Édition du 13 février 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique centrale et du sud

L’urgent et l’important. Une candidate indigène zapatiste aux élections présidentielles de 2018

Dans la perspective des élections présidentielles de 2018, le Congrès National Indigène (CNI) et l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) ont décidé de présenter une candidature : celle Maria de Jesús Martinez, femme indigène zapatiste…

tiré de : entre les ligne et le mots 2017 - 45 - 19 novembre : notes de lecture, textes, annonces. Avec l’aimable autorisation de la revue ContreTemps

Quelles significations de cette décision dans le contexte actuel du Mexique et au regard de l’action zapatiste ? Fernando Matamoros Ponce développe sa réflexion à ce sujet…

Point de départ, l’organisation contre la violence

C’est au cours des journées des 27 et 28 mai 2017 que les délégués et conseillers du Congrès National Indigène (CNI) conclurent avec l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN) une étape de plus de réflexions organisatrices du Cinquième Congrès Indigène. En dépit des thèmes des « spoliations territoriales » et de la « répression dans la vie quotidienne » qui dominèrent les discussions, les déclarations montrèrent malgré tout des notes d’espoir. Afin de coordonner des actions et perspectives contre les conditionnements sociaux du désespoir issu de la pauvreté et des logiques militaires, les débats se centrèrent sur le renforcement organisationnel du CNI : traditions et imaginaires des résistances indigènes. La parole et les mots soulignèrent l’importance de marcher et avancer dans la nature du sens de la vie quotidienne pour, au moins, continuer à « griffer » » les murs de la fragmentation imposée d’en haut par le Capital.

« Le monde entier s’est transformé en un immense entrepôt de marchandises ? Tout se vend et s’achète : les eaux, les vents, la terre, les plantes et les animaux, les gouvernements, la connaissance, les divertissements, le désir, l’amour, la haine, les gens (…). La justice est devenue une caricature grotesque et sur sa balance, l’argent pèse plus que la vérité. Et la stabilité de cette tragédie humaine appelée Capitalisme dépend de la répression et du mépris (…). Pour toutes ces raisons, plus toutes celles que chacun pourrait ajouter en fonction des particularités de son calendrier et géographie, il faut résister, il faut se rebeller, il faut dire non, il faut s’organiser (…). “Toujours la guerre, la guerre partout”, c’est le slogan et emblème de l’arrogant vaisseau navigant sur des mers de sang et de merde » (Sous-commandant Moises et SupGaleano, 2017)1.

Ils instaurèrent donc des urgences pour recréer des possibilités organisatrices de ces paroles en marche (Matamoros, 2014) contre la privatisation des terres et l’invasion des transnationales minières et hydroélectriques dans le pays. Ainsi, la décision du CNI-EZLN de constituer un Conseil Indigène de Gouvernement revendiquant au cri d’allons y pour tout, pour tous et pour toutes brise le silence imposé et se répand en échos pour affronter la violence des spectres du fascisme dans la droitisation de la politique (Traverso, 2015). Cette expérience représentative du CIG, qui accompagnera Maria de Jesús Martinez, femme indigène, en tant que représentante aux élections présidentielles de 2018, offre des alternatives de gouvernement à des couches sociales passées sous silence par les moyens de communication dominants (enquêtes électorales, idéologies matérialisées dans le bruit des institutions et subjectivités endommagées par les théories de la « fin de l’histoire »). Ainsi, la constellation créée par le CNI-EZLN relève le sens des urgences de survivre pour ne pas mourir face aux conditions de pauvreté et violence2, mais aussi l’importance de vivre en créant du nouveau pour produire une situation critique contre la guerre bestiale menée par les « stars » despotiques du spectacle politique capitaliste.

« Par accord de notre assemblée constitutive du Conseil Indigène de Gouvernement, nous avons décidé de nommer comme porte-parole notre compañera María de Jesús Patricio Martínez, du peuple Nahuatl, dont nous chercherons à faire apparaître le nom sur les bulletins électoraux pour la présidence du Mexique de l’année 2018. […] Nous convoquons tous les secteurs de la société à être attentifs aux étapes qui naîtront de l’accord et seront définies par le Conseil Indigène de Gouvernement à travers notre porte-parole. À ne pas nous rendre, ne pas nous vendre, ne pas dévier, ni nous fatiguer de tailler la flèche qui portera l’offensive de tous les peuples indigènes et non-indigènes, organisés et non-organisés, pour la pointer vers le véritable ennemi. » (CNI-EZLN, 2017)3

Comme l’a rappelé Carlos Gonzalez (2017), membre de la Commission Organisatrice du CNI, il est nécessaire d’actualiser l’originalité des traditions du « malaise dans la culture ». Il revint sur l’expérience de 20 années d’existence du CNI, remémora la naissance de ce collectif en 1996 sur une proposition de l’EZLN afin de renforcer les fondements organisationnels de la culture contre « l’extermination » de traditions dans l’organisation de la résistance et la rébellion. Si l’intention de revitaliser la continuité organisationnelle a été l’une des bases essentielles des origines du CNI et EZLN, la décision stratégique de participer dans les espaces électoraux est alors une façon de faire part du principe espérance : extension du dialogue culturel sous « formes d’autogouvernement ». C’est pourquoi les dernières réflexions, menées durant 8 mois d’octobre 2016 à mai 2017, portèrent sur l’urgence de renforcer l’organisation en tant que continuité de pratiques alternatives au pouvoir, mais aussi sur la vie générique en tant que fondement de la lutte de classes. Donc, pour conjurer le danger, l’objectif n’est pas de s’embarquer dans les jeux du pouvoir mais d’étendre le pari de la culture aux spatialités spirituelles pour affronter le désespoir et la souffrance démesurée développés par l’accumulation sauvage du capital.

