Édition du 14 août 2018

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Planète

L’extractivisme menace les femmes partout dans le monde

19 juin 2018

En 1846, cinq leaders de la Nation des Tsilhqot’in en Colombie-Britannique sont allés rencontrer les autorités coloniales britanniques pour ce qu’ils croyaient être des pourparlers de paix. Cette rencontre faisait suite au meurtre de travailleurs britanniques qui avaient pénétré sur leurs terres sans permission. Dès leur arrivée auprès des autorités coloniales, ces leaders furent arrêtés, et ultérieurement jugés et pendus. Comme pour tout ce qui touche à l’histoire des Premières Nations au Canada, on ne nous a pas appris cette histoire à l’école. On ne nous enseigne pas non plus les liens sacrés qui unissent les Premières Nations du Canada et la nature. La raison pour laquelle ces leaders de la Nation des Tsilhqot’in se battaient contre les colons était pour les empêcher de construire une route vers la rivière où se trouvaient des gisements d’or. Cette relation avec la nature est si profonde que lorsque la Terre est violée, l’être humain l’est aussi. Puisque certaines blessures faites à la Terre Mère ne guérissent jamais, la cicatrice est éternelle.

Aujourd’hui, les Tsilhqot’in doivent continuer de défendre leurs terres contre l’exploitation des compagnies extractives. De plus, malgré le fait qu’en mars 2018, le premier ministre Trudeau ait disculpé les leaders Tsilhqot’in, la communauté cherche toujours à obtenir justice pour un désastre minier qui a contaminé leur rivière il y a de cela quatre ans.

« Dès notre tout jeune âge, on nous apprend à respecter la Terre afin qu’elle puisse prendre soin de nous dans le futur, » a affirmé Loretta Williams au cours d’une rencontre de trois jours réunissant des femmes leaders autochtones de partout dans le monde, qui critiquent et résistent à l’extractivisme dans leurs communautés. Mme Williams est membre de la Première Nation Xeni Gwet’in en Colombie-Britannique et est la chef d’un groupe de femmes des Premières Nations qui militent pour un secteur minier responsable. Sa communauté s’est battue pendant 25 ans pour obtenir ses titres fonciers, ce qui leur a finalement permis de protéger leur territoire d’un projet minier.

Des femmes impliquées dans de telles luttes partout dans le monde se sont retrouvées à Montréal pour la rencontre Femmes en résistance face à l’extractivisme, rencontre co-organisée par Développement et Paix et Caritas Canada. La similarité des peines et des souffrances qu’elles ont vécues à cause des compagnies extractives dans leurs communautés est affligeante.

Lors d’une discussion publique, des femmes des d’Afrique du Sud, du Canada, du Pérou et des Philippines ont livré de puissants témoignages sur les impacts néfastes de ces projets, comme les déplacements forcés, l’appauvrissement, la violence sexuelle, la criminalisation et les problèmes de santé, mais aussi sur le leadership des femmes dans l’organisation des mouvements de résistance.

« Je suis allée en prison pour défendre la Terre Mère. Quel étrange système de justice ! », dit Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec. Elle a expliqué qu’elle a été mise en état d’arrestation alors qu’elle participait à une campagne pour stopper la construction d’un barrage hydro-électrique sur une rivière du nord du Québec.

D’autres femmes ont partagé des histoires semblables. Beverly Longid, du Mouvement des peuples autochtones pour l’autodétermination et la libération des Philippines, a aussi rappelé cette tendance alarmante des gouvernements à criminaliser celles et ceux qui défendent la Terre Mère. « On nous considère comme des terroristes. Des leaders d’organisations de la base ne sont pas des terroristes » dit-elle.

À la fin de la rencontre, ces courageuses protectrices de la Terre Mère ont fait un plaidoyer pour qu’on laisse cette dernière en paix, qu’on cesse de l’exploiter, qu’on la laisse respirer et qu’on lui donne les moyens de continuer à donner la vie. Ce message a été réitéré tout au long du week-end, pendant que les femmes expliquaient le lien indestructible qui les unit à la Terre Mère, rappelant que son exploitation est aussi celle de toutes les femmes, et inversement.

Après de nombreux moments d’échanges, de stratégies et de solidarité, les femmes ont élaboré une déclaration de 13 principes afin d’enchâsser leur droit à assumer l’intendance de leurs terres, leur gouvernance souveraine, leurs modes de vie, leurs corps et leur héritage culturel.

Voir la déclaration complète.

Après la rencontre, les femmes ont également identifié quelques demandes spécifiques pour les décideurs canadiens :

Que l’approche du Canada face à la responsabilité sociale des entreprises à l’étranger assure le respect, la protection et la mise en œuvre des droits humains, dont les droits des femmes et des peuples autochtones. La mise en place d’un ombudsman est un pas en avant sur le chemin de la réparation, mais cela ne pourra et ne saura réparer tous les dommages causés par les compagnies canadiennes ;
Que l’ombudsman adopte une approche basée sur le genre dans le cadre de son travail, nommément dans son travail d’enquêtes, afin que les réalités vécues par les femmes soient prises en compte ;
Que le Canada adopte un cadre juridique qui permette aux femmes de participer pleinement aux processus de consultation et de consentement avant le début des projets extractifs, et qui accorde aux communautés affectées par de tels projets le soin de déterminer si et comment le projet pourra évoluer ;
Qu’un dialogue transparent soit établi entre les preneurs de décision et les organisations ou les communautés qui se battent pour la protection de leurs territoires.
Que le Canada s’assure que les mécanismes de financement et le soutien politique auprès des compagnies minières ne viennent pas saper les bénéfices de sa politique d’aide internationale féministe ;
Que le Canada adopte une législation qui tienne les compagnies minières canadiennes responsables des violations des droits humains et environnementaux faites par leurs filiales ou leurs partenaires d’affaires outremer ;
Que les députés, les fonctionnaires et les diplomates qui voyagent dans les pays où les compagnies minières canadiennes sont présentes, rencontrent les organisations qui s’opposent à ces projets, incluant les organisations de https://www.devp.org/sites/www.devp.org/files/IMCE/images/articles/women_resisting_extractivism-web.jpgfemmes.
Un groupe de 10 femmes s’est rendu à Ottawa pour rencontrer des députés et des représentants d’Affaires mondiales Canada afin de présenter ces demandes et de partager leur expérience d’avoir vu leurs droits bafoués à répétition, souvent par des compagnies canadiennes.

Ces femmes vont continuer de se battre contre l’extractivisme dans leur propre pays, mais elles se sentent plus fortes de savoir que leurs sœurs ailleurs dans le monde partagent le même combat. Elles poursuivront leur lutte jusqu’à ce qu’elles puissent assurer à leurs enfants et futurs petits-enfants un milieu de vie où ils pourront vivre et respirer librement.

Mots-clés : Canada Planète

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