Édition du 21 novembre 2017

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Médias

La crise sociale révèle l'inadéquation des médias traditionnels

Mercredi 23 mai, je tweetais que les médias traditionnels, totalement dépassés, ne parlaient pas des casseroles qui avaient cours depuis déjà quelques jours. Deux personnes de RDI se sont empressées de me répondre que leur média en avait traité.

J’étais bien content de m’être trompé pour un cas, mais c’était bien sûr l’exception qui confirme la règle. La nouvelle s’est alors répandu comme une traînée de poudre et les autres médias s’y sont mis de sorte que le soir même tous les médias traditionnels en parlaient. Le rôle du média est pourtant d’être à l’affut, or on constate que les médias traditionnels sont souvent très en retard sur des phénomènes déjà massifs.

Je tweetais la même journée que les médias traditionnels, beaucoup trop pipoles, ne s’occupait pas de la grève de la faim de Marik Audet. Et là, aucune réplique d’aucun média, parce qu’en effet si on n’est pas une vedette, on n’a pas droit à l’intérêt des machines publicitaires que sont tous les médias traditionnels.

En fait, le problème des médias traditionnels n’est pas qu’ils soient partiaux. Ils le sont tous depuis toujours, mais ils devraient au moins le dire.

Feue Lisette Morin, journaliste émérite à Rimouski avant d’être correspondante au Devoir, m’a enseigné il y a plus de 30 ans mes premiers rudiments du journalisme. Elle m’a appris que non seulement l’objectivité journalistique était une illusion qui berçait les naïfs, mais qu’un journaliste était d’autant plus crédible qu’on savait dans quel camp il loge. Et elle était bien campée à gauche.

L’important est de respecter les genres : dans la nouvelle, on ressort ce qui est significatif et nouveau, ce qui apporte du neuf (pas du sensationnel) ; dans le reportage, on est factuel (pas sensationnel) ; dans l’enquête, on suit la filière remontant des effets aux causes, etc.

Or, la crise sociale actuelle a révélé à une part de plus en plus grande de la population l’incompétence des médias traditionnels à traiter et à comprendre ce qui se passe : ignorance de ce qu’est la démocratie directe, méconnaissance totale de la structure clignotante des réseaux de mobilisation sans leader, confusion entre symptômes (la hausse des droits) et causes (la marchandisation de l’éducation), incapacité à penser les choix de société (humanisme contre commerce), multiplication des erreurs d’interprétation (quelqu’un a déclaré que les casseroles étaient contre le conflit étudiant), recours à des enquêtes sans valeur scientifique appelées abusivement et répétitivement sondages, etc.

Le problème des médias traditionnels et qui ne fait que constater leur déclassement total, outre le fait qu’ils taisent leur idéologie, c’est qu’ils sont partiels.

Ils s’accrochent à un champ de vision très restreint et sont convaincus que toute la réalité est là. Les caméras qui filment une manif vont se concentrer sur un épiphénomène négligeant le mouvement d’ensemble, puis vont le rediffuser en boucle pendant des heures et des heures de sorte que l’on fera croire au public que dans ce détail choisi pour son caractère éclatant réside l’essence d’un événement qui est souvent complètement autre.

Les nouveaux médias sont souples, multiformes et accessibles soit en temps voulu, soit en temps réel. Quand CUTV montre une manifestation, elle la filme avant, pendant et après de sorte que toute l’expérience est disponible. Elle pourra sélectionner des faits saillants en nombreuses capsules qui sont visionnables selon le choix de la personne qui y a accès. L’efficacité de cette méthode est telle que la police est extrêmement violente envers ce qui est pourtant un média, et que les médias traditionnels n’en font absolument pas mention alors qu’ils devraient se lever pour défendre la liberté de presse. Mais, le clivage entre les vieux médias et les nouveaux est déjà consommé.

Twitter apporte une multiplicité telle de regards sur les événements que l’esprit critique sera capable de rassembler les morceaux et de faire un tri pour retrouver une compréhension globale de la réalité.

Bien sûr, cela demande une capacité de distance critique et une capacité d’analyse, qui était nécessaire de toute façon avec les médias traditionnels, mais qu’on avait semble-t-il oubliée.

Enfin, les médias de gauche comme Presse-toi à gauche et MediaCo-op offrent des analyses critiques qui permettent de comprendre la réalité dans ses significations, dans ses causes et dans son impact sur la population.

Bien s’informer a toujours exigé un travail du citoyen, mais encore faut-il que les sources permettent d’avoir accès à une véritable transmission des réalités.

LAGACÉ Francis

Francis Lagacé

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