Édition du 18 avril 2017

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Histoire

La libération des femmes et des LGBT dans la Russie révolutionnaire

Emma Quinn est membre du Socialist Party (section du Comité pour une Internationale Ouvrière en Irlande)

Beaucoup de jeunes sont aujourd’hui amenés à se politiser sur la question de l’oppression des femmes et des personnes LGBT+ (Lesbiennes, gays, Bisexuels, Transgenres). Internationalement, les débats sur la manière dont ces discriminations et inégalités peuvent être éradiquées ne manquent pas. Emma Quinn analyse ici l’expérience de la révolution russe et des mesures progressives radicales introduites par les bolcheviques en leur temps. Ces mesures étaient considérées comme faisant partie des premières étapes pour parvenir à la pleine libération de ces deux groupes opprimés.

Aucun autre événement dans l’histoire n’a été davantage déformé par l’idéologie capitaliste que la Révolution russe. Quelle qu’en soit la réécriture, le rôle des femmes y est également à peine mentionné, et les mesures acquises les concernant inexistantes.

Le renversement complet du capitalisme et du féodalisme par le Parti bolchevique et la classe ouvrière russe en 1917 a stimulé un changement radical dans la société, chose qui n’a jamais été vue auparavant ou depuis lors. Les bolcheviques ont été en mesure de diriger la prise de pouvoir précisément parce qu’ils représentaient la voix des masses opprimées, des travailleurs, des pauvres et des femmes.

Aujourd’hui, les inégalités et l’oppression économiques n’ont jamais été aussi flagrantes. En 2016, la richesse combinée du pourcent le plus riche de la société a dépassé celle des 99% restants de la population mondiale. Tandis que cette inégalité continue de croître, il en est de même de l’oppression des femmes et de la communauté LGBT à travers le monde, même dans les pays les plus « développés ». Il s’agit d’une question déterminante pour la politisation de la jeunesse. Dans ce contexte, il est crucial de tirer les leçons du passé, et il n’en existe pas de plus importantes que celles de la Révolution russe.

Les Bolcheviques, tout en soulignant le rôle de la classe ouvrière dans une société en mutation, ont reconnu que les femmes souffraient d’une double oppression qui puisait ses origines dans le capitalisme et le féodalisme. Pour les Bolcheviques, la libération des femmes était un élément essentiel de la lutte pour une société socialiste. Lénine en a d’ailleurs souligné l’importance en 1920 quand il a déclaré que « le prolétariat ne pourra obtenir la liberté tant qu’il n’aura pas gagné la liberté complète des femmes. » [i] Les femmes ont du reste joué divers rôles dirigeants dans le Parti bolchevique au niveau local et national. L’impact décisif de la révolution a transformé la conscience et la vie des femmes de la classe ouvrière comme jamais auparavant.

L’agitation anti-guerre et les femmes bolcheviques

Au cours de la période prérévolutionnaire, les femmes ont joué un rôle important dans la chute du régime tsariste et la victoire des Bolcheviques. Plus que toute autre force politique à l’époque, les Bolcheviques en comprenaient l’importance. Lorsque des dizaines de milliers de femmes sont descendues dans les rues en février 1917, ces évènements devant déclencher la révolution du même nom, leurs revendications portaient sur la justice, la paix et le pain. Ces protestations ont d’ailleurs éclaté lors de la Journée internationale des femmes (le 8 mars, qui tombait en février dans le calendrier alors en vigueur en Russie). Cette journée de lutte pour l’émancipation avait été introduite en Russie par la militante bolchevique Konkordia Samoilova quatre ans à peine auparavant, en 1913. [ii] Les femmes bolcheviques ont joué un rôle clé dans l’organisation de la manifestation. En dépit du harcèlement continu des autorités, elles avaient créé des cercles de travailleuses et de femmes de soldats.

