Édition du 15 janvier 2019

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Europe

Hongrie : « Nous devons montrer que nous sommes plus nombreux que ceux qui soutiennent Orbán »

En Hongrie, la colère ne retombe pas après l’adoption en force, mercredi, de lois controversées concernant le code du travail et la justice. Dimanche à Budapest et dans les grandes villes du pays, tous les partis, de gauche et d’extrême-droite, ont défilé ensemble contre le Fidesz et son chef honni, Viktor Orbán.

Tiré de Le Courrier d’Europe centrale.

Budapest – Les députées hongroises des partis de gauche formant un front uni au premier rang d’un cortège de plus de dix mille personnes descendant l’avenue Andrássy scintillante de mille feux pour Noël. C’est l’image forte qui restera de cette nouvelle journée de contestation contre le pouvoir. Bernadett Szél, Tímea Szabó, Ágnes Kunhalmi – parmi les plus connues -, et les autres manifestants mobilisés par les syndicats et les partis ont voulu offrir ce beau cadeau de Noël à Viktor Orbán. Le parti Fidesz au pouvoir a réussi le tour de force d’unir contre lui tous ses adversaires. Il n’en fallait pas beaucoup plus que la manifestation de ce dimanche pour montrer cette très forte inflexion au sein de l’opposition : les discours étaient plus déterminés, les slogans résonnaient plus fort. Autre signe des temps : plusieurs rassemblements ont eu lieu dans les principales villes de province, réunissant à chaque fois quelques centaines de personnes.

Cette fois les forces de l’ordre ont pu savoir à l’avance par où passeraient les manifestants et l’impressionnant dispositif de sécurité a pu être adapté en conséquence. Depuis mercredi, plusieurs rassemblements de quelques milliers de personnes se sont invariablement transformés en manifestations nocturnes sur les avenues et boulevards du centre-ville, forçant à chaque fois les policiers à improviser l’encadrement du cortège. Ce dimanche, les organisateurs ont à tout prix voulu montrer patte blanche auprès des autorités, en respectant le tracé négocié et en appelant les manifestants à éviter les débordements qui ont émaillé les précédents rassemblements. « C’est dans mon lit que j’aimerais faire des heures sup ! », « Comment faire des bébés si je travaille trop ? » Tout au long de la manifestation, c’est même dans une certaine liesse que les manifestants ont gagné la place Kossuth, multipliant les blagues et les slogans grinçants à l’encontre d’un Viktor Orbán de plus en plus détesté.

« Nous devons montrer au gouvernement que nous sommes plus nombreux que ceux qui le soutiennent »

« Malgré tous nos avertissements, ce gouvernement a choisi de nous ignorer, nous les travailleurs, et il défie ceux qu’il devrait défendre ! », a tonné sur une estrade installée devant le parlement Tamás Székely, le président de la Fédération hongroise des syndicats (MSzSz). « Nous devons envoyer un signal puissant à ce pouvoir fainéant ! » a-t-il poursuivi. « Nous ne sommes pas les agents de Soros ! Nous sommes les travailleurs ! Pas comme ces députés aux grands airs qui ne font qu’appuyer sur des boutons « oui » ! (…) Nous allons faire la grève avec les enseignants, avec les chercheurs, avec tous ceux qu’on oblige à travailler 400 heures de plus ou à effectuer des remplacements gratuitement ! ». « Nous en avons assez ! voici le message que nous envoyons de Győr, Miskolc ou encore de Békéscsaba ! C’en est trop ! », a-t-il conclu sous les acclamations de la foule.

Sur un autre registre, quelques unes des femmes députées se sont succédé à la tribune, donnant une tonalité plus politique à cette manifestation dominicale. « Ce régime est alimenté par la force et il alimente la violence », a déclaré l’élue LMP Márta Demeter. « Mais ce régime est en réalité plus faible que l’image qu’il veut bien montrer, et ses points faibles sont de plus en plus visibles ! », a-t-elle enchaîné, avant de lancer : « la loi esclavagiste doit être la première loi sur laquelle le gouvernement va reculer ». De son côté, la représentante libérale Anett Bősz a estimé « qu’aucun gouvernement ne peux nous enlever nos droits les plus élémentaires (…) Et il faut montrer à celui-ci que nous sommes plus nombreux que ceux qui le soutiennent ». A l’opposé du spectre politique, l’élue d’extrême-droite Andrea Varga-Damm (Jobbik), a préféré insister – sous quelques sifflets – sur l’œcuménisme du moment : « Le 3 avril 2002, Viktor Orbán a dit croire dans la force de l’amour et de l’entraide. Désormais, il ne fait appel qu’à la haine et à la peur, ça n’est que comme ça qu’il conçoit l’avilissement de son peuple. Mais nous nous croyons vraiment dans la force de l’amour et de l’entraide. »

Après la fin de la manifestation officielle vers vingt heures, plusieurs milliers de personnes ont pris le (long) chemin du siège de la télévision publique (MTVA), devenue en quelques années le symbole du pouvoir médiatique du Fidesz en relayant sans frein la rhétorique xénophobe du pouvoir, limitant l’expression de l’opposition et ne couvrant jamais les manifestations anti-gouvernementales. Les sept kilomètres à parcourir à pied n’ont pas entamé la liesse quasi-insurrectionnelle qui a saisi les manifestants, parmi lesquels figuraient quelques figures d’opposition comme les députés Ákos Hadházy et Bernadett Szél. Ces derniers ont réussi à pénétrer dans les locaux un peu avant vingt-deux heures, sans toutefois parvenir à prendre l’antenne pour lire en direct une déclaration commune.

A l’heure où nous achevons cet article, les députés ont été contraints de sortir du bâtiment et se sont employés à calmer les manifestants. De très nombreux agents des forces d’intervention rapide se sont déployés sur place pour protéger la MTVA. Nous mettrons l’article à jour en fonction de l’évolution de la situation.

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