Édition du 4 décembre 2018

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Le blogue de Pierre Beaudet

L’ivresse du succès

Depuis le premier octobre, il n’y a aucun doute que QS est entré dans une nouvelle phase fort de ses 10 élu-es et des 600 000 votes. Comme toujours, il y a plusieurs facteurs qui expliquent une telle situation. Il y a d’abord le dur travail, l’intelligence tactique et la force des porte-parole, ce qui a été illustré par les splendides prestations de Manon et l’habileté du comité électoral. De toute évidence, QS avait une équipe professionnelle qui a bien fait les choses.

Il faut cependant ajouter dans l’équation des facteurs externes. La dégringolade du PQ s’est confirmée, en partie par les erreurs de JF Lisée, en partie par l’accumulation d’une longue série de décisions funestes ces dernières années, de l’épisode de la charte des valeurs en passant par l’intronisation du roi des lock-outs (PKP). Malgré des promesses électorales plutôt progressistes, le PQ n’a pas levé, surtout à Montréal et c’est tant pis pour lui. Les débats récents au sein du parti semblent indiquer qu’il n’est pas prêt de sortir du trou noir.

Parallèlement, la CAQ n’avait pas une image positive parmi une grande partie des jeunes qui n’ont pas pensé, heureusement, que la seule option était de voter « contre » le PLQ. L’absence de programme et de propositions de Legault (qui mène un véritable « one-man-show ») a paru très mal sur la question environnementale, pourtant très présente dans l’imaginaire des 18-30 ans.

Cela explique en bonne partie pourquoi QS est devenu majoritaire dans cette tranche d’âge. Dans l’Outaouais où je travaille, une majorité des jeunes a voté pour QS, pas tellement parce qu’ils connaissaient le programme ou qu’ils étaient militants actifs (le membership de QS est assez limité dans cette vaste région), mais parce qu’ils ont voulu dire que la question environnementale était une priorité et même une urgence. Derrière cela, il y avait le travail infatigable des organisations et des réseaux environnementaux et écologistes, relayés par les artistes et les personnalités, comme on l’a vu avec les manifs regroupant des dizaines de milliers de personnes il y a quelques jours, sans compter le Pacte pour la transition signé par plus de 200 000 personnes.

L’équipe de QS a perçu cette évolution, plutôt à la fin qu’au début de la campagne, d’où les ajustements nécessaires. C’est à leur honneur d’avoir reconnu qu’une partie très importante de la population répondait à un mouvement de fond qui dépassait un tas de préoccupations et de revendications importantes mises sur la table par QS au début de la campagne électorale.

Ce que je veux dire ici est que la « vague » pro QS ne peut pas être comprise correctement si on regarde seulement les facteurs internes. C’est toujours comme cela à vrai dire et il faut par conséquent avoir un ton un peu plus modeste. L’action des partis est une chose. L’évolution du contexte créée des opportunités, qu’on peut saisir ou pas, mais cela ne vient pas des partis comme tel.

De manière plus générale, la transformation du Québec ne viendra pas seulement de QS ou de l’Assemblée nationale. L’habileté des spécialistes en communication, la capacité de répondre du tic-à-tac dans les débats médiatisés, ne sont pas négligeables, mais ils n’expliquent pas tout. Dire cela, ce n’est pas dénigrer personne, mais c’est simplement nécessaire de mettre les choses en perspectives.

Petite conclusion temporaire et partielle, évitons d’être aveuglés par nos succès en considérant qu’il y a, derrière les avancées (et aussi les reculs), une multitude de facteurs qui, dans une large mesure, dépasse nos capacités stratégiques et organisationnelles. Si on ne fait pas cela, on pourrait tomber dans le même aveuglement qui avait illusionné les « vagues » précédentes. Pensons entre autres à la vague pro-NPD qui avait été attribuée à la bonne performance du bon vieux Jack, mais qui, en fait, résultait du « triple non », exprimé par la population face aux conservateurs réactionnaires, aux libéraux corrompus et aux nationalistes déjantés.

On comprend alors le raisonnement qui dit que QS doit agir sur deux terrains, et pas un seul. Jouer le « jeu » électoral est une chose qu’il faut prendre au sérieux. Être à l’écoute des et avec les mouvements populaires de manière active, c’est une autre chose, qui exige de QS d’équilibrer ces capacités et ces forces de manière à être réellement « dans la rue », plus souvent qu’autrement, pas à la place de, mais avec les mouvements et les luttes.

Je reste persuadé qu’en tout et pour tout, ce sont ces mouvements qui. au Québec, avec toutes leurs limites, font bouger les choses. On l’a vu à la révolution-pas-si-tranquille, dans les mobilisations des années 1970, dans l’essor des luttes communautaires, féministes, altermondialistes des dernières années, jusqu’à l’épisode de la grève étudiante et des Carrés rouges qui, à mon avis, ont révélé les fissures systémiques du système. C’est ce qui permet maintenant à QS et aux mouvements, de combattre efficacement l’idéologie de la résignation et de l’obédience promue par les dominants.

C’est tout cela qui a fait bouger les 600 000 personnes qui ont voté le 1er octobre pour QS. Et si on peut continuer, on sera beaucoup plus nombreux et déterminés d’ici quelques années.

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