Édition du 11 décembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections 2018

L'humanité résignée

L’humaine engeance est tissée de paradoxes. On en dit qu’elle est obstinée, curieuse, ambitieuse et qu’elle chérit sa liberté au point de préférer la mort à sa perte, expression qui fut souvent employée par les capitaines des diverses incarnations de Star Trek. Toutefois, elle sait aussi se montrer moutonnière et docile, subissant les pires affronts, s’entassant dans des camps mortifères, laissant ses voisinEs, parentEs et amiEs passer sous la faux des larbins aux ordres de qui s’improvisent propriétaires ou tyrans.

Devant le désastre écologique qui nous accable, elle semble jouer la fatalité affectant de croire qu’une solution magique fleurira toute seule au détour d’une coulée de bitume. Pourtant ce n’est là qu’une facette de la chatoyante pépite de l’évolution terrestre. On ne peut résumer sa complexité en quelques-uns de ses mouvements, aussi légers ou aussi lourds soient-ils.

À la suite de mon billet sur la crise climatique, quelqu’un m’a dit : « Francis, tu appelles à la rupture, mais personne ne veut de rupture brutale ! » Mais, non, je n’appelle pas à la rupture, c’est la nature qui l’appelle. J’ai seulement constaté, comme Nicolas Hulot après tout (et c’est loin d’être un extrémiste), comme tous les experts (et ce ne sont que des scientifiques), qu’on a le choix entre agir collectivement de manière radicale ou accepter d’être les prochaines victimes de la sixième grande extinction. Le bébé qui naît ne peut pas couper le cordon lui-même, mais la présente humanité serait capable de lâcher le biberon du pétrole. Le veut-elle ? Il ne faut surtout pas attendre après l’oligarchie pour le savoir.

Sur un plan plus local, la résignation au ballottement par les sondages et les discours fatalistes de beaucoup d’électrices et électeurs du Québec penche du côté de la résignation. « J’aimerais bien voter pour le parti que je préfère, mais il n’a aucune chance de gagner les élections. » Mais, pourquoi n’a-t-il aucune chance de gagner les élections ? Parce que tu refuses de voter pour lui. Si on avait raisonné ainsi depuis la création du premier parlement québécois, nous aurions encore les deux mêmes partis, soit le parti britannique (les Anglais) et le parti canadien (les Français).

La seule façon de ne pas perdre ses élections est de voter pour le parti qui rejoint le plus nos choix idéologiques, nos valeurs et le bien commun, car ainsi on fait avancer ses idées. La meilleure façon de perdre ses élections est de voter pour « être du bon bord ». Savoir que j’aurais contribué à faire élire un gouvernement antisyndical, pétrolier ou néolibéral serait ma pire défaite.

On regarde avec affection ce tâtonnant fleuve de têtes isolées et en masse, puis on se dit qu’il arrive parfois que des liens se créent, qu’un mouvement collectif ne soit plus commandé par le fouet du gouverneur, puis qu’une brèche s’opère dans la direction de la multitude, car

« Moi si j’ai connu des années funestes
Et mes cerisiers des printemps pourris
Je n’ai pas voulu retourner ma veste
Ni me résigner comme un homme aigri »

(Les Cerisiers, chanson de Jean Ferrat sur des paroles de Guy Thomas)

LAGACÉ, Francis

Francis Lagacé

LAGACÉ Francis
8200, rue Hochelaga App. 5
Montréal H1L 2L1
Répondeur ou télécopieur : (514) 723-0415
francis.lagace@gmail.com.
www.francislagace.org
www.lesecritsfrancs.com

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