Dès 1914, le Parti bolchévique – y compris ses membres féminins – avait subi une répression sévère en raison de son opposition farouche à la Première guerre mondiale. De nombreux militants avaient été emprisonnés ou exilés. À cela s’ajoutaient encore les brutalités infligées par la guerre elle-même à la classe ouvrière. Cela a poussé les Bolcheviques à lier les commémorations de la Journée internationale des femmes à une manifestation anti-guerre. Le 23 février, la classe ouvrière de Petrograd a déferlé dans les rues avec les femmes à sa tête, en appelant chacun à marcher à ses côtés. Des appels à la fraternisation avaient également été lancés à destination des soldats dans le but de contenir toute éventuelle répression de même que pour leur enjoindre de rallier le mouvement.

La Journée internationale des femmes, 1917

Lors de cette journée, la grève a éclaté dans la majorité des usines. Les femmes étaient d’une humeur particulièrement combattive – non seulement les ouvrières, mais également la masse des femmes qui faisaient la queue pour du pain et du kérosène. Elles ont tenu des réunions politiques, ont pris le contrôle des rues, sont allées au parlement afin de faire valoir leurs revendications et ont stoppé les trams. « Camarades, sortez ! », criaient-elles avec enthousiasme. Elles se sont également dirigées vers les usines et ont appelé les travailleurs à les rejoindre. « Dans l’ensemble, la Journée internationale des femmes fut un énorme succès et a alimenté l’esprit révolutionnaire » ont écrit Anna et Mariia Ulianov dans la Pravda, le 5 mars 1917. [ iii ]

Par la suite, les Bolcheviques ont accompagné la radicalisation des femmes au cours de l’été, quand une vague de grèves a éclaté dans le secteur des services (blanchisseuses, domestiques, vendeuses, serveuses,…). Les Bolcheviques étaient au premier plan de la syndicalisation de ces travailleuses. Ceux-ci, en particulier les membres féminins, ont déployé des efforts massifs pour que leurs idées atteignent les travailleuses et les femmes de soldats. Il leur a ainsi été possible de construire une base parmi cette couche fraîchement politisée – malgré les difficultés liées à un sexisme fortement enraciné dans les mentalités, aux tâches domestiques de nombreuses femmes, à l’analphabétisme, etc. Sofia Goncharskaia, une Bolchevique, était par exemple à la tête du syndicat des travailleuses de blanchisserie et a joué un rôle clé dans l’implication de ces dernières. [iv]

Les femmes révolutionnaires avaient également développé des cercles d’étude parmi les grévistes afin de les politiser et de les éduquer. La conscience de classe de toutes ces femmes s’est retrouvée considérablement affirmée. Quand les Bolcheviques ont dirigé la prise de pouvoir par les Soviets et renversé le gouvernement provisoire en octobre, il y avait en réalité bien plus de femmes qui ont envahi le Palais d’Hiver que de femmes qui l’ont défendu, contrairement à ce qui est souvent rapporté (en référence au « Bataillon de la mort » féminin qui a participé à la défense du Palais d’Hiver, NDT).

Les lois les plus progressistes de l’Histoire

Le 17 décembre 1917, sept semaines seulement après la formation du premier État ouvrier au monde, le mariage religieux est aboli et le divorce, rendu accessible à tous, est légalisé. Le mois suivant, le code de la famille est incorporé à la Loi. Celui-ci marque l’égalité juridique entre femmes et hommes et abolit « l’illégitimité » des enfants. Notons que les Bolcheviques ont introduit ce code en pleine Première guerre mondiale, alors qu’ils tentaient de prévenir le déclenchement d’une guerre civile, de libérer la paysannerie et de relancer l’industrie et l’économie !

Tout au long des années 1920, le code de la famille a été modifié, et chaque changement était automatiquement accompagné de discussions et débats publics. Dès ses premiers jours, la propagande socialiste russe a plaidé pour l’égalité des femmes, mais la clé de voûte pour les Bolcheviques était d’en finir avec l’asservissement des femmes dans la famille traditionnelle. Avant la révolution, la vie d’une femme était toute tracée et se limitait exclusivement au mariage, à être monogame, à avoir des enfants et à être liée à « l’éternelle corvée de la cuisine et de la pouponnière ». [v] La qualité de vie des femmes n’était jamais considérée, leur bonheur et leur plaisir n’étaient pas jugés importants. Les Bolcheviques ont immédiatement contesté cela ainsi que le rôle de l’Église orthodoxe russe et du patriarcat.