Les textes poétiques du SupGaleano (2017 :50-65) sur La Carence et L’Apocalypse selon Défense Zapatiste soulignent les difficultés de l’expérience dans la tempête et insistent sur ce qui manque pour compléter une équipe ; des éléments pouvant gagner la partie sur des terrains nationaux et internationaux. Cette initiative zapatiste, dans un jeu de dialogue avec l’autre, parie sur les espoirs de construire des spatialités de l’absent, des non-lieux de l’utopie. Cependant, le SupGaleano souligne que, pour ce pari organisateur de motivations spirituelles et culturelles pour un projet de libération, demeurent insuffisantes les quelques créations d’artistes plasticiens, lesquelles peu ou personne ne comprend ou qui, peut-être, seront regardées mélancoliquement dans les enfermements « muséographiques » d’œuvres mortes, comme cela se produit dans tant d’espaces, musées anthropologiques et nationalistes des arts du passé. De même, il signale que trop peu de scientifiques s’intéressent aux espoirs des peuples en résistance pour en faire un sujet de recherche et que, par ailleurs, existe aussi le risque que les indigènes organisés dans leurs traditions et solitude de leurs autonomies demeurent isolés sur leurs « petites îles » de meilleur des mondes sans jamais construire un autre monde fait de nombreux mondes. Par conséquent, les zapatistes pourront être poètes, fous, schizophrènes sous d’autres cieux peuplés de nuages arc en ciel insolents, mais sans terre où cultiver les espoirs d’un autre univers de résistances. Donc, si l’expérience de ces quatre groupes montre que quelque chose manque, comme la misère des champs et des villes contaminées, les paris sur les prochaines élections se mobilisent pour renforcer des continuités universelles de l’organisation autonome des résistances. Cela nous permet de mieux comprendre les initiatives antérieures-immédiates de l’EZLN lors des rencontres de la Petite École et La Pensée critique face à l’hydre capitaliste (EZLN, 2012 et 2015) et de prendre la mesure des conditionnements politiques culturels des traditions et imaginaires indigènes, des rébellions qui durent, recréant des possibilités avec d’autres espaces en résistance. En effet, comme l’affirme Francis Sitel (2012 : 27) nous vivons une époque de « radicalité de basse intensité » (2012, 9) car les mouvements resteraient « sur des positions très défensives par rapport à un lointain inaccessible, “une utopie sans lieux ni temps” » (Cf. Goussault, 2012 : 9).

Théoriquement, alors qu’ils soulignent leur mise à distance du désastre des institutions administrant le Capital, ils déplacent sur l’échiquier de la politique la dignité des sublimations culturelles qui accompagnent les problématiques matérielles destructives de la natura de millions de personnes. Et nous considérons que les mots du SupGaleano (2017 :1-17) dans son livre Il sera une fois … sont une invitation à ouvrir une brèche encore plus grande et à compléter l’équipe griffant le mur de la honte : si simplement nous complétons l’équipe… tu n’as plus à t’inquiéter, car nous allons enfin être plus nombreux pour affronter l’ennemi. Donc, le CNI-EZLN nous propose de participer à une pratique réfléchie pour faire un agenda de tâches engagées dans le mouvement de la lutte de classes dans la guerre ; des commissions pour planifier des temps de construction organisatrice, en bas et à gauche ; des travaux multiples de l’imagination pour ouvrir des chemins contre les logiques du Capital. En d’autres mots, regarder et chercher dans le passé les origines du mal dans le présent revalorise des principes culturels.

Comment les contradictions schizophréniques de machines du désir4 se manifestent-elles par des cris « prophétiques » contre le pouvoir établi ? « À part cela, la tempête s’annonce. Il faut s’y préparer (…). Et comme il se doit dans notre monde zapatiste, la fin est au début (résistance de plus de 500 ans) : il faut faire plus et de meilleures pépinières, donner sa place à la pratique, mais aussi à la réflexion même sur cette pratique (…). Nous ne sommes pas en train de faire un parti ou une organisation, nous sommes en train de réaliser une approche. Pour cela nous avons besoin de concepts, pas de souhaits, nous avons besoin de pratique avec de la théorie et de la théorie avec de la pratique, nous avons besoin d’analyses critiques, pas qualitatives. Pour regarder dehors, il nous faut regarder dedans. Les conséquences de ce que nous verrons et du comment nous le verrons feront partie de manière essentielle de la réponse à la question : et après ? » (SupGaleano, 2015 : 50-65)5.

Donc cette invitation à être attentifs aux pas du CIG dans l’espace électoral ne consiste pas à regarder sur les écrans les modes du marché de la candidate Marichuy, ni en « mini-jupe », ni en vêtements folkloriques. Il ne s’agit pas non plus d’une proposition de la « société civile » corrompue par les excès des discours postmodernes sur la fin de l’histoire et de la lutte de classes. Les codes dans les mots de la déclaration du CIG et ses actions organisatrices lancent le défi de rassembler les pièces éparses du puzzle éclaté en tant de fragments identitaires. Pour autant, « affiner la taille de la flèche » en bas et à gauche signifierait l’espoir d’un « gouvernement qui commande en obéissant » en regardant en bas et non en haut et une vie digne pour ne pas se suicider dans le désespoir fragmenté6. Cela consisterait à rejeter l’argent sale et honteux d’un pouvoir achetant corps et consciences tout en ne déviant pas l’attention spirituelle de rêves de liberté et de démocratie avec de fausses promesses de supermarché de votes et réformes négociées avec les assassins des entreprises de déprédation et extermination. Non seulement cela éviterait que la catastrophe de la violence et de l’argent nous immobilise, mais ouvrirait aussi des possibilités de reformulation d’actions dans le présent.

