Édition du 21 novembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Libre-échange

L'hégémonie marchande

L’hégémonie culturelle au sens où l’entendait Gramsci est ce qui faisait en sorte par exemple que, sous le régime Duplessiste, les années de la grande noirceur québécoise, il était impossible de mettre en doute la vertu des congrégations religieuses parce que tout le monde, politiques, médias, administration, enseignants, etc. tenait pour acquis qu’elles étaient vertueuses. On sait aujourd’hui ce qu’il en était.

La liberté de commerce a servi de prétexte à l’interdiction des syndicats au XIXe siècle. C’est pourquoi des travailleuses et travailleurs ont souffert, été mis en prison, pendus, fusillés, et j’en passe.

Cette même liberté de commerce est à la base du fameux traité que signeront dans la joie, l’allégresse, sans aucune honte, les plus hauts représentants du Canada et de l’Europe. Il fallait voir et entendre cette semaine les lectrices et lecteurs de nouvelles, les chroniqueurs et même les journalistes de nos télé et radio publiques, dont la mission est pourtant de bien informer la population et non de l’intoxiquer, piaffer d’impatience devant les « vilains » résistants gaulois qu’étaient devenus les parlementaires wallons.

Pis encore, il fallait voir et entendre hier (vendredi 28 octobre 2016) les lectrices et lecteurs de nouvelles, les chroniqueurs et même les journalistes de nos télé et radio publiques, dont la mission est pourtant de bien informer la population et non de l’intoxiquer, soupirer d’aise, annoncer la voix tout enjouée et le regard épanoui qu’enfin on irait de l’avant maintenant que la résistance avait été réduite.

Cette liberté de commerce qui prévoit la libre circulation des capitaux et des biens, mais préseve les restrictions sévères envers les faciès peu recommandables, cette liberté de commerce qui assure la concurrence du privé dans la délivrance de services publics, alors qu’il a été montré, entre autres, par les exemples malheureux du Royaume-Uni (pour ne pas citer le désastreux exemple du Centre hospitalier universitaire de Montréal, en voie de réalisation en partenariat public-privé), qu’il y est beaucoup moins efficace et beaucoup plus coûteux, cette liberté de commerce qui garantit aux transnationales un droit de regard sur les lois d’ordre public, faisant passer le profit avant la protection de l’environnement, avant la justice sociale, alors que la population n’a même pas son mot à dire, cette liberté de commerce profondément antidémocratique qui a été concoctée en secret dans des officines lointaines sans aucune consultation des populations concernées, en tout cas de ce côté-ci de l’Atlantique, cette liberté de commerce qui ne souffre aucune critique, pas le moindre doute, pas la plus insignifiante remise en question, fait aujourd’hui figure d’hégémonie culturelle férocement défendue par tout ce qui détient un poste officiel de notre belle société.

LAGACÉ, Francis

Francis Lagacé

LAGACÉ Francis
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