Édition du 13 novembre 2018

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Afrique

Juger les crimes de l’apartheid 47 ans après

Un ancien policier va comparaître devant la justice pour complicité dans la mort d’Ahmed Timol, un militant anti-apartheid mort sous la torture, le 27 octobre 1971. L’accusé prétend que la justice a trop tardé et que ses collègues étant morts, il paye pour les autres et que ces droits sont bafoués. Le procès doit ouvrir le 28 janvier prochain.

Tiré du blogue de l’auteure.

Si l’ancien policier des forces spéciales, Joao Rodriguez et son avocat réussissent à convaincre le procureur que l’Etat ne l’a pas jugé en tant et en heure et qu’il paye parce qu’il est le seul survivant de cet épisode tragique, l’espoir des familles des militants morts en détention, pour connaître la vérité sur les conditions de la mort de leurs proches, risque d’être anéantis. Rodriguez qui demande l’arrêt des poursuites avance l’argument que sa seule faute serait d’avoir participé au maquillage du crime mais qu’il n’a pas participé au meurtre et qu’aucun procureur n’a de preuve de sa participation active au meurtre du jeune militant communiste et que beaucoup d’archives de la police ont disparu. Et il se dit trop vieux avec une mémoire défaillante pour être jugé.

Toutefois, il y a peu de chance que le tribunal soit convaincu par ces arguments. La porte parole du procureur général a été très claire « en tant que représentant de l’État, nous nous opposeront à cette demande, parce qu’il n’y pas de prescription en cas de meurtre ou de viol, tant que L’État trouve un responsable de ces actes, et que le cas peut être jugé, et celui-ci ne fait pas exception » et quant à l’âge de l’accusé c’est un argument « qui ne tient pas la route ».

Joao Rodriguez est le dernier policier du sinistre commissariat de John Vorster Square à avoir vu Ahmed Timol avant qu’il ne « saute » par la fenêtre du 10ème étage. Ses deux collègues, morts respectivement en 2004 et 2006, qui avaient interrogé le prisonnier, lui avaient confié la garde du prisonnier. Toutes les expertises post mortem sont formelles : Ahmed Timol avait été frappé, torturé et ne pouvait plus marcher. Il avait été jeté par la fenêtre pour faire croire à un suicide. Rodriguez a menti au cours de la première enquête en 1972, puis devant la Commission Vérité et Réconciliation en affirmant que le prisonnier avait sauté par la fenêtre.

La Commission Vérité et Réconciliation, qui n’était pas un tribunal et ne pouvait pas rendre de jugement, a fait des recommandations que la justice n’a pas suivies. La justice aurait du juger tout ceux qui ont témoigné devant la commission, mais qui n’ont pas été amnistiés et ceux qui ont refusé de témoigner. Il s’agit de quelques 300 individus qui ont échappé à la justice. Le procès de Joao Rodriguez sera un précédent pour les familles des 73 prisonniers morts en détention sous le régime d’apartheid et leur donnera l’espoir de connaître enfin la vérité. La Commission Vérité et Réconciliation ne s’est pas arrêtée avec la remise de son rapport à Nelson Mandela, ses recommandations restent toujours valables et certains cas peuvent être réexaminés à la lumière de nouveaux éléments.

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

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