Édition du 17 octobre 2017

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Québec

"Je n’aurais pas pu assumer mes responsabilités familiales si on avait coupé mes prestations"

Dans tout le débat entourant le projet de loi 70, le ministre Blais n’a cessé de répéter qu’un certain centre local d’emploi aurait fait 60 appels pour offrir à des personnes assistées sociales de les aider à trouver un emploi et que, sur ce nombre, seulement cinq se seraient informées de l’offre et uniquement deux auraient répondu favorablement à l’appel.

Pour François Blais, c’était un argument « de taille », un scandale qui justifie à lui seul une coupe à l’aide sociale pouvant aller jusqu’à 224 $ par mois pour les personnes qui ne voudront pas s’engager dans un processus d’aide à l’emploi, comme le prévoit le programme Objectif emploi.

L’aide sociale n’est pas un choix

Il y a vingt ans, j’aurais été l’une de ces personnes, à l’aide sociale et incapable de m’engager dans une démarche d’employabilité. Si le programme Objectif emploi avait été en vigueur à l’époque, j’aurais été pénalisée et ma prestation de base aurait été coupée.

Ce n’est pas que j’étais paresseuse, ni que je voulais « profiter » de la pauvreté engendrée par l’aide sociale, ni que j’avais le goût d’être ostracisée. Car on ne doit pas se mentir, l’aide sociale apporte avec elle son lot de honte et de discrimination. Non, c’est simplement que mon conjoint de l’époque et moi avons été malchanceux, tous les deux atteints par la maladie en même temps.

Nous avions deux enfants et j’étais encore aux études à la maîtrise. Mon ex-conjoint travaillait dans un atelier de sérigraphie à contrat et il a fait une intoxication au solvant. De mon côté, j’ai commencé à avoir des douleurs et des limitations physiques importantes, variables et intermittentes.

Cela m’a pris 18 ans avant d’avoir un diagnostic et d’être évaluée convenablement. J’ai un syndrome d’Ehlers-Danlos de type hypermobilité. C’est une maladie génétique qui provoque des limitations physiques et des problèmes organiques.

À l’époque, j’ai dû cesser mes études et demander de l’aide sociale. Je n’avais pas de diagnostic permettant d’avoir droit aux contraintes temporaires ou permanentes, donc j’étais considérée apte au travail. Pourtant ma réalité était tout autre.

Et si j’avais été obligée de participer au programme Objectif emploi ?

Je ne me serais pas présentée si on m’avait appelée pour participer à des démarches d’employabilité, car j’étais dans l’impossibilité de le faire. Mon temps et mon énergie étaient consacrés à mes enfants. Mon conjoint devait faire la plupart des travaux ménagers et prendre soin de moi jusqu’à faire mes boucles de souliers. Nous étions en mode survie.

Environ un an plus tard, les crises se sont montrées plus discrètes et, de moi-même, j’ai fait une démarche de préparation à l’emploi. Ensuite, j’ai travaillé. Mais je ne sais pas si j’en aurais été capable si on avait coupé ma prestation pendant cette année passée à la maison. Cela aurait sûrement augmenté mon anxiété et aggravé ma maladie, et il m’aurait été plus difficile de me rendre chez le docteur. Il est évident que je n’aurais pas pu assumer mes responsabilités familiales.

Il reste beaucoup de flou autour de l’application du futur programme Objectif emploi. J’aimerais savoir comment les besoins des personnes vont être évalués et pris en compte. Les agents d’aide sociale tiendront-ils compte de leur histoire de vie ? Pourront-ils offrir différentes possibilités aux personnes, comme de leur donner accès à un médecin de famille, pour ensuite les diriger vers un médecin spécialiste, de les accompagner vers un processus de désintoxication, de les aider à reconnaître les signes d’un problème de santé mentale, de les convaincre de prendre leur médication ?

J’en doute.

Pourtant, ces quelques mesures non exhaustives seraient plus aidantes autant à court et à long terme que de recevoir un chèque amputé du tiers et de se retrouver inexorablement à la rue.

Julie Montreuil

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