Cependant, il faut aussi souligner que présenter une femme à la candidature de la présidence est une critique profonde à la violence du marché contre les femmes car en dehors de l’exploitation sexuelle et pornographique, la peur ne cesse d’augmenter avec la multiplication des assassinats, des viols, du harcèlement et mépris en tout genre. « C’est que nous voulons (…) imaginer ce qui, d’une manière nécessaire et urgente, semble impossible : une femme qui puisse grandir sans peur. Bien sûr chaque géographie et calendrier y ajoutent leurs chaînes : indigène, migrante, travailleuse, orpheline, déplacée, illégale, disparue, violentée ou de manière subtile ou explicitement, violée, assassinée, toujours condamnée à ajouter des fardeaux et condamnations à sa condition féminine » (SupGaleano, 2017 : 5)7.

C’est dans le cadre de cette situation concrète de violence que les zapatistes ont instauré l’urgence de s’organiser pour établir des liens de résistance, un gouvernement autonome indépendant du pouvoir tout en sollicitant que d’autres s’intègrent aux dynamiques de l’espoir universel contre le système capitaliste. Malgré les difficultés présentes dans une société désespérée et fragmentée par l’individualisme et la guerre de la peur, les ombres des hélicoptères, les patrouilles armées de mitraillettes et les barrages constants sur les routes et dans les villes, les initiatives de l’EZLN et le CNI lancent un nouveau défi d’expérience organisatrice du sens anticapitaliste. En dépit de tout, les représentants des communautés apportèrent leurs voix aux discussions de « la Première Assemblée » du Conseil Indigène de Gouvernement (CIG)8. Une forme alternative de gouvernement aux formes traditionnelles de représentation politique est née dans la conscience politique, de même des possibilités de construction sociale de la fête et du don communautaire antique. Cette situation provoquée et organisée par les mots, depuis le Centre Indigène de Formation Intégrale-Université de la Terre (CIDECI-UNI-TIERRA), fut à l’origine de l’espoir qui se répandit en échos sur les réseaux mais, aussi, malheureusement, d’une série de propos misogynes et racistes contre une candidate indigène. Elle fut accusée d’appartenir à un groupe divisionniste, réactionnaire et antinationaliste qui ferait perdre des voix au citoyen de la gauche institutionnelle Andrés Manuel López Obrador, candidat du Mouvement de Régénération Nationale (MORENA).

Ces réactions démontrent que les mots et les actes mobilisent les consciences à tous les niveaux et profilent la mise en œuvre d’actions politiques dans la prochaine étape de résistances et rebellions pour entrelacer d’autres secteurs de travailleurs manuels et intellectuels. Pour renforcer les efforts qui s’infiltrent dans les brèches historiques de la démocratie, la justice et la liberté prisonnières de leur propre conceptualisation, les paroles de la fondation du CIG se conjuguent aux échos du passé, non seulement à ceux du Cinquième Congrès du CNI en octobre 2016, mais aussi ceux des constellations fondatrices du CNI en 1996. Pour établir les lignes d’action pacifique du CIG contre le racisme, la xénophobie et l’exploitation, plusieurs représentants insistèrent sur le fait que leur lutte n’est pas pour le pouvoir des urnes instaurées par la corruption et la fraude institutionnelle, mais pour renforcer les luttes contre la violence capitaliste, et que cette lutte, nous reliant à partir d’en bas, s’orientera vers la défense de la vie et de la terre au moyen des possibilités de paix et justice.

Le problème ne se trouve pas dans les limitations de la démocratie établie dans la corruption et par/ pour les intérêts du marché, mais dans les possibilités de l’organisation de classe pour détruire les injustes structures et infrastructures établies et télédirigées conceptuellement par l’exploitation de la nature et des communautés qui y vivent. Alors, si le concept de démocratie et liberté d’expression, incluant celui de liberté d’esprit, est sous le contrôle anonyme de l’État, incluant la structure interne de ces catégories, l’initiative zapatiste, même avec les limitations réelles de la répression, démontre que les résistances ne se soumettent pas au principe d’échange mercantile obligatoire. En effet, si nous pouvons observer que l’exploitation est organisée au moyen d’une militarisation croissante, nous pouvons voir que « le problème, donc, n’est pas de voter ou ne pas voter, le problème c’est le capitalisme. Et face à la culture de mort du Capital, le chemin proposé par l’EZLN-CNI est celui de la résistance organisée » (Fazio, 2017 :19).

