Édition du 14 novembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Catalogne

La lutte du peuple catalan, ce n’est qu’un début !

Le monde vient d’assister à un moment marquant dans l’histoire des pays démocratique qui vient de plonger le gouvernement espagnol dans une situation de crise prolongée. Il n’a pas réussi, malgré la répression physique et les arrestations, à empêcher la tenue du référendum catalan et il a perdu sa crédibilité. Dans ce premier article, nous allons analyser l’évolution de la lutte pour l’autodétermination et la souveraineté en Catalogne. Dans un deuxième nous regarderons les leçons à tirer pour notre lutte au Québec.

Un peu plus d’une semaine avant le référendum le gouvernement espagnol a fait arrêter 14 haut fonctionnaires de la Generalitat ( gouvernement catalan), procédé à des perquisitions dans une quarantaine de bâtiments et mis en accusation plus de 700 maires de Catalogne. Il a également mis sous tutelle les dépenses de la Generalitat. Quelques jours avant le vote la Garde civile a confisqué des milliers de bulletins de vote et a commencé, la veille du scrutin à fermer des écoles où avait lieux le scrutin. Une journée de répression pointait déjà à l’horizon.

Le gouvernement espagnol faisait face à une situation critique, après des années de déni des revendications du peuple catalan il ne pouvait accepter de céder et risquer de faire face à un référendum gagnant. Par ailleurs faire le choix de la répression le conduit dans un processus irréversible de rupture sociale.

Les lois de désengagement votées début septembre par le Parlement catalan prévoyaient la consultation populaire mais également la mise en place d’une constitution provisoire pour la période entre la victoire du OUI et la création d’une Assemblée constituante. Ces lois ont été annulées par le Tribunal constitutionnel espagnol mais toujours considérées valides par la Generalitat. Le gouvernement a naturellement choisi la voie de la répression, précipitant ainsi la crise politique qui couvait.

L’enjeu ne concerne pas seulement la Catalogne. La montée de la répression actuelle, qui avait été précédée par l’adoption de la « loi baillon » imposée à tout l’état espagnol afin de réduire les droits démocratiques pour empêcher les luttes des indignés et les mobilisations sociales, constitue une menace grave pour les droits politiques et démocratiques de toute la population espagnole. Une défaite provoquerait un recul des droits démocratiques en Espagne et même dans l’Union européenne. L’issue de la lutte repose maintenant sur la montée de la lutte sociale du peuple Catalan vers une grève générale, un enjeu qui est déjà en discussion, et la jonction de la lutte nationale avec la lutte anti austérité du mouvement des indignés, qui pourra coaliser les forces démocratiques, sociales et ouvrières de l’État espagnol et de la Catalogne.

Des centaines de représentants et représentantes de la société civile de toutes les régions d’Espagne ont signé un manifeste d’appui qui se conclue en ces termes : « Ceux et celles qui signons ce manifeste, au-delà de l’option politique de chacun·e d’entre nous, nous considérons engagés en faveur du droit à décider du peuple catalan, nous défendons l’appel au vote du 1er octobre et nous soutenons la mobilisation et la participation la plus large au référendum afin que la volonté majoritaire soit connue et respectée. »

La mobilisation Catalane dans sa dynamique pour gagner contre le refus de reconnaissance de Madrid, appuyé par la communauté de l’Union européenne, est en voie de devenir une lutte sociale large appuyée par plusieurs secteurs en grève. Déjà la grève générale et sociale est appelée par la grande majorité des organisations syndicales et sociales [CGT, CCOO, UGT, ANC, Omnium cultural] de Catalogne pour ce 3 octobre en défense des libertés, du droit à décider ainsi qu’en faveur d’une Charte des droits sociaux.

Ce faisant elle consolide la possibilité de liens avec la population de l’État espagnol en lutte contre les mesures d’austérité du gouvernement archaïque de Rajoy et dresse la voie vers son possible renversement. Voilà pourquoi Podemos doit appuyer la lutte Catalane pour sa souveraineté. Parce qu’elle est devenue le catalyseur du changement social dans l’État espagnol et une inspiration pour la classe ouvrière d’Europe.

Dans ce contexte l’assemblée constituante catalane risque de devenir le pivot de la lutte pour l’indépendance qui propulsera la lutte à un niveau politique plus élevé, celui d’une révolution politique d’un État en devenir pour le contrôle démocratique de ses institutions.

La réaction européenne

Le silence radio des principaux dirigeants européens indique bien sûr qu’ils sont opposés au référendum catalan mais qu’ils sont certainement embêtés par la violence utilisée par Madrid. Cela n’a pas empêché Emmanuel Macron de s’avancer pour rappeler qu’il n’avait "qu’un seul interlocuteur en la personne de M. Rajoy". La Commission européenne quant à elle a appelé lundi le 2 octobre tous les acteurs à passer "de la confrontation au dialogue" mais a rappelé qu’au regard de la Constitution espagnole, le vote de dimanche en Catalogne n’était pas légal.

Du côté de la gauche, on se serait attendu à une autre position de la part de celui qui représente la gauche montante en France et est devenu une référence pour une gauche large même hors des frontières françaises. Dans une vidéo publiée une semaine avant le référendum, Jean-Luc Mélanchon soutient d’abord que l’indépendance de la Catalogne est anticonstitutionnel. Il affirme ensuite que ça ne peut pas être chaque gouvernement qui déclenche son référendum, auquel cas il n’y plus aucun État possible en Europe. Pire, il met ensemble la population espagnole et le gouvernement de Rajoy qui ne veulent pas de référendum et simplifie la question à un conflit de frontières. Selon lui ce litige pourrait être résolu par la mise en place d’une conférence européenne permanente où ce type de litige pourrait être discuté dans des conférences où tout le monde mettrait sur la table ses préoccupations. Sa position ne tient aucunement compte du rapport de force qu’imposent les directions des États européens ni de l’État espagnol en particulier contre les luttes des mouvements ouvriers et populaires ni de la dynamique de lutte de classe qui s’amorce déjà à partir de la lutte nationale catalane.

Le peuple catalan a besoin du soutien et de la solidarité en premier lieu du mouvement ouvrier européen, au même titre que le peuple grec qui luttait contre les dictats imposés par la banque centrale et l’union européenne il y a deux ans. Une victoire de la Catalogne sera tout autant que cela aurait pu l’être pour eux, un début de renversement du rapport de force.

Mais cela interpelle aussi tous ceux et celles qui croient en la démocratie et au droit des nations de disposer d’elles-mêmes.

Tous et toutes unies avec le peuple catalan, contre la répression, pour la justice et la démocratie !

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Impliqué également dans la gauche québécoise et canadienne, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et de Canadian Dimension. Il est également membre du comité de coordination nationale de Québec solidaire en tant que responsable aux communications. Il écrit ici à titre personnel.

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