Édition du 19 septembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Politique d’austérité

Les incongruités d’une société

La 2e incongruité, les prises de sang. (2e partie)

Nous avons un merveilleux système de santé au Québec. Malheureusement, le néolibéralisme et le vent d’austérité mondial sont en train de nous en déposséder. Tout le monde le sait, cet enjeu représente le plus gros poste budgétaire du gouvernement du Québec. Dernièrement, j’ai rencontré mon médecin de famille (eh oui, je suis chanceux, mais... elle prend sa retraite en septembre 2015). De ce rendez-vous plutôt banal (c’était un suivi annuel), plusieurs réflexions me sont venues en tête. Je me suis interrogé sur la place du privé dans le milieu de la santé. Ça fait longtemps que j’y réfléchis, mais cette rencontre m’a permis de mieux organiser mes idées.

Je consulte mon médecin chaque année par ce que je veux me prémunir contre la maladie dormante. Celle qui ne se voit pas dans le miroir. Pour la diagnostiquer, le bilan sanguin est un moyen assez efficace. J’en ai déjà subi, c’est un mal nécessaire. Par contre, nous n’avons pas nécessairement besoin de voir notre médecin pour que celui-ci nous en prescrive un. Ça pourrait être fait systématiquement aux deux ans, comme des rappels de tétanos. Les résultats seraient transmis à notre médecin et par la suite celui-ci nous convoquerait si le besoin en est.

Je me souviens de la première fois, mon père venait de faire son infarctus et mon pédiatre voulait vérifier mon taux de cholestérol. C’était à l’hôpital, on était arrivé tôt, j’étais avec mon père, on a attendu. L’expérience n’a pas été super. Je me souviens de saleté, d’être derrière un rideau, de me sentir comme du bétail. Il y faisait sombre. Ce n’est pas l’aiguille, c’est l’environnement. Mon médecin a finalement décrété que j’étais correct, mais à cet âge, il m’a fortement conseillé de garder un suivi, j’avais 14 ans.

Plusieurs années plus tard, je me suis souvenu du conseil de mon pédiatre : garder un suivi. J’ai demandé à l’omnipraticienne de mes parents de me prendre comme patient (et non comme client !). À ce moment, elle m’a prescrit une prise de sang et sur le papier, elle m’a écrit le numéro de téléphone d’un centre de prélèvement privé. « Ça te coûtera environ 15 dollars et c’est là que tes parents vont. » Je ne me suis pas trop posé de questions et j’ai appelé au centre. Ils m’ont donné rendez-vous 2 semaines plus tard. J’y suis arrivé à 7 h 15 et à 7 h 30 j’étais parti, moins riche de 15 dollars. C’était propre, éclairé, il y avait beaucoup de monde, mais j’étais dans une salle privée pour me faire piquer, pas derrière un rideau.
6 ans plus tard, j’ai subi mon troisième prélèvement sanguin. 6 ans c’est long, je ne trouvais jamais le bon moment pour faire les autres bilans. Je continuais à vouloir aller au centre privé, mais quand je prenais rendez-vous, c’était toujours trop loin dans le temps. La veille du rendez-vous, toutes les raisons étaient bonnes pour ne pas y aller. Donc finalement, j’oubliais et je retournais voir mon médecin l’année suivante et elle me refaisait un papier et je lui promettais à nouveau d’y aller.

En regardant plus précisément sur la feuille du prélèvement, j’ai vu que le Centre local de services communautaires (CLSC) offrait une clinique de prélèvement tous les jours, et surtout, sans rendez-vous ! Je croyais encore qu’il fallait aller à l’hôpital dans les mêmes conditions qu’il y a bientôt 20 ans. J’ai sauté sur l’occasion et 2 jours plus tard, je suis arrivé au CLSC à 6 h. Il y avait 4 personnes devant moi, à 7 h 15 j’étais revenu chez moi. L’expérience était formidable, tout était propre, éclairé, j’étais dans une salle privée et en plus, la salle d’attente était plus intéressante qu’au centre privé. Le plus formidable, j’ai choisi la journée où je voulais y aller et pour ça, j’aurais été prêt à payer, ce que j’ai fait en attendant 1 heure au lieu de 15 minutes.

En discutant avec des amis de mon intention d’aller dans un CLSC au lieu d’aller dans un centre de prélèvement privé, plusieurs ont tenté de me décourager. « Ne va pas là, tu vas attendre pour rien et il y a plein de monde malade. Pis au bout du compte, c’est juste 15 dollars ! » C’est fou comme de se faire répéter quelque chose dans les médias nous pousse à tout croire.

C’est notre société qui est malade. On est tellement rendu pressé qu’on n’a plus de temps pour rien. Il faut que l’on obtienne tout, tout de suite. Parce que nous ne voulons pas attendre, nous nous imaginons que ce sera bien mieux de payer. Toute proportion gardée, on attendra moins au CLSC. Au centre de prélèvement, ce sera une semaine ou deux. Au CLSC, ce sera le lendemain. On va peut-être attendre 60 minutes dans la salle d’attente. Par contre, on aura l’occasion de prendre un bon livre ou un journal et de n’avoir que cela à faire. Lorsque je suis chez moi ou au boulot, il y a toujours d’autres choses que je devrais faire au lieu de lire.

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