Édition du 15 janvier 2019

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États-Unis

L’investigation du procureur Mueller pourrait mener à des mises en accusations de l’Organisation Trump

Les procureurs fédéraux ont accusé le Président Trump de crime fédéral pour avoir versé des pots-de-vin à deux femmes durant la campagne présidentielle. Vendredi, le bureau du Procureur général du district sud de New-York à rendu public ces accusations

Marcy Weeler sur democracynow.org
Traduction et organisation du texte, Alexandra Cyr

. Cette révélation était accompagnée du contenu d’un mémo en vue de l’établissement de la sentence de Michael Cohen, l’ancien avocat (personnel de D. Trump). Il a admis en cour qu’il avait payé, durant la campagne électorale, la star des films pornos, Stormy Daniels et Karen McDougal une ancienne modèle de Play Boy, pour les empêcher d’informer les médias de leurs liaisons avec le candidat Trump.
(…)

Nermeen Shaikh, DN : Ce mémo établit ceci : « En ce qui regarde ces deux paiements, M. Cohen à agit avec l’intention d’influencer l’élection présidentielle de 2016…Il à agit en coordination avec l’Individu no 1 ». (Individu no 1 désigne le Président Trump). (…)

Amy Goodman, DN : Ce mémo a été rendu public en même temps que deux autres mémos du procureur spécial Mueller ; un visant aussi la sentence de M. Cohen et l’autre Paul Manafort ancien président de la campagne Trump.

Nous rejoignons, à Grand Rapids au Michigan, Marcy Wheeler, journaliste indépendante. Elle est la rédactrice du site EmptyWheel.net et elle a suivi de près les multiples investigations concernant le Président Trump.

Marcy, soyez à nouveau la bienvenue à Democracy Now ! Pouvez-vous nous expliquer ce qui est le plus important dans ces publications. (…)

Marcy Wheeler : D’accord. Ce sont donc deux mémos visant les sentences à imposer à M. Cohen. Une à Manhattan du bureau du procureur général de New-York et l’autre du bureau de M. Mueller. Pour celui traitant de M. Manafort, il ne s’agit pas d’un mémo en rapport avec ses sentences. Ce mémo ne fait que dresser la liste des mensonges qu’il a proférés et les raisons (pour lesquelles il l’a fait). Le gouvernement dit qu’il a contrevenu à l’entente (plea bargin) qu’il avait eut avec le procureur spécial et qu’en conséquence il perdait tous les avantages que cette entente devait lui apporter.

La nouvelle qui fait les manchettes en ce moment, vient du mémo de New-York. Il explicite clairement, sans encore accuser le Président, que ce qu’à fait M. Cohen en organisant le paiement des pots-de-vin et en se faisant rembourser par l’Organisation Trump, il l’a fait en toute connaissance de D. Trump et sur ses instructions. À droite on a tendance à dire : « Ce n’est qu’une petite contribution à la campagne ». Dans un « tweet » ce matin, le Président en a dit autant. Mais ce qu’ils ne disent pas, c’est ce que le procureur fédéral de New-York à rendu très clair : il parle de fraude à la loi sur le financement électoral pour pouvoir poursuivre cette campagne. Par exemple, il spécifie tous les efforts que D. Trump et M. Cohen ont dépensés pour garder secrets ces paiements comme le travail de M. Cohen pour créer une société fictive pour pouvoir verser l’argent.

Alors, on pourrait s’attendre à ce que les prochaines accusations, celles qui pourraient nommer D. Trump comme conspirateur associé non accusé directement, viseront certainement l’Organisation Trump parce que sa compagnie peut être accusée, et probablement aussi un ou l’autre de ses fils dont les noms apparaissent dans ces mémos. Ils vont être accusés de conspiration pour frauder les États-Unis. Car, quand vous fraudez, vous cachez des informations qui empêchent le gouvernement de faire son travail, c’est un crime, peu importe le degré de sévérité avec laquelle le financement de la campagne (à été violé). Il semble bien que ce soit ce que le procureur fédéral de New-York ait établi.

