Édition du 21 novembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

La lutte contre la radicalisation

En 1971, le chanteur Adamo a enregistré une chanson rigolote sur l’histoire d’un pompiste de village délaissé par les belles dames parce qu’elles empruntent désormais l’autoroute éloignée de sa station service. La chanson s’intitulait justement Les Belles Dames. La finale est plutôt radicale, car le pompiste a trouvé un moyen de ramener les belles près de lui :

« Et les belles dames qui passaient par ma rue autrefois
Oui les belles dames danseront autour d’un grand feu de joie
Car je m’en vais faire sauter l’autoroute
Oui je le ferai coûte que coûte. »

Avec les critères actuels de la radicalisation, monsieur Adamo risquerait-il de se faire arrêter et sa chanson interdite de manière préventive pour incitation à la destruction des infrastructures routières ?

On a l’air de s’amuser comme ça, mais quand on entend les publicités sur la véritable chasse aux sorcières qui s’organise, quand on entend les experts conseiller les parents, il y a de quoi frémir. On nous dit : « Si votre fille ou votre fils a changé, si ses intérêts ne sont plus les mêmes, si elle ou il ne fréquente plus les mêmes cercles, si elle ou il rejette les principes qui étaient les siens, etc. N’hésitez pas à nous en faire part. »

Ça ressemble carrément à la promotion de la délation, au McCarthisme et à l’ostracisme, sinon la pénalisation, de toute pensée divergente. Tout ce qu’on dit aujourd’hui de ces personnes qui « se radicalisent », on le disait autrefois des communistes, bes beatniks, puis des hippies et, plus récemment, des militants environnementalistes. Tout ce qui se dit contre les supposés « radicalisés » dont il faut tant se méfier peut aussi se dire des personnes qui se révoltent contre les excès de l’autorité et se disait il y a peu des militants des droits sociaux que certains ont stigmatisés dans la crainte des « carrés rouges ».

Pierre Bourgault passait pour un radical. Fallait-il le rééduquer ? Michel Chartrand passait pour un radical. Il s’est d’ailleurs fait arrêter sans raison en octobre 1970. Quand quelqu’un change ses habitudes, c’est parfois pour le mieux. Quand quelqu’un conteste l’ordre établi, c’est souvent pour réclamer plus de justice. Quand quelqu’un rejette les principes du capitalisme, c’est un signe de bonne santé. Qui tracera la ligne des bons et des mauvais radicaux ? Les gouvernants actuels ? Couillard, Trump ? ou à venir ? Fillon ? Le Pen ?

La lutte contre la radicalisation telle qu’elle s’instaure s’annonce comme une véritable aubaine pour les intolérants de toutes sortes envers le militantisme social, qu’il soit environnemental, syndical ou politique.

Mots-clés : Québec
Francis Lagacé

LAGACÉ Francis
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