Édition du 12 décembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

France

Populisme et lutte des classes

La place de la France insoumise dans la mobilisation actuelle

Tiré de l’Anticapitaliste, hebdo du NPA

Vivons-nous l’ère du peuple ? L’antagonisme entre le peuple et la caste financière serait à son paroxysme. Peut-être, même, que le gouvernement Macron ne finira pas son mandat face à la pression. C’est du moins ce que laissent percevoir les dirigeants de la France Insoumise qui représentent largement le courant populiste. S’il y a un désaccord important entre l’analyse de la situation sociale et politique faite par la France Insoumise et celle que nous portons, je souhaite dans ce texte revenir sur quelques éléments peu discutés.

Souvent, il est reproché aux personnes ayant une approche critique, voire hostile, vis-à-vis de la FI d’être des adversaires faisant le jeu de la Droite, de l’Extrême-droite, de Macron, ou encore du PS. Bien entendu, dans le flot des « critiqueurs » il y a des personnes qui n’ont rien à voir avec l’idée même d’émancipation. Toutefois, critiquer la FI, le projet politique qu’elle porte, ce n’est pas crier avec les loups. C’est simplement faire vivre une pratique critique de l’action et de la théorisation politique – sur laquelle se sont construit un siècle et demi de luttes politiques et sociales.

Un siècle après la révolution russe qui a vu la classe ouvrière défaire pour la première fois un Etat capitaliste (de type aristocratique), la pertinence de la lutte révolutionnaire socialiste est remise en cause par l’émergence massive de courants populistes – bien que le populisme existe lui depuis plus longtemps, un courant populiste minoritaire ayant par exemple participé à la révolution russe.

Pleins de contradictions, ces courants ne sont pas arrivés à maturation et ne font pas dans l’anti-marxisme, ou pourrait même dire que, par certains aspects, ils le sont plus que certains qui s’en revendiquent mais ne le sont pas. C’est plutôt le déplacement idéologique qui nous intéresse. En Espagne avec Podemos, en France avec la France Insoumise, le populisme reste impliqué – souvent malgré lui – dans la gauche. L’histoire des mouvements ouvriers de ces pays n’y est pas pour rien, en particulier en France, où le poids des organisations syndicales et politiques de type « lutte de classes » reste important, et ce malgré les limites et les trahisons, voire les illusions, que peuvent véhiculer ces organisations qui ont dans les faits – pour certaines – rompus avec la lutte des classes.

Sur fond de crise politique majeure, qui voit les principaux partis de la gauche traditionnelle se déliter, le populisme parvient à se hisser comme la force principale de gauche au niveau électoral. En France toujours, le leadership gagné, à gauche, par Mélenchon, à la présidentielle de 2017 est à considérer à la lumière de multiples éléments. D’abord les défaites sociales à répétition depuis 2008, avec deux défaites majeures sous Sarkozy (retraites) et sous Hollande (Loi travail). Ensuite les déceptions et les échecs politiques de recomposition/reconstruction, avec Lutte Ouvrière qui ne souhaita pas concrétiser ses bons résultats électoraux en une organisation de masse. Puis avec la LCR/NPA qui ne parvient pas, tout en ayant essayé et en essayant toujours, à rassembler durablement plusieurs traditions politiques pour former un parti anticapitaliste large. Avec le Front de gauche enfin qui – notamment à cause du PCF – envoya les espoirs de changement par l’unité sur des bases électoralistes à la poubelle en faisant des accords opportunistes avec le PS aux municipales, en particulier à Paris. La colère à gauche, l’envie de changement, n’ayant pu se cristalliser dans une organisation militante, s’est tournée, à chaque fois, vers des voies plus droitières, allant, in fine, jusqu’au discours populiste de la FI. Cherchons d’abord à comprendre ce qu’est le populisme, et les incompatibilités que cette idéologie a avec l’anticapitalisme.

