Édition du 27 juin 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Canada

Kevin O’Leary n’est pas le Trump canadien ; c’est un conservateur à la P.K. Péladeau

Premièrement, Kevin O’Leary refuse de s’engager à déménager au Canada si jamais il était élu chef du Parti conservateur.

Nora Loretto, Rabble 28 février 2017
Traduction : Alexandra Cyr

Il ne semble pas non plus être prêt à faire preuve de capacités à parler français.
Malgré des demandes insistantes, il continue de s’accrocher à ses produits ; son vin est vendu via un réseau d’achats américain sur Internet. (…)
Bien d’autres facteurs démontrent qu’il n’est pas un candidat sérieux, mais cela ne l’empêche pas de dominer dans les sondages concernant la course à la chefferie du Parti conservateur. Plusieurs journalistes et commentateurs-trices ont fait un lien entre lui et Donald Trump. Comme le Président américain, il est une vedette des « reality show » à la télévision. Il provoque simplement en n’étant pas au cœur du Parti, répétant qu’il n’est pas un « politicien ».

Nous avons entendu Donald Trump en dire autant au cours des primaires.
Mais K. O’Leary diffère de D. Trump de plusieurs façons. À proprement parler, il n’est pas le candidat le plus raciste et n’est pas celui qui est le plus à l’extrême-droite. Il n’est même pas un véritable conservateur si on se réfère à son histoire d’adhésion au Parti, ses positions progressistes sur les enjeux sociaux et ses dons aux autres partis politiques.

Une analyse peu sophistiquée est suffisante pour se rendre compte que le lien Trump-O’Leary ne tient pas la route : il lui manque le facteur Ivanka, la renommée de D. Trump est plus crédible que la sienne et, sincèrement, les éléments les plus importants lui manquent : le faux « homme comme tous les autres », il n’est pas autant contre l’immigration ni contre le Mexique, il n’est pas un nationaliste blanc ni un protectionniste.

Mais il y a une bien meilleure comparaison pour la candidature de K. O’Leary. Il est le candidat du Parti conservateur à la P.K.Péladeau. Pour les non initiés-es, P.K.P. a été chef du Parti québécois pendant quelque temps, une courte période. En 2014, il a débuté sa vie publique, placé ses affaires en sécurité avec une organisation qui lui permettait d’y revenir en cas de besoin et a fait le saut dans la politique québécoise. En avril 2014, il a été élu député de St-Jérôme au nord de Montréal. À peine un an plus tard, il gagnait la chefferie du Parti québécois et remplaçait Pauline Marois. Il devait apporter le succès au Parti et, surtout, se propulser à la direction du gouvernement québécois. Il était celui qui pouvait revitaliser le Parti. Il avait son propre style et des partenaires de renommée, étant issu d’une famille riche et réputée. Il a facilement gagné la chefferie.

Mais, il n’était pas un politicien et il a fait des gaffes célèbres et ridicules. Son passé d’opposant aux syndicats ne favorisait pas l’adhésion d’une partie du mouvement ouvrier qui traditionnellement soutenait le P.Q. Son statut d’homme de l’extérieur était finalement un handicap au fur et à mesure que la vie politique devenait de plus en plus exigeante.Moins de deux ans plus tard, il démissionnait ; ce fut soudain et complètement inattendu.

Pendant la période où il a été chef, le P.Q. a souffert de sa manière nonchalante sans direction claire et l’ensemble de la vie politique en général également. Les Libéraux québécois ont eu tout le loisir pour imposer leur programme d’austérité qui va toucher la population pendant des années. Le P.Q. ne pouvait tout simplement pas obliger les Libéraux à clarifier leur position. Plus à gauche, tout le poids de mener cette lutte reposait sur les épaules du petit parti, Québec Solidaire.
Le P.Q. de P.K. Péladeau ne pouvait tout simplement pas être à la hauteur des enjeux.

La vie politique n’offre pas beaucoup de raccourcis. Une course à la chefferie est une expérience éreintante. Les membres du parti peuvent se rendre compte des capacités d’un-e candidat-e à supporter la pression. Bien performer au cours de cette période donne des indications sur les capacités de la personne à diriger son parti avec succès.

Une partie de ce succès est liée à l’expérience du candidat ou de la candidate de la vie parlementaire d’une manière ou d’une autre. Tout le monde déteste les politiciens-nes, mais confronter ceux et celles qui sont corrompus-es, est rarement laissé à des personnes sans aucune expérience. Il faut éviter les menteurs-ses et viser l’authenticité. Il est tout à fait illusoire de penser que la solution aux problèmes politiques repose sur le choix d’un individu qui n’a jamais fait face à une centaine de mêlées de presse, qui n’est pas familier avec au moins quelques règles parlementaires et qui n’a jamais pratiqué l’art du parfait faux sourire durant un débat télévisé en direct.

Tout membre du Parti conservateur qui pense que K.O’Leary a l’expérience et la stature nécessaires pour conduire son parti à la gloire peut compter sur mon allégeance socialiste pour lui dire d’aller de l’avant. Élisez-le en y mettant toute votre ardeur, nous vous verrons dans les rues dans le futur.

Un candidat célèbre qui fait une campagne sans programme politique va paralyser le Parti conservateur pour quelques années, mais peut-être que cela nous donnera à nous, Canadiens-Canadiennes, l’oxygène dont nous avons besoin pour passer au débat nécessaire à propos des politiques électorales progressistes. Nous pourrons observer le spectacle risible d’une partie de la droite dirigée par un vendeur de vin qui ira de Toronto à Boston plutôt que de Toronto à Ottawa.

Mais, au moins, ce sera moins pire que M. Bernier, B. Trost et, Dieu nous en garde, K. Leitch.

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