Édition du 19 juin 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Afrique

Joseph Kabila dégage ! Pouvoir au peuple !

Suite aux événements d’une extrême violence survenus le 31 décembre 2017, les 21 janvier et 25 février 2018 à Kinshasa et presque dans toutes les provinces de la RDC, le CADTM Afrique dénonce les dérives autoritaires de votre régime, M. Joseph Kabila, pour la énième fois en violant la Constitution pour interdire la marche pacifique des chrétiens catholiques, organisée par le Comité laïque catholique.

4 avril par CADTM Afrique

Rappelons, M. Kabila, que vous êtes arrivé au pouvoir après l’assassinat de votre père, Laurent-Désiré Kabila, le 16 janvier 2001 avec une transition entre 2001 et fin 2006. Vous êtes réélu en 2011, mais votre principal adversaire, feu Étienne Tshisekedi, conteste les résultats et se proclame également président de la République. Mais vous parvenez néanmoins à être le président légal de la RDC. Conformément à la Constitution, c’était votre deuxième et dernier mandat, devant prendre fin le 20 décembre 2016.

Cependant, vous n’avez pas préparé l’organisation des élections, en fait, par volonté de vous accrocher, au mépris du respect de la Constitution de votre propre pays et de vos concitoyens. Opportunément pour vous, vous êtes maintenu au pouvoir suite à l’accord signé sous l’égide de l’Union africaine, le 18 octobre 2016 et celui de la Saint-Sylvestre de la même année sous l’égide de la Conférence Épiscopale du Congo (CENCO). Mais vous n’en avez pas finalement respecté les résolutions, notamment la plus importante : l’organisation d’élections libres et transparentes avant décembre 2017. Votre refus d’appliquer ledit accord n’a fait qu’accroître un climat de méfiance et d’instabilité et a plongé le pays dans une inquiétante crise politique et socio-économique.

Aux manifestant-e-s pacifiques appelant à la paix et à l’alternance démocratique, constitutionnelle, vous avez répondu par une violente répression ; plusieurs églises catholiques ont été attaquées par des policiers lourdement armés, ayant non seulement lancé des gaz lacrymogènes, mais n’ayant pas, en plus, hésité à faire usage de leurs armes à feu. Ainsi, aux nombreuses arrestations dont des prêtres, des enfants de chœur et des militantes pro-démocraties, s’est ajoutée une dizaine de morts sur l’ensemble du pays. Ces nouvelles victimes de votre régime autoritaire viennent s’ajouter à la longue liste des personnes arbitrairement détenues par la justice congolaise, en violation des droits et libertés humaines. Vous ne vous êtes pas privé de procéder à la nouvelle trouvaille répressive : la coupure de la connexion internet mobile et du service de messagerie de téléphonie mobile.

Lors de ces incidents, faut-il le rappeler, le peuple congolais dans son ensemble, et la jeunesse en particulier, avait, vu qu’il est question par la suite de « son attachement », tenu à témoigner son attachement à la Constitution, aux valeurs républicaines, au respect des droits humains et à des élections libres, démocratiques et apaisées.

En dehors de ces violations, voire homicides, votre régime illégal et illégitime est caractérisé par une corruption généralisée. Le népotisme ou le tribalisme sont également réapparus. À titre d’illustrations, le Parlement du Royaume-Uni a déclaré sur son site avoir gelé des avoirs de l’ordre de 580 millions de livres (802 millions $), entre 2005 et 2016, dans le cadre des sanctions imposées par l’ONU, visant votre régime en République démocratique du Congo. Selon les propos avancés par le secrétaire d’État au Trésor chargé de l’économie, John Glen, et repris par Reuters, ces gels ont essentiellement visé des chefs de milice, des cadres de l’armée et des organisations privées ayant des relations avec votre régime. Il ne s’agit apparemment que d’une partie de la fortune accumulée et placée à l’étranger par des dignitaires de votre régime. C’est décevant que le premier producteur de cobalt au monde, avec un PIB estimé à 30 milliards $, soit classé 177e sur 188 pays, en matière d’Indice de développement humain (IDH) du PNUD

(source : Agence Ecofin).

Sur le plan de l’endettement, le constat est très alarmant, la dette constitue une grosse pierre au cou de la RDC. En 2010, le pays a atteint le soi-disant « point d’achèvement » au prix de mesures néolibérales oppressantes qui piétinent les droits de la population congolaise déjà éprouvée par des décennies de colonisation, d’ajustements structurels, de dictatures.

La réalisation du point d’achèvement de l’initiative PPTE et IADM, en 2010, n’a pas véritablement amélioré les conditions de vie des citoyen-ne-s de la RDC. Sur un total de 14 milliards de dollars de dette, à peu près 11 milliards ont été annulés. Comme pour tout pays ayant « bénéficié de cette faveur » du FMI et de la Banque mondiale (BM), les deux institutions ont imposé la libéralisation de toute l’économie (du secteur minier à l’énergie en passant par l’agriculture) au détriment de la population. Les conditions de vie en RDC ne se sont clairement pas améliorées au cours du temps : l’éducation, la santé, les routes, tout est dans un état catastrophique.