Les difficultés rencontrées lors de la consultation de l’Assemblée du CIG n’ont pas été seulement d’ordre linguistique, 58 langues dans lesquelles s’exprimaient 58 peuples de 32 États du Mexique, mais aussi elles étaient dues aux temporalités répressives de menaces, prisonniers, disparus et assassinats politiques dans cet ensemble de territoires peuplés d’indigènes et non indigènes9. Si nous prenons conscience des difficultés matérielles et financières, nous comprendrons mieux l’ampleur des efforts réalisés pour « tailler les flèches » anticapitalistes au plus près de l’hydre capitaliste afin de favoriser la production de possibilités d’extension pacifique de résistances et rebellions. Aussi, il nous faut ajouter les problèmes d’ordre idéologique dans des subjectivités abimées et manipulées par les médias. Nous voyons que les spécialistes des institutions électorales ne veulent pas entendre ou voudraient que l’initiative zapatiste s’adapte aux cadres conceptuels de leur démocratie. Le souffle qui mobilise les activités du CNI-EZLN dans les espaces publics ne provient pas d’une proposition traditionnelle. Son objectif est de consolider des possibilités d’organisation démocratique capables de sortir de l’enfermement conceptuel présent dans les volontés les plus sincères, tant dans les contenus sociaux dans la démocratie capitaliste que dans les politiques de fragmentation créées par les politiques gouvernementales d’assistanat avec leurs programmes sociaux accompagnés de harcèlement policier et militaire.

Ainsi, avec leur douleur, celle de leurs morts et mortes, ils démontrent qu’ils ne luttent pas pour le pouvoir, un pouvoir empoisonné par la condamnation et la mort. En déclarant encore et encore qu’ils ne lutteront pas pour des votes pour obtenir le pouvoir, les conseillers et conseillères du CIG et de l’EZLN passent pour des fous, des zombis, des êtres d’un autre monde dont la taille et le capital financier vouent leurs propositions à la faillite. Nombreux sont ceux qui ne comprennent pas que l’existence d’expériences communautaires, incluant le rôle des femmes comme centre culturel de cohésion sociale, sont des stratégies politiques de la vie, liées à des possibilités d’imaginaires établis en résistances de collectivités. Plus encore, ils n’établissent pas de lien entre l’existence de ce qui est « mexicain » comme partie de l’expérience de ce qui est indigène dans l’histoire. Suite à la violence de la manipulation conceptuelle de l’histoire, ils ne se rendent pas compte que les rationalités culturelles ont non seulement permis l’existence même des indigènes, mais aussi l’infiltration des constellations spirituelles de l’histoire des résistances dans les fondations et murs des institutions. S’il en était autrement, nous ne pourrions pas comprendre pourquoi le Mexique est mexica et non espagnol ; pourquoi les innovations des institutions ont dû récupérer les imaginaires de luttes dans l’histoire, sous forme de peintures murales et autres œuvres plastiques, par exemple, puisant largement aux fondements et répertoire indigènes.

Cependant les zapatistes ne sont pas des naïfs sans expérience politique anticapitaliste. Pour elles et eux, l’option de résistance autonomique et mythique dans la solitude individuelle serait l’organisation du suicide et de la mort dans des champs de bataille de guérilla ; ou vivre comme des ombres ou des satellites mélancoliques sans aucune fonction dans la société. Après avoir compris que leur situation et souffrance restent indissociables du caractère criminel du Capital, de sa continuité, de sa courte et violente histoire de barbarie disséminant crises écologiques, guerres et dictatures sur ses routes catastrophiques de civilisation et progrès, alors ils ont misé sur ce souffle spirituel qui les anime pour mieux le faire exploser.

Le droit naturel des paroles en action pour unir les pièces du puzzle

Les messages chiffrés et poétiques du SupGaleano, à l’instar des contes ou prophéties, contiennent des aspirations organisatrices de l’espoir fragmenté. Cependant, ses paroles-questions ne concordent pas avec la conjugaison du il était une fois…, mais avec celle de l’affirmation du futur proche et immédiat du un jour, il y aura… (SupGaleano, 2017). Dans un présent concret d’organiser avec l’Autre un autre monde fait de nombreux mondes, son regard porte sur l’apocalypse et la défense zapatiste : Là haut, le frère John Berger, souriant, a fait un dessin de nuages, une question, pour ceux qui savent regarder haut : Et toi ? Quoi ? Au cœur du centre organisateur des subjectivités négatives du faire stratégique du CNI-EZLN résonnent des paroles rompant le silence de leurs calendriers et géographies d’autogouvernement. Dans l’espace connu du spectacle médiatique de la démocratie des partis politiques, plus de murmures, plus de susurrements. Qui sont ces sauvages « va nu-pied » sans costume ni cravate ? Des agents de l’impérialisme venant diviser et affaiblir une gauche « politiquement correcte » avec une candidate indigène ? (par ailleurs, une gauche aux relations pour le moins douteuses avec les patrons et dirigeants organisant le bon développement de la société). En dépit de tout, ces consciences politiques renouvellent les forces du silence ; ces étranges rêves d’espoirs anticapitalistes qui, comme des éclairs, projettent leur lueur sur les chemins de résistance et rébellion des tribus, quartiers, villages, peuples et nations.

Pour actualiser les constellations de ces lueurs d’espoir de ceux qui vivent, luttent et meurent dans ces géographies passées sous silence par le pouvoir, il est nécessaire de revoir les résolutions de la première étape du CNI en octobre 2016. Pour construire des possibilités de pensée et actions, les délégués et conseillers s’étaient alors réunis de longues heures durant des semaines, voire des mois, pour écouter le sens des interrogations sur l’urgent et l’important de la vie dans une insistante continuité de questions utopiques. Que faisons nous ensemble dans nos histoires de douleurs et espoirs ? Subsistons-nous seulement dans les urgences de la nécessité de la consommation quotidienne ? À partir de ces questions, les discussions sur les conditions de répression, menaces, disparitions, emprisonnements, assassinats, se conjuguèrent, comme ils et elles le disent, à leur manière, à l’expérience d’usages et coutumes ainsi qu’aux multiples rêves de liberté et aspirations sociales, culturelles et utopiques. Dès le 14 octobre, la déclaration du Cinquième Congrès National Indigène mentionna que ses pensées et pratiques s’associaient à des formes d’organisation lointaines pour affronter la tempête capitaliste « qui ne cède pas et devient chaque jour plus agressive ».

