Édition du 18 septembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Féminisme

L’indépendance du Québec et le féminisme

On peut parler d’indépendance à réaliser en premier avant tout autre projet. On peut parler d’indépendance conditionnelle. On peut parler d’indépendance et de convergences sociales et politiques. On peut dire que l’indépendance n’est ni à droite, ni à gauche. On peut parler de Québec pays. Mais à travers tout cela parler de féminisme est nouveau.

Le mouvement des femmes parle peu de l’indépendance du Québec. Certains groupes appuient ouvertement l’indépendance. Majoritairement les militantes féministes ont appuyé le Parti Québécois, certaines l’appuient encore, d’autres ont opté pour Québec Solidaire et d’autres ont renoncé à cet option. Mais discuter du Québec comme pays n’est pas une priorité du mouvement des femmes. Violence et pauvreté accaparent les énergies. Et pourquoi discuter d’indépendance quand un parti se bat pour depuis quarante ans et surtout quand on ne voit pas très bien comment articuler les revendications féministes. Cela revient-il à laisser l’indépendance aux hommes ?

Nous allons tenter dans ce texte de développer des pistes pour articuler les revendications féministes dans un projet d’un Québec indépendant. Nous saluons les contribution du Réci (Réseau des citoyennes pour l’indépendance Oui Québec) sur le sujet. Mais, nous allons nous situer dans un tout autre registre et en même temps contribuer à la critique et à la contribution sur le sujet. Nous allons nous situer non pas au niveau de l’État québécois privé de ses droits mais de l’État fédéral dominant la sphère politique et articuler notre argumentation sur la nécessaire rupture pour le mouvement des femmes mais aussi pour réaliser l’indépendance d’avec cet état colonialiste et patriarcal.

Indépendance et État fédéral

Pour bien comprendre la nécessité de l’indépendance du Québec, il faut d’abord bien comprendre la nature de l’État fédéral.

L’indépendance du Québec, c’est pour redonner au Québec sa liberté de prendre ses décisions. Bien sûr ! Mais c’est surtout parce que l’État fédéral est un état dominant créé par des hommes marchands anglais pour augmenter profit et pouvoir. C’est un état colonialiste utilisant les avantages de l’empire britannique pour user de son pouvoir et briser les Premières Nations, les Acadien-nes, les Québécois-ses.

L’État fédéral et ses supporteurs s’est créé autour des voies ferrées vers l’ouest avec l’argent de l’est. Il s’est accaparé à l’ouest des terres autochtones à coup de génocide, d’expulsion, d’enfermement, d’isolement et d’ extermination des bisons.

L’État fédéral s’est servi de l’Église catholique pour maintenir les nations québécoise et acadienne dans la soumission et la dépendance.

Le capital financier en se développant avec la bénédiction de l’État fédéral s’est enrichi et a été à l’origine des paradis fiscaux aux Bermudes et aux Antilles. Ainsi, il assumait son caractère impérialiste.

À l’ère de la mondialisation, l’État fédéral a transformé le si beau pays du monde en paradis fiscal pour les minières du monde entier. Plus de la moitié des compagnies extractivistes au monde sont enregistrées en sol canadien parce que bénéficiant de privilèges incontournables. Et surtout,elles ne se font pas poser des questions sur leur façon d’exploiter leurs gisements, leur main d’oeuvre, leurs relations politiques, leurs aptitudes à la corruption et leur respect des droits humains.

Au Québec, nous voulons notre liberté pas seulement pour se réapproprier nos pouvoirs et vivre en français, mais pour détruire cet état fédéral dominant, colonial et impérialiste. L’indépendance est un moyen pour remettre cet état fédéral en question en montrant clairement son caractère dominant et colonial. Ne pas parler de cette remise en question de l’État fédéral quand on parle d’indépendance c’est situer le projet du Québec pays dans le même créneau de capital financier, colonial, dominateur. Voilà où se situe la stratégie de se limiter d’abord à l’indépendance et ensuite réaliser le projet social. Voilà pourquoi depuis quarante ans le PQ ne peut pas faire l’indépendance du Québec. D’un côté, le grand capital canadien s’y oppose farouchement et de l’autre les classes travailleuses et populaires ne sont pas assez nombreuses pour réaliser un simple projet de rupture démocratique. Voilà aussi pourquoi les revendications féministes y trouvent peu de place. L’indépendance comme projet capitaliste et patriarcal n’est pas viable.