Alors qu’au même moment, en conséquence d’un endettement public colossal de 9,9 milliards $ fin 2017 selon le FMI [1] dont 4 milliards auprès de créanciers extérieurs [2] , ayant conduit l’État de la RDC à l’Initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) et à l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale (IADM) dont les mesures relèvent bel et bien de la néolibéralisation – à l’instar localement de la libéralisation du secteur minier et du secteur énergétique, en passant par le secteur agricole – et risquent de consolider les chaînes de l’endettement (le projet INGA III, par exemple, dont la réalisation par endettement des entreprises privées sera garantie, illégitimement, par l’État de la RDC, qu’INGA I et II avaient déjà surendetté, comme vous le savez pourtant), vos compatriotes des couches sociales populaires, l’écrasante majorité de la population de la RDC, peinent pour s’alimenter quotidiennement, se faire soigner, se loger, etc. Le social en général, de l’emploi à l’éducation, est dans un état catastrophique. Ainsi, le pays que vous dirigez, considéré comme particulièrement riche en ressources naturelles en général, minières en particulier, alors qu’il est, par exemple, le premier producteur mondial de cobalt, ce pays n’occupe que le 177e rang sur 188 en matière d’Indice du développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement.

En 2017, l’Union européenne avait déjà mis en place des sanctions individuelles contre neuf responsables du gouvernement, de la police et de l’armée congolaise, pour de graves violations des droits humains. Sous des prétextes sécuritaires et économiques, les puissances occidentales, et en particulier la Belgique et la France, ne doivent pas aider des gouvernements autoritaires comme le vôtre à renforcer vos organes de contrôle des populations dans le but d’asseoir davantage votre pouvoir. La Belgique de Charles Michel protège le terroriste Joseph Kabila, le génocide congolais n’émeut pas le gouvernement belge car ses intérêts passent avant la vie des Congolais.

Le CADTM Afrique constate avec amertume que le processus électoral, entamé en avril 2015 avec la publication du calendrier électoral, est en panne et aucune explication n’a été donnée par la CENI alors que la campagne électorale était censée débuter le 24 septembre 2015. Nous notons qu’à cette confusion savamment orchestrée par la CENI, en complicité avec le gouvernement congolais, est venue s’ajouter la très controversée décision de la Cour constitutionnelle qui est allée au-delà de ses prérogatives en muant son arrêt en une multitude d’injonctions faites au gouvernement et à la CENI. Les décisions de cette instance étant irréversibles, la Cour ne fait qu’augmenter les troubles et la tension au lieu d’apaiser les ressentiments et les frustrations depuis la prise de l’initiative du découpage territorial. La Cour constitutionnelle vous a autorisé à rester en poste jusqu’à avril 2018, malgré les protestations de l’opposition et de la communauté internationale.

Nous dénonçons votre collusion avec les multinationales qui opèrent en RDC. Il s’agit notamment des sociétés minières comme Mark Bristow de Randgold Resources, Ivan Glassenberg de Glencore, l’ami personnel du chef de l’État, Steele Li de CMOC, Mark Davis de MMG, Lars Ericksen Johanson d’Ivanhoe Mines, etc.

Le 7 mars dernier, il y a eu une réunion entre vous et ces gestionnaires de milliards de dollars des investissements miniers à travers le monde. Il était question d’obtenir de vous, la réouverture des négociations sur certaines dispositions qu’ils désapprouvent dans le Code minier révisé, en instance de promulgation, afin que le code minier leur soit davantage favorable, au détriment de la population congolaise. C’est pour cette raison que ces délinquants financiers sont favorables à votre maintien illégal et illégitime au pouvoir.

Sous votre régime, on note une forte augmentation progressive de la dette publique, entachée d’illégitimité et d’illégalité, voire même odieuse.

Le CADTM Afrique constate aussi l’échec de toutes les tentatives de dialogue initié par le régime de Joseph Kabila les unes après les autres. Il pense que tout dialogue s’inscrivant dans la logique de violer la Constitution doit être proscrit et rejeté par la population congolaise pour l’intérêt suprême de la Nation. En effet, pour résoudre définitivement cette crise politico-sécuritaire, le CADTM Afrique :

1. pense qu’il serait dans l’intérêt du peuple congolais de procéder à un audit citoyen de la dette publique et privée de la RDC dans le but d’annuler les parties illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables ;

2. affirme son attachement indéfectible et sans faille au respect de la Constitution de la RDC et à la tenue d’élections libres, démocratiques et transparentes ;

3. soutient les mouvements sociaux dans leur manifestation contre le retour à la dictature tout en faisant échec par des actions citoyennes et non violentes à toute tentative d’exercice du pouvoir en violation de la Constitution conformément à l’article 64 de ladite Constitution ;

4. appelle à la restructuration profonde de la CENI et demande l’impartialité de la Cour constitutionnelle ;

5. invoque la saisine de la Cour pénale internationale pour qu’elle enquête sur les faits, crimes et autres violations des droits humains, enregistrés depuis l’arrivée au pouvoir de Joseph Kabila ;

6. appelle à une nouvelle sanction internationale à l’encontre des plus hautes autorités du pays, de Joseph Kabila à l’ensemble de ses proches responsables civils, politiques, administratifs, policiers et militaires, et que des mesures fortes soient prises pour protéger les militants pacifiques de la démocratie ;

7. appelle à la libération des prisonniers politiques et invite M. Kabila à se prononcer clairement sur le fait qu’il ne se représentera plus aux prochaines élections pour qu’il y ait décrispation politique.

Le Groupe de coordination du CADTM Afrique.

Notes

[1] Christian Brice Elion, « Coopération : le FMI veut conclure les discussions avec le Congo », Agence d’information d’Afrique centrale, 3 avril 2018, http://www.adiac-congo.com/content/cooperation-le-fmi-veut-conclure-les-discussions-avec-le-congo-81541

[2] Voir International Debt Statistics 2018, Banque mondiale

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