Les forces politiques convoquées par le populisme sont « le peuple » et « l’oligarchie » voire « la caste ». Il ne s’agit pas d’une sémantique nouvelle pour parler de la classe ouvrière et de la bourgeoisie. Derrière ces termes, il y a une identité politique qui vise à dépasser les antagonismes de classes. Il ne s’agit alors plus de réaliser le pouvoir des soviets, c’est-à-dire le pouvoir des comités de base, celui de celles et ceux d’en bas. Il s’agit plutôt de fédérer le peuple, un peuple « inter-classiste » qui aurait des intérêts communs contre « la finance », « les politiciens », « les institutions européennes », « l’OTAN », etc. Le populisme dit de gauche se place lui aussi dans cette logique politique bien qu’il reconnaisse les inégalités sociales et lutte contre. Seulement, c’est bien à un compromis de classe qu’appellent les populistes, le pouvoir d’État se trouvant alors être le lieu de contraction démocratique entre les classes qui se fédèrent en un seul peuple. Pour faire vivre une telle idéologie et une telle pratique politique, et ce même avec un discours de « gauche », il est nécessaire d’adopter trois axes contradictoires avec une logique révolutionnaire : 1. avoir un discours patriotique, puisque le peuple existe d’abord à travers une histoire politique, géographique, linguistique, culturelle commune. 2. avoir un chef qui fédère le peuple puisque le débat politique et la démocratie ne sont pas compatibles avec un mouvement populiste – pas de votes, interdiction de s’organiser en interne, interdiction des expérimentations/alliances locales – la question du leader est centrale. C’est le chef, ou le leader, qui dicte une ligne et a pour but d’incarner le changement, via l’ère du peuple. 3. se placer dans une perspective légale car les courants populistes – qui viennent bien souvent du communisme, ou du moins de l’eurocommunisme – ont rompu avec l’idée d’une rupture révolutionnaire. En gros, le populisme est un réformisme qui remet en cause les excès du capitalisme et pas le capitalisme lui-même.

Ces explications ne visent pas à rendre le populisme infréquentable mais bien à le distinguer de ce qu’est le communisme. Il s’agit très clairement, dès le départ, de deux visions du monde différentes. C’est pourquoi la polémique, dès lors, est de bon augure. Les populistes ne sont pas des gens de gauche, des militants anticapitalistes, qui changent de braquet pour plus facilement duper la bourgeoisie. Il n’est pas question ici de sémantique. Les populistes, en réalité – en France du moins, à travers la FI – ont orchestré une mutation théorique (bien qu’ils soient culturellement toujours « de gauche », même si Mélenchon lui même récusait ce terme pour parler de la FI). Cette mutation se fait en partant du mouvement ouvrier traditionnel (entre social-démocratie et post-stalinisme, même si le PCF est divisé également avec un courant qui ne rompt pas avec la social-démocratie traditionnelle) jusqu’à une nouvelle forme de représentation populaire, incluant l’ouvrier et le patron, dans une logique de rassemblement de type « 99 % ». Or, d’un point de vu sociologique, mais surtout marxiste, les 99 % n’ont pas d’intérêts communs… La bourgeoisie, une partie de son appareil d’État, une partie des classes moyennes supérieures, des secteurs fascisants de la société – y compris dans la classe ouvrière – forment le pouvoir d’une classe, la classe capitaliste, qui détient le pouvoir dans le pays. Cette classe « pour soi », en quelque sorte, pèse plus que 1 %. Si le slogan « nous sommes les 99 % » est bon pour démontrer qu’une classe minoritaire décide de la vie de la majorité de la population, ce slogan est en revanche mauvais pour constituer un projet politique. C’est un outil d’agitation qui se confronte mal à une dimension de propagande, et d’organisation politique. Rassembler les 99 % impliquerait par exemple de rassembler des ouvriers et des patrons, des racisés et des racistes, des jeunes victimes de violences policières avec des flics. C’est une vision grossière du populisme que je fais volontairement, bien que Jean-Luc Mélenchon ne remet en cause ni l’entreprenariat, ni la police, ni l’armée.