Le Procureur spécial Mueller, dans ses mémos, parle de faits apparentés donc de crimes semblables qui ressortent de son enquête autant que de conspiration avec la Russie. Il y a encore des surprises à venir probablement assez prochainement.

N.S. : Je veux que nous entendions le représentant démocrate Jerry Nadler. Il sera le prochain président du comité juridique de la Chambre. Il a été interviewé par Jake Tapper, dimanche sur CNN à propos de l’affirmation de M. Cohen d’avoir fait des paiements illégaux à deux femmes à la demande de D. Trump.
Jake Tapper : S’il est prouvé que ce sont là des offenses suffisantes pour la destitution ?
Rep. Jerry Nadler : Elles pourraient être de cette nature. Est-ce qu’elles sont suffisantes pour déclencher une procédure de destitution, c’est une autre question. Mais, elles sont certainement de cette nature parce que même si elles ont été commises avant que le Président ne soit devenu Président, elles ont été commises frauduleusement pour qu’il le devienne. Ce serait une offense pouvant déclencher la procédure.

N.S. : Alors Marcy Wheeler, pouvez-vous commenter ce que M. Nadler à dit et ce que cela signifie ? Vous l’avez dit, ce sont des offenses qui peuvent déclencher la procédure de destitution.

M.W. : L’idée ici, c’est que le candidat Trump a triché pour gagner. Et cela mène à se demander s’il devrait être Président. C’est le cœur du problème. Selon M. Nadler, il semblerait que ce crime, avoir payé des pots-de-vin, ne serait pas suffisamment grave en lui-même pour soutenir une destitution. Mais il y a matière dans les mémos publiés vendredi à penser que M. Mueller s’apprête à porter des accusations pour des crimes semblables.

Voici un exemple. Paul Manafort (ancien directeur de la campagne Trump) à entre autre menti à propos des paiements qu’il recevait de Tom Barrack via un Super PAC (Comité d’action politique). Tom Barrack était un des contributeurs les plus importants à la campagne de D. Trump. C’est lui qui a d’abord embauché P. Manafort qui donc, était payé par ce Super PAC probablement illégal. Cela fait ressortir la question que nous nous sommes toujours posé à propos de P. Manafort : il était toujours sans le sou quand il a travaillé pour D. Trump, qui donc le payait ? Si son salaire venait de ce Super PAC, c’est un autre exemple d’une conspiration pour frauder les États-Unis. Je m’attends donc à revoir ce que nous venons de voir à New-York. Nous allons entendre de la part du procureur Mueller des accusations semblables mais cette fois concernant la dissimulation du rôle des Russes. Finalement tout ça va s’additionner.

Et il y a autre chose de très important qu’on a tendance à oublier à travers tout cela. Nous avons sans cesse parlé de la possibilité ou non d’accuser un président en exercice. Il y a toujours des débats autour de cela mais ce qui est vraiment plus sérieux c’est que vous pouvez accuser une entreprise. Vous pouvez accuser l’Organisation Trump. Les deux mémos qui viennent d’être rendus publics à New-York et par le procureur spécial Mueller, qui concernent M. Cohen sont explicites quand à l’implication de l’entreprise dans cette activité frauduleuse. Je pense donc que nous devrions commencer à nous intéresser un peu plus à la réaction possible de D. Trump quand l’entreprise qui porte son nom commencera à être accusée de crimes. C’est là que son égo repose, c’est là qu’on pense qu’il a investit des milliards. Je pense que cela le rend vulnérable comme aucun Président ne l’a jamais été.

A.G. : (…) Donc les pots-de-vin ont servi à tenter de garder secrètes des liaisons de D. Trump. Mais alors, pour ce qui est de l’intrusion russe dans les élections de 2016 qui est après tout la raison des enquêtes, expliquez-nous ce qui est le plus significatif dans ce que M. Cohen et P.Manafort ont dit ; par exemple ce que représente la construction d’une tour Trump à Moscou dans ce contexte et plus encore. Et qu’est-ce qui vous a le plus surprise, Marcy ?

