Édition du 17 octobre 2017

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L’autre histoire du Canada - Mon ami Adolf

En 1936, l’armée espagnole se révolte contre le gouvernement républicain élu. L’armée a bien sûr le gros bout du bâton, d’autant plus qu’elle a le soutien des régimes fascistes en Allemagne et en Italie qui envoient 60 000 hommes sur le terrain. Les Républicains pour autant résistent, mais ils sont isolés, car les « démocraties » européennes comme la France et l’Angleterre décident de ne pas confronter Hitler et Mussolini.

Les peuples d’Espagne se lèvent contre le fascisme

C’est alors que la république sollicite l’appui des partis de gauche un peu partout dans le monde. Ils décident alors, avec l’appui de l’Union soviétique, d’envoyer des contingents de combattants qu’on appelle les Brigades internationales. Ils viennent d’Allemagne et de l’Italie, de France, des Pays-Bas, d’Angleterre, du Mexique, des États-Unis et d’ailleurs. Ils sont environ 18 000 à venir combattre pour la cause de la liberté, dont 1200 du Québec et du Canada, qui constituent un bataillon dit Mackenzie-Papineau, du nom du chef des Patriotes (Louis-Joseph Papineau) et de son ami torontois (William Lyon Mackensie) à l’époque de la rébellion démocratique de 1837-38. Les « Mac-Pac » participent à plusieurs grandes batailles et près de la moitié tombent sur le champ de bataille.

Des combattants du « Mac-Pap

Un des survivants est le médecin Norman Béthune, qui se fait connaitre en mettant en place des services d’urgence mobiles qui vont directement sur la ligne de front.

Plus tard, l’armée du général Franco s’impose après des massacres à grande échelle. Les soldats républicains refluent vers la France pour se voir internés par le gouvernement français. Les survivants de Mac-Pap reviennent au Canada, mais ils doivent eux-aussi éviter le harcèlement, puisque le gouvernement de Mackenzie King a adopté une loi spécialement pensée pour empêcher la participation aux Brigades Internationales. Parallèlement au Québec, l’Église catholique et les partis d’extrême-droite attaquent les réunions publiques pour venir en appui à la République.

Le chef des fascistes canadiens

Réélu en 1935, le premier ministre Mackenzie King ne cache pas ses affinités avec le fascisme et en même temps, son hostilité au socialisme. Sa pseudo neutralité face au conflit en Espagne cache mal son admiration pour les généraux espagnols qui veulent « éradiquer » la racaille de gauche. En 1937, King visite Hitler à Berlin, Dans son journal, King estime qu’Hitler est le gars qui peut « sauver l’Allemagne » et qui aime ses compatriotes. Il estime que le dictateur pourrait être le Jeanne d’Arc de l’Allemagne.

Mackenzie défile avec des dignitaires nazis dans les rues de Berlin

En 1939 quelques temps avant le début de la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement canadien empêche un bateau transportant plus de 900 réfugiés juifs venant d’Allemagne d’accoster.

En réalité, au-delà du personnage loufoque qui parle à sa mère décédée depuis 20 à tous les soirs à travers des verres vides et qui consulte son chien sur les affaires de l’État, Mackenzie n’est pas seul à frayer avec la bête. Plusieurs capitalistes canadiens et américains de haut vol s’affichent pro-Hitler, dont le fameux Henry Ford.

Henry Ford sert la main à Hitler

En France, le slogan de la droite est, « Mieux vaut Hitler que le Front populaire » (la coalition des partis de gauche). Il devient clair que les élites pensent qu’Hitler, Franco et Mussolini sont nécessaires pour empêcher les avancées de la gauche et de l’Union soviétique.

Leurs affinités et leurs inavouables mamours avec les fascistes continuent jusqu’en 1939, lorsqu’Hitler qui a réussi de s’emparer d’une grande partie de l’Europe grâce à la passivité des démocraties européennes décide de tenter le grand coup. Devant cela, la Grande-Bretagne, suivie de son allié subalterne canadien, n’a pas le choix et déclare finalement la guerre. Les États-Unis pour leur part préfèrent rester « neutres », et jusqu’à 1942, les entreprises américaines continuent de fournir l’Allemagne nazie en produits industriels et technologiques. Au bout de la ligne, cette Deuxième Guerre mondiale a été rendue possible par la trahison morale et politique des élites de l’époque.

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