Édition du 5 décembre 2017

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Québec

L'enseignement supérieur ne se porte pas bien au Québec

L’enseignement supérieur ne se porte pas bien au Québec. L’université mal financée survit en employant une main-d’œuvre précaire toujours plus prépondérante. La recherche fondamentale doit laisser place à celle qui profite à l’entreprise et qui permet d’accumuler le plus grand nombre de brevets. Au collégial, la formation générale est dévaluée, alors qu’on multiplie des diplômes adaptés aux besoins des employeurs.

Tiré du site d’Alternatives.

Les conseils d’administration dirigent les institutions d’enseignement comme des entreprises. La collégialité est vue avec une méfiance grandissante de la part des administrations, elle qui implique pourtant une participation active de tous les membres de l’institution et qui demeure un mode de fonctionnement grandement apprécié. La « gouvernance » de type managériale déshumanise l’enseignement supérieur et en réduit la diversité en favorisant les cours les plus rentables, notamment en sciences pures et en administration.

Pour mieux contrôler le milieu de l’enseignement supérieur, pour l’orienter vers des objectifs pragmatiques et encourager une concurrence pourtant nocive entre les établissements, on cherche à imposer une assurance qualité qui évalue l’éducation comme des produits industrialisés, par des critères soi-disant objectifs et calculables, appliqués idéalement par des évaluateurs externes, peu au fait des complexités de l’enseignement.

De nouvelles menaces apparaissent. Un conseil des universités et un conseil des collèges, tous deux concoctés par le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur sans véritables consultations avec le milieu, permettront d’instaurer de nouvelles structures qui auront comme mission de mettre en place ce qui rebute à tant de personnes qui enseignent ou suivent des cours : plus de contrôle bureaucratique et de technocratisation de l’enseignement.

Pour compenser à la faiblesse du financement de l’enseignement supérieur, les institutions se lancent dans l’internationalisation, ce qui implique des investissements à risque pour aller chercher une précieuse « clientèle » qui doit payer des frais de scolarité plus élevés. Cette quête de l’étudiant étranger se fait dans un contexte d’ouverture d’un grand marché international de l’éducation, caractérisé par une concurrence féroce entre les pays, dont il n’est pas sûr que nous sortions gagnants. Et surtout, il est encore moins sûr que l’éducation sorte renforcée de cette marchandisation qui considère les étudiants et les étudiantes comme des sous dont on remplit d’immenses tirelires.

Tous ces sujets, et bien d’autres encore, ont été abordés la semaine dernière lors des États généraux de l’enseignement supérieur qui se sont déroulés à l’Université Laval. Professeurs, chargés de cours, étudiantes et étudiants se sont penchés au chevet de ce grand malade qu’est l’enseignement supérieur. Mais plutôt que de se disputer comme les médecins de Molière, les participants se sont entendus sur un diagnostic qui a fait l’objet d’une rare unanimité : le mal provient d’un mauvais financement, de la marchandisation d’un secteur trop important pour le laisser suivre les lois de commerce, et du néolibéralisme qui applique à l’éducation, entre autres, des principes économiques profondément inadaptés.

Comment arriver à faire accepter des idées différentes à des directions d’établissements et à un gouvernement tellement imprégné par l’idéologie néolibérale ?

Bien sûr, certains sujets se prêtaient à des débats nécessaires : la gratuité scolaire, pourtant favorisée par la majorité des participants, est-elle vraiment réalisable ? Comment tisser de meilleurs liens entre professeurs et chargés de cours ? Comment arriver à faire accepter des idées différentes à des directions d’établissements et à un gouvernement tellement imprégné par l’idéologie néolibérale ?

Le projet de bien faire connaître les revendications des groupes et des individus présents devant une population quelque peu indifférente a sûrement constitué un des principaux défis pour les participants. L’ampleur du problème a d’ailleurs été révélée par l’absence quasiment totale des médias. Un événement qui rassemblait tous les partenaires de l’enseignement supérieur, à l’exception des directions d’établissements, était pourtant unique, voire historique, selon certains, et aurait dû mériter une couverture à la hauteur.

Le printemps étudiant de 2012 demeurait la référence incontournable d’une mobilisation réussie, celle qu’on aimerait reproduire, en espérant qu’il en résulte des changements structurels beaucoup plus importants dans les cégeps et les universités. À en juger par la colère et la grande insatisfaction engendrées par la situation présente, on peut se demander comment le système actuel pourra se perpétuer alors qu’il soulève une si nette désapprobation de la part de celles et ceux qui le font fonctionner.

Le succès de ces États généraux sur l’enseignement supérieur se mesurera en fonction des suites qu’on lui donnera. Si cette union exceptionnelle entre professeurs, chargés de cours et étudiants parvient à se maintenir, s’il en résulte de nouvelles rencontres et une véritable mobilisation à long terme, sûrement que le vent tournera et que l’enseignement supérieur correspondra bien mieux à ce que doit être une éducation de qualité.

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