Lors de sa clôture, le Cinquième Congrès Indigène dénonça une série de cas de violence et répression de l’État contre des « comuneros » qui défendaient « la terre sacrée communale » dans diverses régions et localités du pays. (Déclaration du CNI, 2017). De même, ils établirent un calendrier de discussions et consultations quant à la présentation d’une candidate indépendante sur les bulletins électoraux des présidentielles de 2018, une démarche qui met en évidence l’existence de différences historiques quant aux pratiques culturelles et politiques dans les prises de position collectives (Fazio, 2017). Ils démontrent ainsi, et de manière concrète, que les cultures ne sont pas des abstractions, mais des représentations sociales rationnelles d’organisation communautaire avec des traditions religieuses, des usages et coutumes millénaires qui, par ailleurs, sont principe constitutif du caractère éthique et esthétique du droit dans les luttes pour un autre monde.

Que veut dire conceptuellement ce « principe constitutif » d’un autre droit en tant qu’éthique et morale dans les axes moteurs du sujet dans l’histoire ? Signifie-t-il que, de manière concrète, existe une sous-espèce éternelle utopique et spirituelle dans les représentations du droit dans l’histoire ? Étant donné que chacun dans ce monde n’existe que dans sa relation à l’autre, ces dimensions internes de la culture, en tant que relations sociales, permettent d’établir des règles et normes dans l’histoire de l’humanité pour vivre et travailler la continuité du sens de la vie. Ainsi, cette sub specie aeternitatis, métaphysique, utopique, et rêveuse d’un autre monde se manifeste négativement et en rupture contre la continuité de la violence capitaliste. Les droits indigènes et humains en général se basent sur cette prémisse spirituelle des origines du droit. C’est comme une boussole culturelle et conceptuelle des aspirations utopiques qui aide à orienter la vie contre le destin annoncé par la violence du puissant ; une lutte millénaire de l’humanité représentée sous diverses modalités mythiques de la nature et du droit à vivre sur la terre-monde. Cela peut ressembler à une inspiration religieuse et mystique face à la rationalité capitaliste de la nécessité, de la consommation et son droit conservateur. Cependant, dans ces constellations inspiratrices de l’EZLN et du CNI nous pouvons voir les pièces rationnelles du puzzle encourageant le droit dans l’humanité. Depuis leur apparition en 1994, ils n’affrontent pas seulement le mythe de l’individu isolé dans le droit du marché, ils affrontent aussi des discours mythologiques de développement et progrès en tant qu’accumulation irrationnelle de richesses mercantiles. Si les identités (indiens, noirs, mulâtres, et métisses), historiquement déterminées et répertoriées racialement par l’extérieur ne sont pas une nouvelle classification, elles contiennent, dans leurs représentations de l’Autre, des valeurs culturelles du travail exploité, depuis la découverte, conquête et colonisation du continent américain (Matamoros, 1998 et 2007). Les valeurs spirituelles, éthiques et utopiques présentes dans la culture de la vie contre la mort, bien que dominée par des fins de marché, toujours en relation à l’autre, sont celles qui mobilisent les contradictions de formes d’organisation et gouvernement. Lorsque nous observons la composition organique et politique du CIG, nous pouvons voir que, même dans le désespoir, leurs valeurs organisatrices culturelles revêtent un caractère festif et joyeux, voir les fêtes communautaires religieuses de fertilité des semences et récolte. Elles ne signifient pas seulement que l’Être (fête et joie) n’est pas quelque chose d’abstrait, sans relations sociales, mais que cet Être corps et esprit d’idées dans la spatialité de la communauté est aussi un être là et un habiter des lieux de mémoire liés à la nature et la vie.

Glyphes de la rationalité indigène

La rationalité organisatrice du travail pratique indigène ne provient pas seulement de la nécessité, car elle est depuis longtemps présente dans les glyphes transcrivant des imaginaires de chiffres stellaires liés aux efforts esthétiques de la communauté dans son rapport à la nature. Vent-air, Eau-pluie, Terre-graine, Homme-femme se transforment en relations rationnelles immanentes dans l’espace d’utopie et solidarité. L’énergie basique du faire humain s’oriente vers un où nous ne sommes pas et un où nous ne sommes pas là. Bien que pour l’extérieur scientifique rationaliste et matérialiste orthodoxe ces réflexions et pratiques théologiques-politiques avec la nature et les imaginaires présents dans ces glyphes soient irrationnelles ou des superstitions du passé, il n’en reste pas moins que le travail manuel dans les communautés et leurs activités politiques s’élaborent dans la légitimité des inspirations génériques du sens du dialogue avec le bonheur et respect de la nature. Armand Gatti (2006) souligne que ces dimensions surréalistes des oubliés de la civilisation ont été les gardiens du temps générique de la nature et la vie. En effet, s’ils travaillent pour le propriétaire terrien pour survivre, ils plantent aussi, et souvent, des croix dans ces lieux sacrés où naissent des sources, des ruisseaux et rivières pour vivre avec les imaginaires d’un autre monde. Dans leur coexistence, ils dialoguent avec l’eau et les fleurs, offrent des gouttes de mezcal ou de pulque à leur terre nourricière. Ces lieux de mémoire sont sacrés car s’y exprime le respect pour l’Autre, un respect pour la vie sur la terre. C’est aussi pourquoi les cérémonies saisonnières de semences et récoltes sont festives. La musique et des danses accompagnent les offrandes convoquant à leur tour les histoires des langues-glyphes-arts du faire en tant qu’expressions spatiales des désirs dans la construction responsable du faire concret (cf. SupGaleano, 2015 :31).