L’indépendance du Québec ne pourra prendre vie que s’il est accompagné d’un réel projet social qui lie coupure avec l’État fédéral dominateur et satisfaction des besoins des classes travailleuses et populaires. Ce n’est pas être un projet conditionnel, c’est dire quelle indépendance on veut pour le Québec. C’est être capable de proposer un projet mobilisateur, démocratique et participatif. C’est aussi être capable de mobiliser des soutiens ouvriers et populaires au Canada anglais en montrant comment en finir avec cet état fédéral exploiteur et colonial, que ce soit les travailleurs et travailleuses de la fonction publique, de l’automobile, des postes ou de l’aéronautique et aviation régis par les lois fédérales.

L’État fédéral et les femmes

L’État fédéral s’intéresse beaucoup aux femmes. Il les domine et brime leurs droits. Et c’est là que se lie le mouvement des femmes, les revendications féministes et le projet indépendantiste.

Sur les femmes autochtones

L’État fédéral a tardé à mener des enquêtes sérieuses sur la disparition et l’assassinat des femmes autochtones. Il a tardé à reconnaître l’ampleur de ce féminicide. La Commission sur les femmes disparues et assassinées se plaint du manque de ressources, du manque de temps et du manque du pouvoir de poursuites pour mener à bien sa mission.

Sur le corps des femmes

L’État fédéral est responsable de la loi sur les agressions sexuelles. Le droit à l’avortement est périodiquement remis en question. La thématique des mères porteuses (soit la marchandisation du corps des femmes) vient aussi de prendre place dans le débat parlementaire. Par sa responsabilité concernant l’immigration, le fédéral a aussi une responsabilité envers la liberté des femmes : celles qu’il accueille, celles qu’il rejette et expulse (qu’on se souvienne de Lucy), celles qu’il refuse, celles sur qui il ferme les yeux (les sans papier), celles qui sont tenues en semi esclavage dans le travail saisonnier ou domestique. C’est aussi le fédéral qui supervise les lois concernant la prostitution et la traite des femmes et des enfants. L’interdiction de tout trafic humain est un minimum à obtenir.

Sur la santé des femmes

L’État fédéral gère l’acceptation de tel ou tel médicament. Il subventionne (mais de moins en moins) aussi les recherches. Il homologue aussi toutes les formes de pesticides. Les entreprises pharmaceutiques et chimiques ont le haut du monopole. Le corps et la santé des femmes sont loin de faire contrepoids.

Sur le droit au travail et à l’autonomie économique

L’état fédéral contrôle ses travailleuses de la fonction publique en retardant l’application d’une réelle loi sur l’équité salariale. Les travailleuses des groupes de femmes à travers le Canada ont vu leurs emplois disparaître avec la perte des subventions souvent faites au profit de groupes religieux. Il restreint aussi le droit au chômage par les allocations. On a vu comment les coupures des dix dernières années ont touché les personnes à faible revenu, à travail précaire, à temps partiel, à travail saisonnier. Les femmes sont reconnues comme les plus nombreuses dans ces catégories d’emplois. Les femmes aînées reçoivent la pension de vieillesse avec ou sans le supplément de revenu. Cependant aucun ajustement ne tient compte du travail gratuit à la maison, des périodes de maternité et des salaires inférieurs à celui des hommes. Les femmes aînées vivent plus pauvres que les hommes. Ces ajustements ne sont pas non plus pris entièrement en compte dans les impôts. En couple, les femmes ne sont pas considérées comme seules responsables de leur autonomie économique. Pourtant l’argent est là dans les paradis fiscaux. Le fédéral ne fait rien pour empêcher cet évasion fiscale. Les amis de Trudeau le savent et en profitent pendant que les femmes pâtissent.

Sur la famille

Il distribue les prestations d’allocations familiales au compte goutte. Trudeau, en tentant de rattraper le Québec, parle d’instaurer un service de garde pancanadien alors que le Québec bénéficie d’excellents services de garde.

Sur l’environnement

Le fédéral bafoue le territoire tout comme est bafoué le corps des femmes. Le mépris de la terre justifie tous les mépris y compris celui des femmes. À preuve comment les décisions fédérales vont à l’encontre des décisions des Nations Autochtones sur leur territoire dans le transport du pétrole sale de l’Alberta. Énergie Est a été remisé grâce aux mobilisations québécoises mais Kinder Morgan est des plus menaçant. Le fédéral régit aussi le nucléaire. Les générateurs Candu ça vous dit quelque chose ? Une belle invention canadienne vendue à travers le monde. Chalk River est aussi un exemple de vente au privé des déchets nucléaires et d’entreposage dangereux pour la population dans la région de l’Outaouais.

