Édition du 15 mai 2018

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Féminisme

L’actu au féminin : où sont les lesbiennes ?

#MoiAussi

Le mouvement du hashtag lancé par l’actrice américaine Alyssa Milano, suite à l’affaire Weinstein, n’a désormais plus besoin de présentations. C’est malheureux de lire autant de récits de femmes aux histoires toutes aussi tragiques les unes que les autres. Cependant, est-ce vraiment surprenant ? Malheureusement, non.

tiré de : Objet : L’INFOLETTRE DE FUGUES # 675 - 23 novembre 2017

Espérons que la parole citoyenne sera porteuse d’une conscientisation sociale qui, à long terme, aura des effets positifs sur les menta-lités, voire sur notre système judiciaire. Soyons lucides : si les femmes se tournent d’emblée vers les médias sociaux pour exprimer leur détresse et dénoncer, au lieu de courir au poste de police du quartier pour effectuer une déposition (si ce n’est déjà fait), il y a nécessairement un manque de confiance en la justice, ou du moins en ses représentants. Ainsi, je désire #MoiAussi affirmer haut et fort qu’il faut #QueJusticeSoitFaite, car au-delà de nos histoires personnelles, nous connaissons toutes et tous une mère, grand-mère, amie, conjointe, sœur ayant été victime de harcèlement sexuel, d’agressions, voire de viol. Parce que ce curé du village, qui fait des attouchements à une femme, entre deux Je vous salue Marie », abuse de son pouvoir ! Parce que ce vieil oncle cochon qui touche les seins de sa petite nièce en lui disant « qu’elle est donc ben belle », abuse de son pouvoir !

Parce que ce patron qui profite de son statut hiérarchique pour violer une de ses employées, parce que ce père de famille qui abuse sexuellement son propre enfant, avant même que cet enfant ne sache nommer ses organes génitaux… Parce que toutes ces situations sont véridiques et trop récurrentes, il est inadmissible d’entendre des propos du genre « lorsqu’un individu (autant un homme qu’une femme) est victime de harcèlement ou violé, c’est parce qu’il a couru après… » Autant ces mentalités subsistent socialement, autant des crimes sexuels horribles sont commis et demeurent impunis, par la loi du silence. Lorsque des porte-étendards sont dévoilés, les Weinstein, Rozon, Salvail et Spacey de ce monde, ils sont loin d’être des cas isolés ; ils ne font que marcher dans les pas des autres Cloutier et cie… Notre devise du « Je me souviens » souffre d’Alzheimer, sauf peut-être pour ceux travaillent à la Sécurité publique au Centre québécois d’enre-gistrement des délinquants sexuels…

Il y a aussi ceux qui, par ricochet, sont coupables. Coupables de garder le silence. Si vous êtes témoin d’un meurtre, est-ce que vous garderez le silence ? Si vous êtes témoin d’un homme qui agresse ou viole une femme et que vous vous taisez, n’y a-t-il pas une certaine complicité dans le savoir du témoin qui se tait ? Dans le fait de ne pas dénoncer le crime punissable par la loi ? À tout le moins, n’y a-t-il pas une responsabilité sociale ? Bien sûr, je n’ai pas l’intention de comparer les crimes et leurs degrés, ou de banaliser l’acte de dénonciation, comme ses implications pour la victime et ses proches, mais toute victime d’un viol vous dira que quelque chose meurt en elle suite à ce geste. Alors, pourquoi appliquer la loi du silence ? Ce silence ne protège guère la victime, mais perpétue la culture du viol, des agressions, du harcèlement, des tout-puissants qui demeurent impunis. À titre d’exemple, prenons les déclarations de l’écrivaine Léa Clermont-Dion, qui suite à une agression sexu-elle impliquant Michel Venne, demande conseil à Lise Payette. Cette dernière lui conseille de ne pas porter plainte contre le fondateur de l’Institut du Nouveau Monde et « usant de menaces à peine voilées, fait taire une victime » car « après tout, elle n’avait pas été violée. » Ce conseil d’une "amie" est prodigué en 2014, alors que Lise Payette fut Ministre de la condition féminine de 1979 à 1981. Ironique, n’est-ce pas ? Pas autant que le manque d’empathie et de solidarité féminine…

Continuons dans l’ironie. Un mois avant le mouvement #MoiAussi, Louise Cordeau, Présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), discutait de la possibilité de rebaptiser le nom de l’organisme gouvernemental, afin d’y inclure le mot "homme" pour ainsi envisager l’égalité homme-femme de façon plus inclusive. Or, le Conseil du statut de la femme, « veille à promouvoir et à défendre les droits et les intérêts des Québécoises » et la Fédération des femmes du Québec n’a pas hésité à réagir en ce sens : « En affirmant qu’il y a "lieu de réfléchir à un nouveau nom pour le Conseil et que ce dernier devrait aussi s’adresser aux hommes" puisque "l’égalité est presque acquise" entre les femmes et les hommes, Madame Cordeau prouve avec brio qu’elle ne connaît rien aux enjeux de la condition féminine. » À tout le moins, il semble inconcevable que la Présidente du Conseil du statut de la femme ne prône pas la reconnaissance du mot femme à l’intérieur même de l’organisme qu’elle préside ! Le « Conseil du statut de la femme » se nomme ainsi, puisqu’il s’adresse aux femmes. Où est le problème ? Il n’exclut pas l’homme, au contraire, il l’invite à prendre part au mouvement… et s’il n’est pas en faveur de l’égalité homme-femme le fait d’ajouter le mot homme au Conseil du statut de la femme, ne fera pas tout d’un coup disparaître sa misogynie ou accroître son intelligence… Je connais beaucoup d’hommes féministes en faveur de l’égalité homme-femme et nous n’avons guère besoin de changer le terme, pour que la doctrine résonne en eux. N’est-ce pas, Madame Cordeau ?

Le fait est qu’au Québec, on a peur de dire « les vraies affaires » ! Parler des vrais enjeux (sans appliquer la loi du silence) et s’en occuper ensemble : #QueJusticeSoitFaite et #SoyonsSoli-daires, car à chaque fois qu’une femme dit #MoiAussi c’est #NousAussi que ça affecte. C’est votre fille, votre sœur, votre mère, votre conjointe, votre meilleure amie (le féminin est utilisé pour alléger le texte…). Personne ne veut vivre dans une société qui ne sanctionne pas adéquatement le viol et les agressions sexu-elles. Dire les vraies affaires, c’est dire les bons mots pour constater les maux. Et quand on met le doigt sur le bobo, faut pas juste mettre un pansement en attendant que ça guérisse.

Notes

1. Henri Marineau, La mauvaise conseillère, Le Devoir, 28 octobre 2017

2. Conseil du statut de la femme : www.csf.gouv.qc.ca

3. Marco Bélair-Cirino, Le Conseil du statut de la femme serait rebaptisé, Le Devoir, 19 septembre 2017.

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