Ainsi, ces offrandes en rituels, tout comme le don solidaire en tant que preuve de fidélité envers l’Autre, montrent la beauté des efforts esthétiques et pacifiques des positionnements défensifs et offensifs incluant des formes spatiales de démocratie et élections gouvernementales. Les temps courts des communautés zapatistes montrent que non seulement ils travaillèrent dans des espaces communautaires pour produire des aliments pour la collectivité, mais aussi contre le mythe individualiste de l’individu capitaliste (Voir Gobierno autonomo ; La Escuelita, en EZLN, 2012). Simultanément, ils tissèrent des formes de gouvernement alternatif et une éducation autonome basées sur les relations sociales et culturelles de leurs territoires autonomes10. S’il ne s’agissait que de nécessité en tant qu’utilité reproductive biologique, ils tourneraient en rond dans les prisons subjectives du fétichisme et de l’aliénation de la consommation. Les imaginaires et rêves indigènes ne sont pas des localités sans contact avec le monde réel. Ce sont des relations sociales, cauchemardesques aussi, aux contenus de vérité et contradictions dans les concepts mêmes de leurs utopies colonisées. Leur existence en pleine guerre d’extermination permet d’affirmer qu’ils sont les « titans » historiques du désir : des non-lieux en tant que fondements du mouvement vers un autre lieu, diraient Michel de Certeau (1982 : 240-248) et Marc Augé (1992).

Ainsi, le primordial des imaginaires, en tant qu’expériences du principe espérance, permet de réhabiliter le toujours pas encore (Bloch, 1977) qui habite le glyphe vivant des significations pour soulager l’horreur de la violence quotidienne. Donc, la conduite des communautés indigènes provoque, dans ses représentations pratiques exécutantes de gouvernement, un déplacement des compositions du lieu utopique dans le discours politique. Elle met en lumière le passé des origines des mots, de l’art et esthétique indigènes comme concepts pratiques et utopiques de l’urgent et important dans la guerre capitaliste de catastrophe et extermination. Face aux déterminations discursives du pouvoir, nous constatons que la dignité indigène produit ou rend possible l’équivalent poétique de l’absent, même dans le proche et le dehors (Augé, 1992) (alliances familiales communautaires, sortilèges ou échanges de pouvoir local). Peu importe la vérité en tant que credo, ou catéchisme mythique dans les anthropologies de l’ethnographique, vidé de l’esprit qui l’a créé, si s’ouvrent des possibilités de retour du silence dans l’expérience de l’absent dans la production spatiale. C’est pour ces raisons que les zapatistes, avec la plénitude de l’expérience de la résistance et de la rébellion, ont pu sauver l’héritage des Antiguos-Tatas-Abuelos. Ils reçurent cette coutume de ne pas dissocier l’urgent pour survivre de l’important de vivre pour créer des alternatives avec le don millénaire de la solidarité en collectivité.

« (S’il y a dissociation), alors le défunt (SupMarcos) vous dit que cela s’appelle “choix excluant”, ou bien tu fais une chose ou bien une autre, mais pas les deux à la fois. Le SupMarcos dit que cela est presque toujours faux, c’est à dire qu’on n’est pas obligé de choisir l’une ou l’autre, mais qu’on peut imaginer autre chose de différent (…). Il dit : par exemple, les peuples imaginaires, depuis des siècles, font toujours deux choses en même temps, l’urgent et l’important. L’urgent consiste à survivre, autrement dit ne pas mourir, et l’important, vivre. Et cela, ils le résolvent avec la résistance et la rébellion, autrement dit ils se résistent à mourir et, en même temps, créent, avec la rébellion, une autre façon de vivre. Donc il dit qu’il faut, chaque fois que l’on peut, penser à créer autre chose » (SupGaleano, 2017 :72)11.

Contre le mythe de l’individu capitaliste, dans son stellaire Voyage en langue maya avec des surréalistes à bord, Armand Gatti (2006) nous invite à comprendre des symboles culturels et à nous approcher respectueusement des matérialités spirituelles qui les formèrent. Avec ces précautions épistémologiques, nous, habitants des quatre points cardinaux de l’univers, pourrions habiter les glyphes du calendrier représentatif de mythes à condition de traduire les « écrits de la nuit » en tant que contenus spirituels en mouvement.

« Pour ces gardiens imprévisibles du calendrier maya, il s’agit d’habiter le glyphe, et le rendre vivant, comme on rend une maison vivante. Chercher uniquement à traduire en fonction des mots de leur quotidien [comme le font le plus souvent les anthropologues officiels] serait pour eux, vis-à-vis du glyphe, accomplir la même opération que les tueurs du “boss” Cortés dans leur “hold-up” amérindien […] Chaque groupe doit pouvoir dire qu’un arbre (tel l’arbre de cent ans qui a connu Méliès, à Montreuil) est en même temps :

◾le chant de ses racines dans la terre […] ;

◾une reine (la mère cosmique) […]

◾le paysage lorsqu’il devient tissage de nos aïeules ; un quartier de lune d’où s’élèverait sous forme de nuit d’amour toujours répétée le chant de l’engoulevent.

