Édition du 16 octobre 2018

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Catalogne

L’Espagne s’enfonce dans la crise indépendantiste

Après plusieurs mois d’exil, l’ex-président de la Catalogne Carles Puigdemont a été arrêté en Allemagne, dimanche 25 mars. Madrid poursuit dans la voie de la répression face à la légitimité démocratique catalane.

Tiré du site de la revue Regards.

Et si on prenait des nouvelles de la "transition démocratique" espagnole ? Eh bien, la tragi-comédie catalane continue et l’Union européenne ferme les yeux, encore et toujours. Depuis des mois, Madrid peut perquisitionner des urnes, tabasser des citoyens dans les bureaux de vote, mettre des élus en prison.

Rien n’y fait. Mariano Rajoy, le premier ministre espagnol, membre d’un des partis les plus corrompus d’Europe, est intouchable, imperturbable. Pire, il vient d’obtenir un soutien de taille. Dimanche 25 mars, Carles Puigdemont, l’équivalent catalan de Rajoy, a été arrêté en Allemagne, conséquemment au mandat d’arrêt international qui le visait.

Introuvable indépendance

Ne soyons pas dupes. Carles Puigdemont, président de la Généralité de Catalogne en exil depuis le mois d’octobre, n’est pas un martyr de la démocratie. Leader de la droite catalane, lui et les siens sont des indépendantistes d’avant-hier. Leur seul désir : avoir une plus grosse part du gâteau fiscal espagnol. Pour cela, ils ont bien joué la carte culturelle, « la Catalogne est une nation », etc. Pourtant, dans ces lignes, il nous faut défendre cet individu peu recommandable.

Reprenons brièvement le fil de l’histoire. Été 2017, la droite indépendantiste, avec l’aide d’ERC mais aussi de la CUP, respectivement la gauche et l’extrême gauche indépendantistes, entame un nouvel acte dans le bras de fer entre Barcelone et Madrid. Chaque camp sort son arme fatale : déclaration unilatérale d’indépendance (DUI) contre article 155 de la Constitution espagnole, lequel permet au pouvoir central de mettre une autonomie sous tutelle.

Lors du référendum du 1er octobre, la Guardia civil fait irruption en Catalogne, une première depuis la fin de la dictature franquiste. L’indépendance sera proclamée le 27 octobre avant d’être niée par ceux-là mêmes qui l’ont déclarée. Madrid n’apprécie guère ces ambiguïtés. Les Catalans non plus, bien que pour d’autres raisons. Mariano Rajoy pense alors résoudre la situation par des élections régionales anticipées. Sans aucune surprise, les indépendantistes l’emportent à nouveau. Entretemps, Carles Puigdemont s’est réfugié à Bruxelles et plusieurs membres de son ancien gouvernement ont été mis derrière les barreaux.

Déni de démocratie

Depuis, rien n’a vraiment changé. Madrid refuse que Puigdemont soit réélu président de la Generalitat. Le 23 mars dernier, Jordi Turull est lui aussi arrêté et mis en prison. Il était sur le point d’être investi à la place de Puigdemont. Jusqu’où cette farce ira-t-elle ? Le PP de Rajoy, qui n’a même pas obtenu 5% des voix aux élections catalanes, pourra-t-il continuer longtemps à mettre en prison tout prétendant à la présidence de la Catalogne, niant ainsi le vote des citoyens, de ses citoyens ?

Mariano Rajoy ne connaît qu’une stratégie politique : ne rien faire. Le temps qui passe a toujours joué en sa faveur. De plus, la division manichéenne de la crise catalane, entre pro et anti indépendance, pose un sacré problème à toute alternative. Podemos, mais aussi les nombreux partisans d’une négociation entre Madrid et Barcelone, sont inaudibles.

Le gagnant de cette mascarade démocratique pourrait être Ciudadanos. Le petit parti de centre-droit est devenu une alternative crédible à la posture du PP, jugée par certains trop attentiste. Car oui, pour certains, mettre tous ses opposants en prison, ça n’est pas suffisant. De son côté, la gauche catalane semble s’écarter de son allié de droite et esquisser une nouvelle stratégie, moins radicale. En attendant, le prochain épisode est prévu au plus tard le 22 mai. Le parlement catalan a jusqu’à cette date pour proposer un nouveau candidat à la présidence de la région. Alors, qui veut aller en prison ?

Loïc Le Clerc

Auteur pour la revue Regards (France).

http://www.regards.fr/

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