Édition du 27 juin 2017

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Afrique

Jacob Zuma sera-t-il débarqué par la direction de l’ANC ?

Les jours qui viennent pourraient se révéler décisifs pour l’avenir du Président Zuma. Le comité national exécutif de l’Anc qui se réunit les 27 et 28 mai pourrait décider de son départ à la tête du parti après l’avalanche de scandales qui ont ponctué la vie politique sud-africaine depuis la dernière réunion de la direction du parti en novembre dernier.

Tiré du blogue de l’auteure.

La coupe est pleine après le dernier scandale autour de la démission, mise à la retraite anticipée et re-nomination de Brian Molefe à la tête de la compagnie nationale d’électricité Eskom. Ce très proche de la famille Gupta, nommément désigné dans le rapport de la médiatrice de la République, State of Capture, avait annoncé sa démission, les larmes aux yeux.

Soupçonné d’avoir favorisé les compagnies Tegeta, Trillian et Okbay, toutes propriétés de la famille Gupta, pour la fourniture de charbon aux centrales thermiques d’Eskom, Brian Molefe avait donc démissionné pour réapparaître quelques mois plus tard. Devant la Commission parlementaire qui voulait savoir comment on pouvait démissionner, puis être renommé à la tête d’une entreprise publique, tout en étant mis à la retraite anticipée avec un bon pactole, 2 millions d’euros, Brian Molefe et sa ministre de tutelle, Lynn Brown, n’ont pas réussi à faire avaler cette incroyable histoire aux députés membres de la commission.

La saga d’Eskom fait suite au scandale du paiement des aides sociales par le ministère des Affaires sociales et du développement confié en toute illégalité à une banque privée, la gestion désastreuse de la compagnie aérienne South African Airways, la commande de locomotives inadaptées au réseau ferroviaire sud-africaine par Prasa, le scandale de la radio télévision nationale, SABC, confié à un incompétent mégalomane, etc.

A cela s’ajoute les manifestations violentes dans les townships qui n’en peuvent plus d’attendre des jours meilleurs, les vagues récurrentes de xénophobie et tout récemment une vague de meurtres de jeunes femmes et fillettes qui mettent en évidence qu’il y a un abîme entre les discours du pouvoir politique et la réalité vécue jour après jour par la grande majorité de la population.

Ce désamour entre la population et la classe dirigeante a vivement fait réagir les alliés de l’Anc qui sont sortis de leur silence pour condamner le gouvernement. Le Sacp au cours d’une réunion nationale, Imbizo, a rassemblé autour de lui des représentants de l’Anc et du Cosatu, partenaires de la triple alliance, des vétérans de la lutte, des chefs d’entreprises, des organisations comme Save South Africa, et le Conseil sud-africain des églises (Sacc), très inquiets de la captation de l’état par des affairistes sans scrupules, en particulier l’emprise de la famille Gupta sur la conduite du gouvernement et des entreprises publiques.

La direction du Cosatu vient de prendre une décision inédite, constatant la perte de confiance populaire dans le Président, la centrale syndicale ne veut plus que Jacob Zuma prenne la parole à ses réunions « Le Président Jacob Zuma n’est plus le bienvenu pour prendre la parole à aucune de nos activités.
Cette décision doit être communiqué à l’Anc avec tout ce que cela signifie concernant l’alliance ». La décision fait suite aux incidents du 1er mai quand Jacob Zuma a été hué et empêché de prendre la parole à un rassemblement à Bloemfontein.

La réunion du Comité national exécutif de l’ANC ne peut que prendre acte de ce mécontentement grandissant qui fait suite aux revers électoraux des élections municipales et à la demande d’un vote de défiance à bulletin secrets par les partis d’opposition. La direction devra se déterminer sur la meilleure stratégie à suivre pour ne pas perdre encore plus de crédibilité aux prochaines élections générales de 2019. Au sein de la direction de l’Anc, certains se sont prononcés pour le départ de Jacob Zuma après le remaniement ministériel qui a évincé le très respecté Pravin Gordhan du ministère des Finances pour le remplacer par un proche de la famille Gupta. Le vice Président Cyril Ramaphosa, candidat à la succession, qui a le vent en poupe, ne mâche plus ses mots et dénonce « l’état mafieux » que serait devenu l’Afrique du Sud.

La question qui est posée aujourd’hui au parti au pouvoir est de savoir s’il faut sauver le soldat Zuma ou sauver l’Anc. La fracture entre les partisans de Zuma, qui tiennent surtout aux prébendes offertes par un dirigeant discrédité, et ceux qui veulent que l’Anc retrouve ses valeurs morales du passé : honnêteté et dévouement à la cause commune, est arrivé au point de rupture. Soit Jacob Zuma reste le Président Téflon sur lequel aucun scandale ne colle à la peau, soit l’Anc franchit le pas et se sépare de celui qui le discrédite avant la débâcle annoncée.

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

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