Édition du 11 décembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Politique québécoise

La gauche et le Parti Québécois

La tâche de Québec solidaire est d’abattre le PQ

Chez Alternative socialiste [1], on ne comprend pas pourquoi certains membres de Québec solidaire s’acharnent à vouloir une alliance électorale avec le Parti québécois. L’un des principaux défenseurs de cette idée, le coporte-parole de QS Amir Khadir, s’est d’ailleurs fait indiquer deux fois (au sein de sa circonscription et au congrès du parti) le refus univoque des membres d’opter pour cette approche. La direction du PQ elle-même ne veut rien savoir d’une telle alliance !

Dans un texte publié sur Presse-toi à gauche !, François Cyr et Pierre Beaudet proposent une alliance « conjoncturelle » avec « les tendances progressistes au sein du PQ » dicté par « l’impératif immédiat ». On se demande bien de quelles tendances ils parlent : le SPQ-Libre a été dissout lors du congrès du parti en mars dernier et les députés les plus à gauche au sein du PQ ont quitté de manière fracassante durant l’été.

Un parti de l’élite

Pour Alternative socialiste, il est clair que le PQ n’a plus rien d’un « rempart de la gauche », s’il l’a même déjà été un jour. Il s’agit désormais d’un parti néolibéral n’ayant rien à envier à ses rivaux libéraux, adéquistes ou caquistes. Il devrait être limpide pour les membres de QS qu’à travers ses actions, le PQ représente et défend les intérêts de l’élite économique, pas ceux de la majorité de la population. Tout récemment, ce parti l’a encore prouvé avec l’appui aveugle d’Agnès Maltais au projet d’Amphithéâtre Québécor, à Québec.

Jean Charest, ancien conservateur fédéral, ne fait que poursuivre l’œuvre de démolition qu’un autre conservateur, Lucien Bouchard, a commencée avant lui au sein du PQ. La vision néolibérale prônant les coupures, la tarification et les privatisations a été et demeure toujours aussi bien desservie par le PQ que le PLQ. Le virage néolibéral des anciens partis ayant un « préjugé favorable pour les travailleurs » n’est pas propre au PQ. À l’heure actuelle, que ce soit en Espagne ou en Grèce, ce sont des partis dits socialistes qui appliquent les politiques d’austérité budgétaires. Or, les pendants de QS dans ces pays ne font pas d’alliances avec ces partis contrôlés par l’élite.

Pour une lutte cohérente contre la droite

Contrairement au PQ, l’objectif premier de QS n’est pas de réaliser une souveraineté « réconciliant » les intérêts des multinationales et des banques avec ceux du reste de la population. QS, en plus de vouloir l’indépendance, entend bloquer la droite afin de préserver les services publics, les ressources naturelles et remettre leur gestion et profits entre les mains des citoyen-ne-s. Une alliance avec le PQ, aussi « astucieuse » soit-elle, vient brouiller le message. On ne stoppera pas la droite avec le PQ ; on lui déroulera le tapis rouge. Que les choses soient claires : QS n’est pas le petit frère du PQ devant lui quémander des miettes pour faire élire une poignée de députés en échange du retrait de certains des leurs. Il représente la seule option valable pour contrer l’austérité et l’exploitation que les gouvernements successifs nous imposent.

Il y a fort à parier que l’intérêt immédiat du PQ consistera à resserrer ses positions à droite pour tenter de contrer l’assaut de la CAQ menée par François Legault. Incapable de freiner la désaffection de ses indépendantistes de gauche (la souhaitant, même), la direction du PQ commettrait sans doute les mêmes erreurs que le Bloc Québécois, advenant des élections provinciales. Il misera sur les questions identitaires tout en balayant sous le tapis ses revendications progressistes afin de toucher l’électorat conservateur. On a vu ce que ça a donné…

Un parti des urnes et de la rue

Les déboires du PQ représentent une opportunité en or pour gruger son membership et son électorat de gauche. QS doit plus que jamais inciter les membres du SPQ-Libre et les indépendantistes de gauche à joindre ses rangs. Ce n’est pas en forgeant une alliance avec un « vieux parti » sur le déclin que QS s’attirera la sympathie de l’électorat.

Pour briser l’« image de Gaulois sympathiques et courageux mais inefficaces » de QS, on nous propose de vendre notre âme pour quelques hypothétiques votes de plus. L’intérêt immédiat de QS réside ailleurs : dans les différences programmatiques irréconciliables qui le séparent du PQ. Ces différences, QS doit les exposer à tous et à toutes en étant un « parti de la rue », pas seulement un « parti des urnes ». Une alliance ne fera que corrompre ces tentatives.

Au lieu de raisonner en termes électoralistes, ne devrions-nous pas penser comment QS pourrait organiser ses propres mobilisations sociales et politiques ? Il ne s’agit pas ici de copier le travail que font déjà les divers groupes communautaires ou sociaux, mais d’intensifier les campagnes d’éducation et de mobilisation populaires jetant des ponts entre les différentes luttes sociales et guider ces luttes, au risque de se faire taxer de récupérateur.

À long terme, le véritable test pour QS ne sera pas de sauvegarder l’héritage libéral de la Révolution tranquille, comme le ferait les autres partis. Il devra avoir l’audace d’adopter une position de défense de la classe des travailleurs et des travailleuses contre celle des élites afin de fédérer de larges pans de la population, pas seulement des écologistes ou des féministes, mais aussi des jeunes, des chômeur-e-s et des retraité-e-s.


[1Alternative socialiste est la section québécoise du Comité pour une Internationale Ouvrière. Le CIO est une organisation socialiste fondée en 1974. Aujourd’hui, elle comprend des sections dans environ quarante pays sur tous les continents.

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