Inessa Armand, directrice du Zhenotdel (le département des femmes du Secrétariat du Comité central du Parti communiste créé en 1919), a notamment déclaré : « Aussi longtemps que les anciennes formes de la famille, son organisation et l’éducation des enfants ne sont pas abolies, il sera impossible de détruire l’exploitation et l’esclavage, il sera impossible de construire le socialisme. » [vi]
Défier la famille traditionnelle

La révolution a permis en un effort héroïque de supprimer le « foyer familial » comme ultime horizon forcé pour les femmes. Un système de protection sociale a été instauré avec un système de maisons de maternité, de cliniques, d’écoles, de crèches, de jardins d’enfants, de salles à manger sociales, de blanchisseries, etc., tout cela visant à soulager les femmes de leurs corvées traditionnelles. Un congé de maternité payé à la fois avant et après la naissance a été introduit pour les travailleuses, des salles d’allaitement ont été installées sur les lieux de travail pour permettre l’allaitement maternel, des pauses toutes les trois heures pour la nouvelle mère ont également été inscrites dans la législation du travail.

L’avortement a été légalisé en 1920 et a été décrit par Léon Trotsky comme étant l’un des « droits civils, politiques et culturels les plus importants » d’une femme. [vii] L’avortement est ainsi devenu gratuit et disponible à travers l’État. En novembre 1918, la première Conférence panrusse des travailleuses fut organisée par Alexandra Kollontaï et Inessa Armand, avec la participation de plus d’un millier de femmes. Les organisateurs ont rappelé que l’émancipation des femmes allait de pair avec l’édification du socialisme. [viii]

Peu de temps après que ces modifications aient commencé à être apportées, les forces réactionnaires lancèrent une guerre civile sur le pays, déjà éreinté par la Première guerre mondiale. Le Bureau des femmes, ou Zhenotdel, a été créé peu après le début de la guerre avec l’objectif de convaincre les femmes de se politiser et de s’éduquer tout en les informant concernant leurs nouveaux droits. Il a mis en place des classes littéraires, des discussions politiques et des ateliers sur la manière d’organiser des garderies sur les lieux de travail, etc. Les délégués femmes des usines assistaient à des cours de formation gérés par le Bureau qui duraient trois à six mois et retournaient ensuite livrer leurs rapports à leurs collègues.

Le Bureau des femmes a réussi à élever la conscience parmi les masses de travailleuses sur tout un éventail de questions, y compris sur la garde des enfants, le logement et la santé publique. Il a élargi l’horizon de milliers de femmes. En 1922, le nombre de femmes membres du Parti communiste dépassait les 30.000 personnes.

Malgré les pénuries liées à la guerre, l’Armée rouge a fourni au Bureau des femmes un train et l’accès aux chemins de fer, leur permettant de voyager à travers tout le pays pour construire des sections locales du Bureau, bien vite rejointes par des milliers de femmes. De petites et grandes réunions et des cercles de discussion ont permis de débattre spécifiquement des questions touchant les femmes.

Kristina Suvorova, une femme au foyer d’une petite ville du nord du pays, a décrit son ressenti au sujet de ces réunions : « Nous avons discuté de la liberté et de l’égalité des femmes, d’éviers chauds pour le rinçage des vêtements ; que nous rêvions d’eau courante dans nos appartements (…) Le comité local du parti nous a traitées avec une attention sincère, nous a respectueusement écoutées, nous indiquant délicatement nos erreurs (…) et peu à peu, nous a enseigné la sagesse et la raison. Nous nous sommes senties comme une seule famille heureuse. » [ix]

Liberté sexuelle

Tout au long de la période post-révolutionnaire, les Bolcheviques ont assuré qu’il y ait de larges débats sur la sexualité, ce qui représentait un changement total par rapport au régime précédent, et cela alors même qu’ils étaient en train de lutter pour appeler à la révolution socialiste dans d’autres pays. Cette approche découlait de leur philosophie liée à l’auto-émancipation de la classe ouvrière.

