Édition du 16 octobre 2018

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Le blogue de Louise Chabot

La colère juste du personnel enseignant de l’école publique américaine

Le personnel enseignant américain est en colère. L’état des écoles, les conditions de travail difficiles et la privatisation grandissante de l’éducation l’ont poussé à bout.

Des milliers d’enseignantes et d’enseignants dans la rue

Dénonçant ses conditions de travail et le sous-financement de l’école publique, le personnel enseignant de l’Oklahoma et du Kentucky a pris la rue et s’est rendu à Oklahoma City et à Frankfort pour demander un réinvestissement massif en éducation ainsi qu’un rehaussement salarial. L’Oklahoma, par exemple, est au 48e rang des états américains sur le plan du financement de l’école publique et du salaire du personnel enseignant. En Arizona, ce dernier s’apprête également à suivre le mouvement.

Avant eux, en Virginie occidentale, le personnel enseignant a fait la grève pour réduire la taille des classes et améliorer les conditions de plus en plus difficiles dans lesquelles il exerce son travail. Il a également une dent contre la nouvelle gestion publique, calquée sur ce qui se fait dans le secteur privé, qui s’insinue de plus en plus dans les écoles de l’état. Pouvez-vous croire que son gouvernement voulait même le forcer à utiliser une application de téléphone pour surveiller son état de santé ?

L’histoire du personnel enseignant de Virginie occidentale est presque caricaturale tellement elle incarne bien l’air du temps aux États-Unis. En effet, un gouverneur magnat du pétrole (qui s’appelle Jim Justice, ça ne s’invente pas) a offert des peanuts (1 % d’augmentation après plus de 10 ans sans aucune hausse) au personnel enseignant le moins bien rémunéré des États-Unis.

Deux visions diamétralement opposées

Cette guerre, c’est celle qui oppose deux visions du « rêve américain ». Une version où tout est mis en place au bénéfice des gens de la caste de Jim Justice et une autre où l’on préserve la dignité et la sécurité de toutes et tous, notamment par une éducation publique de qualité.

Remarquez bien que ces grèves et ces moyens de pression frappent particulièrement les états conservateurs républicains, qui, en plus d’investir moins dans les écoles publiques, ont également une législation faible en matière de négociation collective des conditions de travail.

La rébellion et l’espoir

La présidente de la National Education Association (NEA), Lily Eskelsen García, a eu les mots justes en s’adressant à la NBC, en marge de la manifestation en Oklahoma. Elle a dit : « Ceci n’est pas un désastre naturel, cette crise est causée par l’Homme ! »

Si cette crise est politique, alors l’action collective du personnel enseignant peut pousser les représentantes et représentants politiques de ces états à corriger la situation. Et c’est là le moteur de l’espoir qui, au-delà de la colère, pousse le personnel enseignant américain à prendre la rue. En mettant de l’avant une vision de l’éducation publique qui profite à toutes et tous et en ne lâchant pas le morceau, il saura ramener l’école publique à l’avant-scène des préoccupations des politiciens.

Références

- The Corporate Plan to Groom U.S. Kids for Servitude by Wiping Out Public Schools

- Oklahoma, Kentucky public schools close as thousands of teachers walk out

- Red-state teacher rebellion hits Oklahoma, grows in Arizona

Louise Chabot

Présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) (depuis 2012)

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