Édition du 18 septembre 2018

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Asie/Proche-Orient

Israël : un apartheid affiché

Avec le texte « Israël, État-nation du peuple juif », adopté le 19 juillet, l’hébreu devient seule langue nationale, aux dépens de l’arabe, et Jérusalem « entière et unifiée » est proclamée capitale.

Tiré de Politis.

Si un apartheid de fait est déjà à l’œuvre depuis de nombreuses années en Israël, le pays vient de faire, le 19 juillet, un grand pas vers un apartheid institutionnel, tout ce qu’il y a de plus officiel et assumé par ses dirigeants. C’est le sens qu’il faut donner à l’adoption par 62 voix contre 55 et deux abstentions du fameux texte « Israël, État-nation du peuple juif ».

La loi tire pleinement les conséquences de cette affirmation : l’hébreu devient seule langue nationale, aux dépens de l’arabe, et Jérusalem « entière et unifiée » est proclamée capitale d’Israël. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou a donc résolu à sa façon la fameuse contradiction qui existait dans la définition de « l’État juif et démocratique », en faisant disparaître la référence à la démocratie.

Ce n’est évidemment pas un hasard si le gouvernement d’extrême droite a franchi le pas huit mois après l’annonce du transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem. La décision de Donald Trump constituait un feu vert pour le gouvernement israélien. Comme il encourage une colonisation désormais sans limites de la Cisjordanie.

La loi du 19 juillet affirme d’ailleurs la « valeur nationale » du « développement et (de) la consolidation d’implantations juives ». C’est donc aussi un pas vers l’annexion officielle des territoires palestiniens. Le texte est loin cependant de faire l’unanimité. Il a bien sûr rencontré l’opposition des députés arabes, mais il a aussi été critiqué par le président de l’État, pourtant homme de droite, Reuven Rivlin, qui a estimé que la loi « sera une arme entre les mains des ennemis d’Israël ».

Plusieurs députés centristes s’y sont également opposés. En vain. Rappelons qu’Israël compte plus d’un million sept cent mille Palestiniens de nationalité israélienne, qui sont les descendants des Palestiniens qui ont pu rester dans le pays en 1948, quoique souvent déplacés. Ironie de l’histoire, la nouvelle loi frappe aussi la communauté druze qui compte 130 000 membres, principalement en Galilée. Les Druzes s’estiment discriminés par le nouveau texte, parce que leur langue est l’arabe et leur religion l’islam. Plusieurs députés de droite ont rappelé que les Druzes avaient toujours été les alliés du mouvement sioniste, et déploré cette ingratitude.

Après l’adoption de ce texte, on attend en tout cas la réaction des Européens, et en particulier de la France. Combien de temps encore les autorités françaises vont-elles pouvoir traquer tous les mouvements qui protestent contre la situation d’apartheid qui s’installe désormais officiellement en Israël ?

Denis Sieffert

Auteur pour la revue Politis (France).

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