Les modifications apportées à la famille et à la structure de la famille ont conduit beaucoup de femmes à changer complètement leur façon d’aborder les relations. En 1921, une enquête de la jeunesse communiste a montré que 21% des hommes et 14% des femmes trouvaient le mariage idéal. 66% des femmes préféraient des relations à long terme basées sur l’amour et 10% privilégiaient des relations avec différents partenaires. En 1918, il y avait 7.000 divorces par rapport à seulement 6.000 mariages à Moscou. Alexandra Kollontaï a défendu ces changements radicaux : « La vieille famille dans laquelle l’homme était tout et la femme rien, une famille où les femmes n’avaient pas de volonté, de temps et d’argent propres à elles est en train de changer sous nos yeux… » [x]

Les Bolcheviques estimaient que les relations devaient être basées sur le choix, la compatibilité personnelle et pas sur la dépendance financière. Ils ont tenté d’ébranler la famille patriarcale traditionnelle en créant notamment des services publics visant à remplacer les tâches domestiques. Cela permettait ainsi que davantage de temps libre soit accordé aux loisirs, ce qu’ils considéraient comme un élément essentiel pour construire le socialisme.

Entre 1917 et 1920, des débats sur la sexualité et les diverses explorations et expériences qui y sont liées ont touché tout le pays. Des centaines de brochures, de magazines et de romans ont été publiés. La radicalisation de la société n’a pas cessé après la révolution. La Pravda a elle aussi imprimé de nombreux articles et lettres débattant de ce sujet.

Les jeunes en particulier ont tenu à explorer leur sexualité, telle que cette jeune femme du nom de Berakova qui écrivit dans l’Étudiant Rouge en 1927 : « Je sens que nous les filles, bien que nous n’ayons pas encore atteint la pleine égalité avec les hommes, nous avons un sens et une vision. Les Cendrillons se sont toutes évanouies. Nous savons ce que nous voulons d’un homme, et c’est sans aucun souci que beaucoup d’entre nous couchons avec des hommes par attirance consentie et saine. Nous ne sommes pas des objets ou des niaises à qui les hommes devraient faire la cour, nous savons qui nous choisissons et avec qui nous couchons. » [xi]

Ceci a été écrit dans un pays où l’avortement, le divorce et l’homosexualité étaient interdits une dizaine d’années auparavant seulement. La prostitution a été délibérément décriminalisée en 1922 et le proxénétisme interdit. Des cliniques qui traitaient les MST ont fourni aux femmes une éducation sexuelle et des formations professionnelles ont été créées pour ce domaine.

Trotsky décrivait la prostitution comme « la dégradation extrême de la femme au profit des hommes capables de payer. » [xii] Les lois bolcheviques sur les crimes sexuels se distinguaient par leur neutralité de genre et par le rejet de la morale et de son langage culpabilisateur. La loi décrivait le crime sexuel comme « nuisible à la santé, à la liberté et à la dignité » de la victime. Le viol a été défini par la loi comme des « rapports sexuels non consensuels utilisant la force physique ou psychologique ». [xiii]

En 1921, la guerre civile était terminée, des millions de vies perdues, les industries détruites. La famine, la faim et la maladie sévissaient. Les ressources réelles de l’État ne correspondaient pas à la vision et aux intentions des révolutionnaires. L’économie vacillait, au bord de l’effondrement. La même année, des mesures radicales ont été exigées et le gouvernement a introduit une nouvelle politique économique (la NEP), qui comprenait un nombre limité de mécanismes de marché dans une tentative de maintenir l’activité économique.

Les Bolcheviques espéraient disposer du soutien de la classe ouvrière internationale par l’intermédiaire d’une autre révolution en Allemagne. L’économie capitaliste allemande était alors centrale et le pays connaissait un mouvement de masse et des frémissements révolutionnaires. La NEP était une tentative de restaurer la production économique dans ce contexte spécifique. Mais elle a davantage abouti à une réduction des services afin de maintenir l’État des travailleurs, tout en faisant de l’agitation en faveur d’une diffusion internationale de la révolution.