Concevoir un glyphe, lui aussi comme un groupe, unissant (tout en respectant leur autonomie) :

◾les chiffres stellaires ;

◾la magie qui fait de la pluie, du vent, de la terre, de la végétation et de l’Homme, une immense solidarité […]

Dans ce voyage qui se croit être en langue maya, l’ensemble des bâtons dit le décor, en entier. Et en même temps, chacun d’eux, suivant la dramaturgie, dit l’espace, au moment où il se construit, ou se détruit.

Ainsi, en dehors de “taoïsmes” qui les animent, les bâtons deviennent des signes à l’infini de cet espace comme autant d’arbres cotonniers, chaque fois, au milieu de la fête indienne.

Un contenant multiplicateur des groupes pourrait être ajouté ; la présence sur les murs ou par terre des glyphes des villes mayas, qui écrivent et maintiennent à leur façon, depuis plus de deux millénaires le mot Résistance » (Gatti, 2006 : 13-14).

En ce sens, nous pouvons dire que les particularités de l’univers indigène sont une fièvre symbolique de l’expérience singulière du désir et de l’espoir avec la nature humaine. L’Autre, le soleil, la pluie, le vent et le feu, en tant que spiritualités, deviennent des fondements universels de la résistance. Nous pourrions donc affirmer qu’il serait impossible de vivre sans les manifestations allégoriques du désir comme force naturelle et symbolique de la consommation du pain et du vin. De même, on ne peut vivre sans ressentir et s’enchanter en regardant comment croissent les arbres sur terre grâce à la « magie » nutritive du travail de l’eau et du vent. Si nous observions les conditions matérielles de ces spiritualités, nous pourrions débarrasser nos mentalités de ces sentiments de supériorité et infériorité si fréquents et douloureux dans la triste histoire des rationalités matérialistes de l’accumulation. Nous pourrions voir dans l’ensemble des stratégies politiques les chemins ascendants vers les sommets les plus hauts pour unifier nos différences singulières et particulières en tant que possibilités universelles de dissidences et ruptures contre le monde capitaliste. Alors, remodeler la production du temps des indigènes du XXIe siècle nous amène dans les constellations constituant les stratégies politiques qui répondent aux urgences dans une guerre coloniale de plus de cinq cents ans. Nous pensons donc que l’EZLN-CNI parie avec son langage représentatif comme moyen tactique moral pour élaborer les buts spatiaux du désir.

C’est ainsi que, pour ne pas mourir du dégoût de la misère et de l’exploitation dans la solitude de la radicalité de la dignité ambiante contre le capitalisme, l’armée aux couleurs et sons stratégiques nous rappelle dans la fragmentation que le mot révolution continue à hanter ces mouvements. Comme dans les grands moments de l’indigénisme mexicain (Villoro, 1979), le mouvement national et latino-américain indigène se déplace en spirale dans un univers peuplé d’étoiles de résistances et rébellions pour potentialiser tant les racines que les possibilités esthétiques d’une pratique millénaire du nouveau pour le changement avec les autres : l’homme lui même contre la destruction de sa nature.

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Fernando Matamoros Ponce12

Article paru dans le N° 35 de Contre Temps d’octobre 2017

Editions Syllepse

https://www.syllepse.net/lng_FR_srub_94_iprod_720-la-crise-des-gauches.html

192 pages, 13 euros

De l’auteur

Etienne Dehau, Fernando Matamoros, Sylvie Bosserelle : Mexique – Vision de l’empire des dieux, aucune-civilisation-nest-le-resultat-delle-meme/

La pensée coloniale. Découverte, conquête et guerre des dieux au Mexique, La culture et la tradition occidentale esprit du monde légitimées comme totalité de sens définissaient l’autre le barbare l’infidèle comme sujet à civiliser

Avec Antonio Fuentes Díaz, Francisco Javier Gómez Carpinteiro, John Holloway, Vittorio Sergi et Sergio Tischler : Neozapatisme. Échos et traces des révoltes indigènes, Que faire de notre colère ?

.

En complément possible

Bernard Duterme : Mexique : Une candidate indigène à la présidentielle ?, mexique-une-candidate-indigene-a-la-presidentielle/

Notes

1 Traduction Sylvie Bosserelle (SB).

2 La complicité des autorités et de fonctionnaires de la police et de l’armée dans les assassinats a été démontrée (Olivares, 2007). Les chiffres des homicides n’ont cessé de croître. 2000-2006 : 68 548 (INEGI,2017) ; 2007-2012 : 117 077. Au cours de ce sextennat d’Enrique Peña Nieto (2013-2015) 60 773 homicides ont été enregistrés. Ceci nous donnerait un total de 246 398 morts lors des 3 derniers gouvernements de droite au Mexique. À cette date, le nombre de journalistes assassinés depuis 2000 s’élève à 114 et à 20 celui de journalistes disparus. Selon les chiffres officiels (CONEVAL, 2014), la pauvreté augmente. 2006 : 46,5 millions de pauvres. En 2012, 61,4 millions, soit une augmentation de presque 15 millions. En 2010, 58,5 millions vivaient sous le seuil de pauvreté, soit une augmentation de 2,9 millions (CIEN, 2013:1). Le Registre National de Données de Personnes Perdues ou Disparues (CNDH, 2017:152) signalait en octobre 2016 une augmentation significative de ces cas au cours de ces trois derniers sexennats. 2000 : 210 ; 2007-2012 : 13 549 ; et 2013-2016 : 15 647. Le nombre de cas de suicides est aussi le reflet du désespoir régnant dans ce pays. De même que d’autres pays au niveau mondial, la tendance est croissante au Mexique, de 3,5 à 5,2 pour 100000 habitants. 2000-2006 : 8 ; 2007-2012 : 9,6 ; 2013-2016 : 10,5 (INEGI, 2016 : 3).

