femmes sont maintenant couramment repérés chez les hommes qui commettent des actes terroristes.

Il est important pour moi que nous recherchions les liens entre les différents contextes dans lesquels des femmes sont tuées par des hommes, parce que finalement, je crois que la cause profonde de ces meurtres réside dans la société, dans les inégalités structurelles entre les femmes et les hommes, plutôt que simplement dans les pathologies d’un individu ou d’une relation de couple, en dehors d’un contexte social.

Nous devons reconnaître les rôles que jouent un genre socialement construit et le traitement des femmes comme des objets ; ces facteurs créent les conditions qui encouragent la violence des hommes contre les femmes et qui entretiennent l’inégalité sexuelle.

Le genre est une hiérarchie, et les concepts de masculinité et de féminité sont des instruments de maintien de l’oppression des femmes par les hommes.

Cela ne signifie aucunement que les hommes peuvent échapper à la responsabilité de leurs actions et de leurs choix. Mais si nous voulons mettre fin à la violence des hommes contre les femmes et les filles, nous devrons démanteler les structures qui soutiennent l’inégalité entre les femmes et les hommes. Sans cela, presque aucune intervention de notre part n’aura d’impact.

La commémoration des femmes victimes de la violence mortelle des hommes ne changera pas le monde, mais j’espère qu’elle contribuera à mettre en lumière une des manifestations les plus extrêmes de la misogynie et de l’inégalité entre les femmes et les hommes.

Karen Ingala Smith

Publié en version originale sur MORNINGSTAR ONLINE, le 25 novembre 2017

Karen Ingala Smith est une militante féministe et la directrice de nia, une organisation caritative qui soutient les femmes victimes de violences sexuelles ou conjugales. En plus de fournir des services directs, cette organisation s’implique dans des recours juridiques novateurs pour faire rendre des comptes au gouvernement et améliorer la vie des femmes marginalisées. Si vous souhaitez faire un don pour soutenir leur travail, veuillez cliquer ici.

Consultez le fil Twitter #CountingDeadWomen

Un autre article, plus détaillé, de Madame Smith à propos des féminicides : https://kareningalasmith.com/2015/05/18/femicide-mens-fatal-violence-against-women-goes-beyond-domestic-violence/amp/

Traduction : TRADFEM

https://tradfem.wordpress.com/2017/11/27/hommage-aux-vies-des-femmes-tuees-par-des-hommes-cette-annee-au-royaume-uni/

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