Compte tenu de la réalité financière, l’État ne pouvait pas se permettre de subvenir aux besoins des enfants et il était courant que les hommes abandonnent les mères. L’État a commencé à émettre des ordonnances de pensions alimentaires pour enfants en faveur des mères célibataires. Des brochures et dépliants ont été imprimés afin que les femmes connaissent leurs droits. Les tribunaux ont été orientés en faveur des femmes et plaçaient les enfants en priorité par rapport à l’intérêt financier des hommes. Un juge a notamment divisé le paiement d’une pension alimentaire en trois parce que la mère s’était retrouvée dans une relation avec trois pères potentiels.

Vie des LGBT transformée

La révolution russe a également changé la vie des personnes LGBT. Sous le tsar, l’homosexualité était interdite. C’était la « sodomie » qui était illégale, le lesbianisme était complètement ignoré, à l’instar de la sexualité des femmes en général. Après la révolution, l’homosexualité a été décriminalisée et toutes les lois homophobes ont été retirées du Code criminel en 1922.

Dans son essai Sexe et sexualité en Russie, Jason Yanowitz a décrit l’impact de la révolution sur les personnes gays, lesbiennes et transgenres. Des mémoires de survivants montrent que de nombreux gays et lesbiennes ont compris la révolution comme une chance de pouvoir vivre une vie à « visage découvert ». Le mariage de personnes de même sexe était légal. Il est difficile d’estimer à quel point cela était répandu car peu de recherches ont été effectuées en la matière, mais au moins un procès en justice a établi sa légalité.

Il y a également eu des cas de personnes qui ont décidé de vivre dans le genre opposé après la révolution. En 1926, il est devenu légal de changer de sexe sur les passeports. Les personnes intersexes et les trans ont reçu des soins médicaux et n’étaient pas diabolisés pour cela. La recherche sur ces questions a été financée par l’État et une autorisation a été accordée pour effectuer des chirurgies de réassignation de genre à la demande de patients. Des personnes ouvertement gays ont été autorisées à servir dans des postes gouvernementaux et publics. Georgy Tchitcherine, par exemple, a été nommé Commissaire du peuple aux Affaires étrangères en 1918. C’était un homme ouvertement gay avec un style extravagant. Il aurait été inconcevable qu’une telle figure puisse obtenir pareil rôle de premier plan dans un État capitaliste à la même époque.

En 1923, le Commissaire de la Santé a mené une délégation à l’Institut pour la science sexuelle à Berlin et a décrit les nouvelles lois autour de l’homosexualité comme étant « délibérément émancipatrices, largement acceptées dans la société, personne ne cherchant à les abroger. » [xiv]

La contre-révolution stalinienne attaque les conquêtes sociales

Après des années de guerre contre les partisans du tsar et les armées impérialistes décidées à briser le nouvel État des travailleurs, l’isolement de la révolution s’est fait crucialement sentir. Le contexte de défaites de la révolution allemande et d’autres soulèvements de la classe ouvrière en Europe a posé les conditions pour voir l’arrivée au pouvoir d’une bureaucratie personnifiée par Joseph Staline.

Cela a représenté une contre-révolution politique totale, le dictateur et sa bureaucratie utilisant des mesures autoritaires pour écraser la conscience ouvrière, son activisme et la démocratie dans son entièreté. En utilisant leur pouvoir pour empêcher les victoires du mouvement socialiste à l’étranger, ils ont ainsi consolidé leurs privilèges, ceux d’une bureaucratie au sommet d’une économie planifiée.

Cette contre-révolution s’est non seulement éloignée de la lutte pour le socialisme, une société dont la démocratie bat en son cœur et dans tous les domaines, mais a aussi consciemment attaqué les gains des femmes et des personnes LGBT. Les lois progressistes ont été supprimées. L’homosexualité a été criminalisée de nouveau. La famille patriarcale a été encouragée comme moyen de contrôle social.
Dans la célèbre chanson du mouvement des travailleuses du début du 20e siècle Bread and Roses, les paroles qui disent que « la libération des femmes signifie notre libération à tous » résument bien la situation. Il était nécessaire pour la bureaucratie de s’en prendre aux conquêtes obtenues par les femmes dans le but de faire régresser la conscience ouvrière et l’activisme dans son ensemble.