Un autre élément permet de saisir les enjeux autour de la notion de peuple. En France, pour renforcer son discours sur l’ère du peuple, la France Insoumise et son leader Jean-Luc Mélenchon ont mis en avant l’écologie. Cette mise en avant – disons-le, brillante – permet de faire passer un message qui, lui – de mon point de vue – est problématique puisqu’il renforce l’idée populiste : face à la catastrophe écologique, il n’y a pas le choix, il faut rassembler le peuple, tout entier, puisque tout le monde en sera victime. Cette approche est brillante, puisqu’elle est juste. Tout le monde en effet sera victime de la catastrophe écologique. Mais fut-elle brillante, cette approche fait l’impasse sur plusieurs choses :

- D’abord que tout le monde ne sera pas victime au même moment et au même endroit. En réalité les pauvres sont les premières victimes… d’autant plus dans les pays les plus pauvres. Ajoutons aussi que la richesse de quelques uns peut permettre à cette minorité de trouver des solutions égoïstes pour ne pas disparaître.

- Ensuite que les responsabilités ne sont pas partagées. Même si cela est dit à demi-mots, il faut insister sur le fait que la responsabilité de la crise écologique ne peut être mise sur le dos de tout le monde à égalité. Autrement dit, si la période dite « de l’anthropocène » est intéressante pour analyser les crises écologiques, elle implique une lecture marxiste qui insiste sur le fait que l’explosion de la pollution a eu lieu avec les révolutions industrielles. L’homme, comme d’autres espèces, pollue. Il peut même faire disparaître d’autres espèces. Mais l’homme n’est pas condamné à polluer et à tuer. C’est l’homme sous l’ère productiviste, et de surcroît capitaliste, qui pose problème.

- Enfin, et c’est lié, la question écologique doit être posée en d’autres termes que « l’homme contre la nature ». Parce que l’homme est nature… L’antagonisme pour nous est « capital/nature ». Etre écologiste c’est donc être anticapitaliste. Si la FI ne dit pas que le problème écologique c’est l’homme, elle y prête le flanc en ne disant pas que c’est le système capitaliste dans sa globalité qui détruit la nature. S’attaquer aux excès du capitalisme ne réglera rien. Et cela est d’autant plus vrai en écologie.

Par ailleurs, si le programme l’Avenir en commun était le plus écologiste des programmes des principaux candidats à la présidentielle, celui-ci posait question sur plusieurs aspects. Sur la perspective internationaliste, dans un premier temps. Il peut y avoir de véritable « planification écologique » qu’au niveau international. Il ne s’agit pas de sombrer dans un gauchisme béat en attendant la révolution mondiale pour commencer à agir. Néanmoins, des éléments d’internationalisation de la lutte existent. À ce titre, être animateurs des mouvements contre le réchauffement climatique, contre les projets inutiles qui concernent plusieurs pays, contre le nucléaire (et le nucléaire militaire), peut permettre des collaborations et l’émergence de nouvelles radicalités. L’écologie de la FI a également le défaut d’être très institutionnelle, les mobilisations en étant quasiment absentes – alors que beaucoup de ses militantEs participent à ces mobilisations. On retrouve ici cette séparation entre mobilisations sociales et écologistes et réponses politiques, qui représente un frein à l’auto-organisation des exploitéEs et des oppriméEs.

La crise écologique va pousser des millions de personnes à migrer. C’est pourquoi, au-delà des plans politiques – précieux – qu’il faut mettre en place pour limiter la crise écologique, il y a un impératif de solidarité à affirmer. Oui, l’ensemble des personnes doit pouvoir circuler et s’installer librement, partout dans le monde. Bien que le programme de la FI est 100 fois plus solidaire que celui des candidats de la réaction, il est fort dommageable que celui-ci fût frileux pour affirmer une solidarité sans limite. L’épisode du pain volé aux travailleurs français par les travailleurs détachés – gageons qu’il y avait des guillemets – montre qu’il y a au minimum une tendance patriotique qui n’est pas compatible avec un réel projet internationaliste. Ce patriotisme, par ailleurs, est fièrement arboré lors des rassemblements de la FI où les drapeaux tricolores sont distribués et où la Marseillaise est entonnée. Nous retrouvons ici une caractéristique du populisme – qui ne se limite pas au populisme, les familles politiques passées de JLM, du lambertisme au mitterandisme, ont, avec des manières différentes, cultivées une certaine idée de la patrie et du souverainisme. Pour Mélenchon, il faut faire vivre « l’indépendantisme français », c’est-à-dire quelque part la souveraineté du peuple français. Mais vient la question : contre qui ? Cela peut être contre l’Allemagne, contre les Etats-Unis, contre l’Union Européenne, contre l’Otan, etc. La patrie devient une solution face à un problème extérieur, en partie la cause des difficultés internes. Autant dire que cette vision politique est aux antipodes de celle qui consiste à voir le monde en classes sociales.