Sur la culture

Radio Canada a souvent été pris à partie pour la place faite aux femmes dans les émissions d’affaires publiques. Les femmes réalisatrices de films ont aussi revendiqué plus de subventions pour créer des films. Le RTC régit les ondes radiophoniques mais reste bien passif dans les dossiers des radios poubelles qui font du mépris des femmes leur principal cheval de bataille. Et enfin les subventions au réseau Netflix et compagnie qui ne garantit en rien un contenu canadien mais aussi et surtout ne garantit rien de la place des femmes et des revendications des femmes.

Sur la solidarité internationale

Justin Trudeau a un peu rehaussé l’image canadienne concernant l’aide internationale en redonnant les coupures de subventions faites aux groupes travaillant avec les femmes en planification des naissances. Il maintient l’importance de l’égalité hommes-femmes dans ses discours. Mais il assure son soutien aux interventions guerrières au Moyen Orient et en Afrique. Pourtant les mouvements de population dans le monde sont dû principalement aux guerres et touchent majoritairement des femmes et des enfants. Ces déplacements de population sont aussi facteurs de viols, d’agressions, de prostitution, de traite, de misère et de souffrances multiples.

Sur la place des femmes

La parité au gouvernement à la Chambres des communes, au conseil des ministres et dans la conseils d’administrations des sociétés fédérales est loin d’être appliquée. La réforme du mode de scrutin qui aurait fait que chaque vote compte a été remise aux calandres grecques malgré les promesses électorales de Trudeau. Le gouvernement fédéral doit encore voir à l’application de l’analyse différenciée selon les sexes pour voir réellement l’impact de ces mesures et de ces lois sur les femmes. Les femmes comme citoyennes est un débat à faire au fédéral.

Le mouvement des femmes se mobilise sporadiquement suivant les besoins contre l’état fédéral. Mais en fait l’état fédéral muselle les femmes. C’est l’état dernier recours, l’état dominant. Et une réelle libération des femmes devra nécessairement passer par une remise en question de cet état colonial, patriarcal et impérialiste qu’est l’État canadien.

L’indépendance des femmes

L’État fédéral est bien organisé pour refuser le choix démocratique du Québec. Il s’est doté de la loi sur la clarté et si cela ne suffit pas, il mobilisera au Canada Anglais ( il l’a fait en 95) et se servira de son armée (comme durant les mesures de guerre).

L’indépendance du Québec ne peut donc pas se réaliser à froid, par simple jeu démocratique et par négociations éclairées. Juste à se souvenir de n’importe quel conflit syndical où le patron a plein pouvoir. Il domine alors il y aura forcément agrément et concessions mais toujours il y aura dominance patronale. Le fédéral lui n’en fera pas de concessions, cela va de sa définition même. L’indépendance ne pourra pas se réaliser sur des demi pouvoirs. Elle ne peut être neutre ni de droite ni de gauche et viser un simple rapatriement des pouvoirs pour protéger sa langue et sa culture car elle doit mobiliser pour se réaliser. Et sans projet social, pas de mobilisation. C’est là l’importance des revendications féministes et du projet social d’égalité des hommes et des femmes. Les revendications des femmes pour mener à de véritables victoires doivent rompre avec les lois fédérales et doivent s’inclure dans un projet d’indépendance du Québec. Le Québec ne pourra être indépendant si les femmes sont encore soumises au dicktat des lois fédérales. L’indépendance du Québec doit être l’indépendance féministe des femmes. Ne l’oublions pas les femmes forment la moitié de la population

Le projet de constituante du Québec est important pour canaliser les forces, mobiliser et unir les revendications. Il doit bâtir une constitution d’un pays en rupture avec l’État fédéral en unissant toutes les luttes contre cet état capitaliste et patriarcal. L’Assemblée constituante va être un moyen de conscientisation et de mise en actions des forces vives de la société sur comment changer le monde, mais aussi sur le bilan de l’État fédéral. Le mouvement des femmes doit être aux premières loges de cette démarche en exigeant la parité de l’assemblée et en incluant dans la constitution du futur pays les revendications féministes. L’indépendance sera féministe ou ne sera pas.

ginette lewis

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