Édition du 12 décembre 2017

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Canada

Justin Trudeau démissionnerait si le Canada était une démocratie forte

L’absence de conséquence immédiate de l’abandon de sa promesse de réforme électorale par le gouvernement Trudeau montre que le Canada est une monarchie constitutionnelle qui utilise des outils démocratiques faibles.

La nouvelle ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, a confirmé, le 31 janvier que le gouvernement Trudeau abandonnait son engagement de modifier le système électoral. C’est l’un des piliers de la dernière campagne électorale du parti libéral qu’il abandonne. On se rappellera qu’en 2015, les libéraux en troisième position dans les sondages ont attaqué les néodémocrates sur leur propre terrain avec cette promesse. « Nous nous engageons à faire en sorte que l’élection de 2015 soit la dernière à utiliser le système uninominal majoritaire à un tour », a affirmé Justin Trudeau le 17 juin 2015, entouré d’environ une centaine de ses députés et candidats. Il avait fait cette promesse de modifier le mode de scrutin non seulement en campagne électorale, mais aussi dans le discours du Trône. Le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, qui s’était fait doubler sur sa gauche par les libéraux avec cette promesse aux dernières élections a donc raison de dénoncer cet abandon et de le comparer à du cynisme crasse.

Les libéraux avaient pourtant vertement critiqué ce système électoral en 2011 quand ils n’avaient eu que 11 % des sièges avec plus de 18 % des votes. Mais après qu’ils aient fait élire 54 % de leurs candidats en 2015 avec seulement 39 % du vote populaire, ils considèrent soudainement que les citoyens ont moins « d’appétit » pour un nouveau mode de scrutin. Le comité spécial multipartite de la Chambre des communes avait pourtant recommandé en décembre 2016 au gouvernement un mode de représentation proportionnelle. Il voulait aussi un référendum national sur cette option.

Il y a consensus actuellement autant au niveau politique que dans le milieu scientifique que le Canada, comme le Québec, fait face à un déficit démocratique important. Le mode de scrutin actuel comporte plusieurs problèmes majeurs qui en font une démocratie faible facile à déjouer. Le scrutin majoritaire uninominal à un tour produit des élus qui n’ont très souvent pas la majorité des votes exprimés dans leur circonscription. Il est injuste et inéquitable à l’égard des petits partis qui devraient être représentés au sein du Parlement pour que le vote de chaque citoyen compte. Il y a aussi le fait qu’aucune forme de destitution du gouvernement par le peuple n’est inscrite dans la constitution. Les élus qui se disent serviteurs de la population peuvent gagner des élections et faire par la suite exactement le contraire de ce qu’ils ont promis sans qu’aucune conséquence directe soit prévue dans le système.

Les cyniques ne sont pas surpris de cette décision. Très promis, les projets de réforme du mode de scrutin ne se sont jamais concrétisés au pays. Mais l’abandon de cette réforme électorale a fait plus qu’alimenter le cynisme. Elle le justifie et confirme que le cynique est celui qui a raison. Il est donc révélateur que le taux de participation aux élections qui était d’environ 75 % il y a 20 ans ait baissé à 60,5 %. Ce système crée de la désaffection chez les électeurs modernes capables de le comparer avec ceux de démocraties fortes où le peuple gère le peuple pour le peuple. L’abandon de la promesse de réforme électorale par le gouvernement Trudeau est donc au minimum un aveu d’échec sur une promesse qui a été fondamentale à son élection. C’était une promesse phare, symbole de la politique que Justin Trudeau disait vouloir faire différemment.

Si le Canada était une démocratie forte, le gouvernement de Justin Trudeau serait forcé de retourner en élection pour valider cet important changement de cap. Au grand minimum, le peuple pourrait peut-être se contenter de faire subir la conséquence de cet abandon par le plus grand gagnant de cette promesse brisée, Justin Trudeau, et pourrait demander sa démission. Continuer à gouverner comme si de rien n’était risque d’amener un niveau inégalé de cynisme politique et confirmer que le Canada est une démocratie faible que l’on peut manipuler à volonté.

Michel Gourd

Michel Gourd

Résident de L’Ascension de Matapédia.

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