M.W. : Je n’ai pas été surprise. Plus de détails sur l’opération de la Tour Trump à Moscou nous sont donnés en ce moment. Mais le langage des procureurs, ceux de l’enquête Mueller dans leurs mémos en vue des sentences, est particulièrement sévère. On comprend que cette tour pouvait représenter des centaines de millions de dollars pour D. Trump. Ils disent clairement que ce marché nécessitait probablement l’implication du gouvernement russe. Cette transaction à été mise en forme au moment même ou se tenait la réunion du 9 juin (2016) dont nous avons entendu parler et reparler. Dans le mémo concernant M. Cohen, on révèle les enjeux que ce marché représentait pour D. Trump, pour M. Cohen et pour Don Trump jr., leur intérêt pour une rencontre avec Vladimir Poutine et une réunion avec des Russes leur offrant de l’assistance au nom du gouvernement russe durant cette année électorale. C’est ce qui permet à Rob Goldstone, le promoteur du monde de la musique qui a organisé la réunion du 9 juin, de parler d’une offre globale d’assistance de la part des Russes.

Et ce mémo clarifie aussi ce que ce marché aurait voulu dire pour Don jr. : des millions de dollars si Vladimir Poutine avait accepté cette transaction. Cela changeait sa volonté. La plupart des témoins à cette réunion rapporte qu’à la fin, il a déclaré : « Bien sûr que nous allons nous débarrasser…nous allons revoir ces terribles sanctions quand et si mon père gagne cette élection ». La totalité du sens de cette réunion était changé. Et je pense que cela clarifie absolument les enjeux pour les contre parties impliquées ici. C’était à propos de l’argent, encore de l’argent et de l’argent pour l’Organisation Trump. Cela veut dire que cette entreprise peut être accusée et que Don jr. peut l’être aussi. Il ne cesse d’ailleurs de parler de cette possibilité.

N.S. : Marcy, à quoi vous attendez-vous ? À quelles réactions vous attendez-vous de la part de l’administration Trump ? Vendredi, la Maison blanche à complètement rejeté le contenu de ces mémos. Elle a déclaré qu’il n’y avait rien de nouveau de révélé et rien qui pouvait nuire au Président.

M.W. : On ne voit pas ce qu’elle peut faire vraiment. Matt Whitaker (Attorney général par intérim) n’a rien pu empêcher. On ne sait pas encore s’il a reçu ses autorisations étiques. On ne sait pas s’il a vraiment le contrôle sur l’enquête Mueller alors qu’il devrait se récuser. Du point de vue de l’étique, il ne devrait pas être autorisé à la superviser. Mais, vous savez, (…) la discussion sur les mensonges de P. Manafort va se poursuivre en dépit de ce que M. Whitaker peut dire. Encore une fois, Don jr. semble de plus en plus reconnaitre que le procureur Mueller est dans le vrai : non seulement il a menti mais il a menti pour une raison donnée. Il a menti pour cacher les débats sur un marché en cours. Et il semble aussi que M. Cohen ait dévoilé un grand nombre de preuves qui accréditent cela. C’est ce pourquoi le procureur Mueller plaide pour que l’on prenne cette collaboration en compte pour établir sa sentence.

Je ne vois pas ce que D. Trump peut faire pour arrêter ce train. Il veut nommer William Barr au poste d’Attorney général. Mais lui aussi aura des problèmes d’étique : il a été rencontré en entrevue pour faire parti de l’équipe de défense de D. Trump. Ce n’est donc pas sûr que sa nomination puisse être confirmée à court terme, s’il a été capable d’aider D. Trump dans le passé de la même manière qu’il l’a fait pour Bush père il y a des années pour mettre fin à la crise Iran-Contra (des officiels américains avaient utilisé l’Iran pour fournir des armes, de l’argent et du support militaire aux opposants au régime sandiniste (Contra) au Nicaragua. Nd.t.). On verra. Mais je pense que c’est au-delà des habiletés de D. Trump d’arrêter ces investigations maintenant.

A.G. : Merci Marcy Wheeler. (….)

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