Édition du 18 septembre 2018

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LGBT

L’amour toujours l’amour

À peine les boules rangées, que l’on doit courir après les chocolats et les petits cœurs rouges sans oublier le fameux petit souper en tête chez soi ou au restaurant pour la St-Valentin. Au-delà de l’aspect commercial, et encore une fois d’une injonction sociale à collectivement marquer d’un gros cœur le 14 février, il n’en reste pas moins que la convention a quelque chose de sympathique. Surtout si l’on croit au couple, à la relation particulière entre deux êtres, et pas seulement charnelle, qui dans nos rêves devraient perdurer sinon jusqu’à la mort, du moins pour quelques semaines.

tiré de : L’amour au féminin, prise 2 De Infolettre de Fugues

« Amour, Amitié, je ne sais pas si par dépit ou par pitié je franchirai cet océan qui va de l’ami à l’amant », je fredonne cet air-là depuis que je pense à cette chronique. Je ne sais plus qui est l’auteur des paroles, ni même qui les a chantées, mais il me plait de croire que la frontière entre l’amour et l’amitié ne soit pas ins-crite dans deux cases bien différentes, dusse-t-il y avoir un océan entre les deux concepts. D’autant que pour moi, ce n’est pas un océan qui sépare mes sentiments en deux mais une simple petite flaque d’eau, facile à traverser d’un côté comme de l’autre. J’ai souvent eu du mal à tracer nettement et clairement ce qui relevait chez moi de l’amitié ou de l’amour, les deux se superposant trop souvent.

Il y a une différence tout de même entre l’amour et l’amitié. Et cela tient généralement dans leur commencement. L’amitié se construit pas à pas, sans même que l’on s’en rende compte. Alors que pour l’amour, la passion préside à la relation. Ce moment magique où l’on est l’un pour l’autre (et nous personne). Ce temps étrange et magique où l’exaltation prend le pas sur la raison. Mais la passion a la fâcheuse tendance à tiédir avec le temps.

D’ailleurs les contes de notre enfance ne se terminent-ils pas toujours par « Ils se marièrent et vécurent heureux jusqu’à la fin des temps, avec parfois un ajout « et eurent beaucoup d’enfants ». Rien dans ces belles histoires sur l’après, entendre peut-être que c’est tellement plate que ça ne mérite pas d’être raconté. Et si l’amour reste, les manifestations comme les émotions se calquent de plus en plus sur celles qui constituent l’amitié. L’amitié, la vraie. L’océan a tendance à se rétrécir entre ces deux continents émotionnels pour ne plus former qu’une mer, qu’un lac ou, comme dans mon cas, qu’une flaque d’eau.

Le couple dans nos sociétés conserve sa primauté dans la hiérarchie de nos relations. Le nec plus ultra et pourtant en cas d’échec aucune garantie (ni remplacement, ni remboursement pour cause de défection relationnelle). Mais on s’y accroche, puisque dès notre plus jeune âge on nous fait croire que le plein épanouis-sement ne peut passer que dans cette fusion de deux êtres et surtout en espérant que ça dure. Et ça ne dure pas toujours.

Mais pas de valorisation des autres formes de relation. Bien au contraire, elles sont souvent perçues comme des trahisons face à la norme. Pensez simplement à celles et ceux qui ont essayé, ou qui les vivent, polyamour, ménage à trois, couples ouverts, etc. et il y aura toujours quelqu’un pour affirmer que cela ne du-rera pas. Ni valorisés, ni acceptés, ni promus dans nos sociétés. Il est vrai que ces formes, loin du modèle traditionnel, partent avec un foutu handicap. Et celles et ceux qui s’y risquent ne vont pas le clamer haut et fort sur la place publique sachant qu’elles et ils se verront regarder de travers. C’est toujours déstabilisant de ne pas emprunter les mêmes chemins que la majorité.

Il faudrait peut-être un jour ne plus hiérarchiser les types de relation et surtout ne plus glorifier le couple tel que définit et perçut aujourd’hui comme le parachèvement d’une vie relationnelle réussie. Sans compter que l’on ne perçoit pas comme tel l’amour qui peut exister mais qui ne prend pas la forme bien bali-sée par la norme. Un exemple bien simple : je connais plusieurs gars qui sont dits célibataires mais qui entretiennent des relations très étroites avec un ex. Ils habitent proches l’un de l’autre, ont des ami.es communs, partagent grand nombre d’activités dont les vacances et des voyages à l’étranger, sont là l’un pour l’autre dans le quotidien. Si ce n’est pas de l’amour l’un pour l’autre, qu’est-ce que c’est ? Le sexe n’est peut-être plus le ciment de leur relation, mais il y a bien d’autres matériaux qui soutiennent celle-ci et la font perdurer.

Il faudrait oser des alternatives amoureuses, bousculer les contours du sacro-saint couple pour découvrir qu’il n’est pas le seul à générer de l’amour, et que l’être aimé peut se conjuguer parfois aussi au pluriel.

Je ne jette pas le couple avec l’eau du bain. Je l’ai été plusieurs fois au cours de ma vie. Je le serai peut-être de nouveau. Mais actuellement, les relations que j’entretiens avec mes proches (ami-es, amants, etc.) sont extrêmement enrichissantes et peuvent même à certains égards avoir la saveur et le parfum du couple, sans que pour autant le célibat – puisque officiellement je suis célibataire – puisse laisser naître quelque chose comme un manque dans ma vie. En fait, ne pas se cristalliser sur une seule forme de relation, et être plus ouverte aux autres.

L’amour est au coin de la rue, et on peut le reconnaître mais il ne prend pas toujours la forme telle qu’on nous l’a répétée depuis notre enfance. À trop vouloir épouser la lune, on en oublie que les étoiles, c’est pas mal non plus. Elles peuvent nous illuminer, d’autant qu’elles ne changent pas, ce qui n’est pas le cas de la lune.

Bonne Saint-Valentin.

(message personnel, je suis seul le 14 février, et pour un bon repas au resto, je suis prêt à croire à la Saint-Valentin).

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