Édition du 19 septembre 2017

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Canada

Justin Trudeau a peur de la colère de Donald Trump

Si jamais le Canada déclarait les États-Unis « pays non sûr » pour le renvoi des réfugiés-es

La politique libérale envers les réfugiés-es se distingue profondément de celle mise en action par le précédent gouvernement conservateur. Le gouvernement Harper a coupé dans les budgets de santé en faveur des réfugiés-es, diabolisé certains de leurs groupes, fait des nominations politiques au sein de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié et introduit toutes sortes de soit disant réformes punitives au système de refuge (canadien) et compliqué sérieusement la possibilité pour ceux et celles qui arrivent ici, d’y rester.

Karl Nerenberg, blogueur sur Rabble, 23 février 2017 | Traduction, Alexandra Cyr

Justin Trudeau a promis de changer tout ça. Pour débuter, il a ouvert les frontières à des milliers de réfugiés-es syriens-nes. Mais la politique du Président Trump contre les réfugiés-es, au sud de la frontière, vient lui mettre des bâtons dans les roues. Le Canada a une entente avec les États-Unis qui le reconnait comme pays tiers sûr (en matière de refuge). Une personne qui fait la demande de refuge au Canada ne peut le faire en même temps aux États-Unis et vice versa. L’objectif est d’empêcher le magasinage entre les pays. Ce peut être un but légitime pour deux pays qui sont également sûrs pour ces personnes.

C’était vrai du temps de l’administration Obama ou de celle de G.W. Bush. Ce n’est vraiment plus le cas maintenant. L’administration Trump vient de suspendre l’admission sur le territoire américain à la totalité des réfugiés-es, de l’interdire à tout ressortissants-es de sept pays dont les populations sont majoritairement musulmanes, même s’il s’agit d’immigrants-es ou de simples visiteurs-euses. Tous les réfugiés et toutes les réfugiées qui sont sur le territoire américain en ce moment ont toutes les raisons d’avoir peur. Ces personnes ont pris connaissance du message du Premier ministre Trudeau par Tweet : « Vous êtes les bienvenus-es au Canada » et veulent s’en prévaloir. Mais si jamais leur passage se fait à un poste frontière officiel, ce sera le renvoi automatique aux États-Unis. Si, par contre, leur arrivée se fait en passant ailleurs, en traversant un champ par exemple, là où il n’y a pas de poste frontière officiel, leur droit au statut de réfugié est ouvert et leur séjour dans le pays durera ce qu’il faut de temps à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié pour se prononcer sur leur cas.

Ce sont la vision canadienne et celle des Conventions de Genève sur les réfugiés-es, que nous avons signées il y a des décennies qui donne droit à tout réfugié potentiel le plein droit à la protection du Canada tant qu’il demeure sur le sol canadien. L’enjeu pour ceux et celles qui se présentent aux postes frontières officiels c’est que, tant que leur admission sur notre territoire n’est pas officielle, ils et elles sont réputés-es être sur le territoire américain. Comme il s’agit d’un pays tiers sûr, (les douaniers) doivent les y retourner.

Si le Canada révoquait le statut de « pays tiers sûr » des États-Unis, les requérants-es du statut de réfugié, effrayés-es et désespérés-es, n’auraient pas à mettre leur vie en danger et à ruiner leur bien-être pour entrer le demander ici. Mais le gouvernement Trudeau ne veut surtout pas provoquer « Le Donald ». Les Libéraux pensent que le Président Trump n’apprécierait pas que le Canada établisse que son pays n’est pas sûr. Ils soutiennent que l’entente est toujours de mise et fonctionne comme il se doit.

Voici, par exemple, ce que le nouveau ministre de l’immigration et du refuge avait à dire aux journalistes mardi (21 fév.) : « L’entente sur le pays tiers sûr a été un moyen important pour les deux pays dans leur gestion des demandes d’asile. C’est un principe entériné aux Nations Unies et nous ne pouvons encourager les requérants-es de ce statut à magasiner…Aux États-Unis, le système interne d’examen des demandes d’asile respecte les obligations internationales pour ce qui concerne l’accès aux audiences. Donc l’entente sur le tiers pays sûr continue à s’appliquer ».

Selon M. Trudeau, l’économie et les droits humains doivent aller de pair
Il se peut que théoriquement, il y ait des fonctionnaires dans le gouvernement américain qui continuent à appliquer leurs règles en matière d’asile en respectant scrupuleusement les ententes internationales de leur gouvernement. Mais, quiconque observe ce qui se passe là en ce moment, devrait s’armer de sérieuses réserves. Le N.P.D. ne croit pas que les États-Unis de D. Trump soient un pays sûr. Le Conseil canadien pour les réfugiés-es et Amnesty International partagent cette opinion. Certains-es croient, qu’en privé, même Justin Trudeau en pense autant.

Bien sûr, si notre voisin du sud n’était pas le monstre économique ingérable qu’il est, le gouvernement canadien révoquerait sans doute, sans arrières pensées la fameuse entente sur les pays tiers. Mais, tel qu’il se présente, notre Premier ministre pro-réfugiés-es dit qu’il faut s’inquiéter autant de l’économie que des droits humains, spécialement de ceux des personnes qui ne vivent pas dans le pays. Voici la réponse de M. Trudeau à une question de la députée N.P.D. Jenny Kwan : « Les Canadiens-nes s’attendent à deux choses quant à nos rapports avec les États-Unis et avec le reste du monde. Nous allons soutenir et défendre les valeurs canadiennes ainsi que les principes qui ont rendu ce pays fort, libre et illustre. En même temps, nous allons travailler à la protection des emplois canadiens, au développement des occasions de croissance et au succès de nos petites et moyennes entreprises ».

Immédiatement après, dans une réponse en Français il a fustigé le N.P.D. qui, a-t-il dit, « avait l’habitude de défendre les droits des travailleurs-euses », mais veut maintenant, « jeter par la fenêtre les principes qui justement protègent les emplois et créent un avenir intéressant pour les familles canadiennes ».

Politiquement, il se peut que ;e Premier ministre soit sur un terrain solide. En moyenne, la population canadienne n’est pas prête à se mettre à dos le versatile Président américain. Et il existe une part importante de la population qui n’est pas très ouverte à accueillir un grand nombre de réfugiés-es spécialement les musulmans-es. Une personne comme Kellie Leitches (candidate à la chefferie du Parti conservateur qui voudrait faire passer un test sur les valeurs canadiennes aux réfugiés-es et immigrants-es. N.d.t.) a sans doute plus de partisans-es qu’on ne peut l’imaginer. De leur côté, les médias ne poussent pas le gouvernement à adopter une position plus dure face à D. Trump.

Donc, les organisations de défense des droits humains, qui se sont senties si proches de Justin Trudeau quand il a défait le gouvernement passif-agressif de S. Harper, se retrouvent encore une fois dans l’opposition. Le N.P.D. pour sa part, qui a toujours été fortement lié aux ONGs et aux militants-es dans le monde, est plutôt satisfait de leur servir de voix dans le parlement. Reste la question qui tue : est-ce qu’il y a un parti au Canada qui ait le pouvoir, la témérité, même le culot de mettre au défi le régime Trump ?

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