3 Les italiques sont de l’auteur, Fernando Matamoros Ponce (FMP).

4 Traduction citation SB. En nous basant sur les intuitions de l’Antiœdipe de Gilles Deleuze et Felix Guattari (1972 : 9-10), nous voulons souligner que les origines du mal social culturel s’expriment dans des relations schizophréniques du capitalisme, le Sur-moi Pouvoir se manifestant dans les fragiles subjectivités du Moi et du Çà, conditionné par des logiques du plaisir dans la nécessité dune consommation débridée de l’utile du marché. En dialogue avec la dimension générique de Marx et le marxisme, ils signalent : « Nous ne prétendons fixer un pôle naturaliste de la schizophrénie. Ce que le schizophrène vit spécifiquement, génériquement, ce n’est pas du tout un pôle spécifique de la nature, mais la nature comme processus de production. […] Si bien que tout est production : production de production, d’actions et de passions, […] production de consommation, de voluptés, d’angoisses et de douleurs ». Le Suicidé de la société (Artaud) souligne que « le corps sous la peau est une usine surchauffée, et dehors la maladie brille, il luit, de tous ses pores, éclatés », à l’instar la Part Maudite (Georges Bataille) accentuant « qu’il s’agit donc de ce que nous appelons production de consommation ».

5 Les italiques sont de l’auteur : FMP.

6 Trad. SB. Tout en présentant des différences locales, les formes basiques des relations sociales de gouvernement et décision dans les us et coutumes font fortement trembler les conditions sociales des autoritarismes des centres des pouvoirs. « C’est pour ça que nous le CNI, en tant que Maison de tous les peuples, nous sommes les principes configurant l’éthique de notre lutte, et dans laquelle ont leur place tous les peuples originaires de ce pays. Ces principes sur lesquels repose le Conseil Indigène de Gouvernement étant : Obéir et non commander ; Représenter et non supplanter ; Servir et non se servir ; Convaincre et non vaincre ; Descendre et non Monter ; Proposer et non imposer ; Construire et non détruire » ( Et la terre a de nouveau tremblé ! Rapport depuis l’épicentre, EZLN-CNI, 2016).

7 Voir le cas des féminicides à Ciudad Juarez (nord du Mexique). La majorité d’entre eux concerne des ouvrières des maquilas, abusées sexuellement puis assassinées. « Nous parlons de 1 024 femmes assassinées de manière violente depuis 2008 » (Ravelo, 2016).

8 Environ 1 500 personnes participèrent à cette assemblée plénière. Les discussions débouchèrent sur la fondation du Conseil Indigène de Gouvernement (CIG). 693 délégués, 492 invités du CNI, les conseillers et 230 délégués zapatistes participèrent à l’élection de 71 conseillers. En tant qu’observateurs étaient présents des activistes et intellectuels de la sexta, organisation d’adhérents urbains et ruraux liés, depuis les élections de 2006, à des processus organisateurs zapatistes et autres actions de solidarité. Étaient présents de nombreux invités du CNI et EZLN, de différents pays et nations du nord du continent, Dakota/ Lakota/ Arizona/ Apache, du centre, Guatemala/Mam/ Kanjobal, et du sud de l’Amérique Latine, le Chili ; des représentants des familles des 43 disparus d’Ayotzinapa (Guerrero), la mère de la Jeune Leslvy Berlin Rivera Osorio, assassinée dans la Cité Universitaire de l’Université Nationale Autonome de Mexico (UNAM). Les racines constitutives du Conseil Indigène de Gouvernement en 2017 sont des spatialités de luttes de 21 années du Congrès National Indigène, qui était lui-même issu des discussions du Forum National Indigène convoqué par l’EZLN en 1996 (Gonzalez Garcia, Carlos, 2006).

9 Voir le compte rendu des violences dans la Déclaration du V CNI (2017).

10 Voir les complexités des Conseils municipaux et du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène (CCRI-EZLN) dans leurs formes actualisées d’organisation autonome de Caracoles, Municipalités Autonomes Révolutionnaires de l’Armée Zapatiste (MAREZ) et les Réunions de Bon Gouvernement (EZLN, 2012).

11 Trad. SB.

12 Professeur chercheur à l’Institut de sciences sociales et Humanités de l’Université Autonome de Puebla (ICSH-BUAP). fermatafr@yahoo.fr . Parmi ses livres : Mémoire et Utopie au Mexique. Mythes, traditions et imaginaire indigène dans la genèse du néozapatisme, Syllepse, 1998 ; La pensée coloniale. Découverte, coquête et guerre des dieux au Mexique. Paris, France, 2007, syllepse-ICSyH/BUAP ; Néozapatisme. Echos et Traces des Révoltes Indigènes (2012, ccord.), Syllepse-ICSyH/BUAP.

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