Une incroyable source d’inspiration

L’arrivée au pouvoir de la bureaucratie, la trahison de la révolution par Staline ainsi que la suppression des gains réalisés ne diminuent en rien l’importance des Bolcheviques et de leur programme. Jamais auparavant les femmes n’avaient connu une telle participation dans la vie politique. Jamais une direction ou force politique n’avait tenté d’obtenir le soutien des femmes ou de la communauté LGBT et de prendre en compte leur qualité de vie et leur bonheur.

Certains des droits acquis par la Révolution russe il y a près d’un siècle n’existent toujours pas aujourd’hui. Dans de nombreux pays persiste encore l’interdiction de l’avortement, comme en Irlande, où subsistent de puissants liens entre l’État et l’Église. La Révolution d’Octobre reste un témoignage indéniable et une source d’inspiration. Celle-ci permet de démontrer la connexion inextricable entre la lutte contre toutes les formes d’oppression et la lutte de la classe ouvrière pour une transformation socialiste de la société. Il est incroyable que, par exemple, certains droits des transgenres aient été reconnus en Russie soviétique des décennies avant que le mouvement de libération des femmes et le mouvement gay ne se développent.

La restauration du capitalisme en Russie dans les années ’90 a été désastreuse. Le capitalisme néolibéral a inauguré une ère de déclin rapide des conditions de vie, ce qui, en plus de l’oppression épouvantable de la communauté LGBTQ en Russie, démontre la nature tout à fait réactionnaire du système capitaliste. Le capitalisme en Russie signifie en réalité bien autre chose que le progrès et la démocratie. Et les conquêtes sociales réalisées il y a un siècle par le mouvement marxiste sont un blâme pour le régime réactionnaire de Poutine, l’un des plus dangereux au monde pour les personnes LGBT.

Au printemps 2015, un mouvement d’émancipation a surgi en République irlandaise à l’occasion du référendum sur le mariage homosexuel. Un mouvement similaire s’est également développé en Irlande du Nord. C’est la preuve que la classe ouvrière désire une égalité sociale tout autant qu’économique et est prête à contester l’establishment capitaliste. Les femmes en Irlande ont fait les frais d’un régime d’austérité brutal. Ce sont celles-là même qui ont émergé pour jouer un rôle central dans le référendum, ainsi que dans la lutte contre la taxe sur l’eau dans le Sud.

La classe ouvrière est la force la plus puissante dans la société, et la Révolution russe en est un exemple parfait. Ce n’est qu’avec un mouvement de masse des opprimés que l’on pourra mettre un terme à l’inégalité dont sont victimes les femmes, la communauté LGBT et les pauvres. Comme les Bolcheviques l’ont compris auparavant, nous sommes convaincus que le capitalisme ne peut tout simplement pas être vaincu sans l’implication des femmes et en particulier de celles de la classe ouvrière, qui sont au premier plan de la lutte contre la domination de l’élite capitaliste.

Notes

[i] VI Lenin, On the emancipation of Women, Progress Publishers, 1977, p. 81
[ii] Jane McDermid and Anna Hillyar, Midwives of the Revolution – Female Bolsheviks and Women workers in 1917, UCL Press, 1999, p. 67-68
[iii] Ibid. p. 8
[iv] Ibid. p. 9
[v] VI Lenin, On the emancipation of Women, Progress Publishers, 1977, p. 83
[vi] Karen M Offen, European Feminism 1700-1950, Standford University Press 2000, p. 267
[vii] Leon Trotsky, The Revolution Betrayed, Dover Publications 2004, p. 113
[viii] Barbara Alpern Engel, Women in Russia 1700-2000, Cambridge University Press 2004, p. 143
[ix] Ibid. p. 142
[x] Alexandra Kollontai, Communism and the Family, 1920.
[xi] From Jason Yanowitz’s podcast, Sex and Sexuality in Soviet Russia, http://wearemany.org/a/2013/06/sex-and-sexuality-in-soviet-russia
[xii] Leon Trotsky, The Revolution Betrayed, Dover Publications 2004, p.112
[xiii] http://wearemany.org/a/2013/06/sex-and-sexuality-in-soviet-russia
[xiv] Ibid.

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