Considérer les Etats souverains, c’est-à-dire ici les Etats nations, peut emmener à défendre des dictatures, non pas en défendant le modèle qui est défendu par ses dictateurs (comme Poutine ou Assad) mais en déplorant les ingérences contre les Etats dont les dictateurs sont à la tête. Dans le cas de la Syrie, Mélenchon a, par exemple, été incapable de reconnaître qu’une majorité du peuple syrien a, tout simplement, fait une révolution. Or, quand un peuple fait une révolution démocratique, face à un tyran, le premier devoir d’un internationaliste est de le soutenir, pas de défendre la « souveraineté » du dictateur, face à un peuple qui serait, forcément, influencé et armé par les ennemis de la souveraineté : les Etats-Unis, autrement dit, la caste mondialisée. On voit bien là qu’il ne s’agit pas d’une approche anti-impérialiste, mais bien d’une vision dite « campiste » de la politique internationale. Dans le domaine de l’internationalisme, c’est plus qu’une rupture qui s’est faite entre la FI populiste et l’histoire de la lutte des classes mondiales – même si l’héritage stalinien et maoïste, sur ce terrain, n’a rien de glorieux.

Nous pourrions écrire des pages sur ce que la « mutation » en mouvement populiste implique comme fractures à gauche aujourd’hui. Mais il me semble que l’essentiel est dit. Ce qui créé des nœuds de tensions se situe grosso modo aux niveaux suivant : l’internationalisme face au souverainisme, le capitalisme régulé face à une économie planifiée démocratiquement, la démocratie directe face à la démocratie par le haut, l’organisation démocratique des militantEs face à la fédération « des gens » derrière le chef.

Pour conclure, la FI, par la voix de JLM, mais aussi de quelques dirigeantEs – Corbières, Garrido – souhaite aller vers un mouvement populiste tel que je l’ai présenté plus haut. Pour s’en convaincre, il suffit de les écouter, de lire les textes de Mouffe et Laclau (qui théorisent la « démission » aux idées de la révolution, de l’internationalisme, etc.). Néanmoins, la France Insoumise dans son ensemble n’est pas « populiste ». Il y a une réelle différence entre Mélenchon d’une part, l’équipe dirigeante d’autre part, mais aussi avec les militantEs, les sympathisantEs. La différenciation est encore plus poussée avec les électeurs et les électrices. Nous vivons en réalité un processus, dans le cadre d’une recomposition politique, elle-même à contextualiser à la lumière d’une crise de représentation démocratique sans précédant. La FI est l’aboutissement d’une série de défaites sociales et politiques.

Une des choses intéressantes à souligner, c’est que c’est l’offre politique la moins à gauche de toute – sur l’histoire courte d’une vingtaine d’année – et que c’est aussi celle qui « réussit » le mieux, du point de vue électoral. Mais au fond, le vote FI à la présidentielle ne représente-t-il pas en grande partie un vote anti-PS ? Un vote de rejet de la Loi El-Khomri ? Les 7 millions d’électeurs FI n’ont pas voté Mélenchon pour ses positions sur la Syrie. Ils l’ont fait pour des raisons sociales, la FI apparaissant comme la force de gauche la mieux placée pour sanctionner les politiques d’austérités. Il y a donc un décalage entre le projet populiste des dirigeantEs de la FI, et la conscience politique des électeurs – voire de beaucoup de militantEs. Ce décalage s’explique en particulier parce qu’il n’y a pas de débats démocratiques au sein de la FI. Autrement dit, la « mutation populiste » n’est l’œuvre que de quelques dirigeantEs. C’est une forme de « coup tactique ». Il n’y a en fait pas de volonté de construire une organisation militante qui discute, débat, puis agit, mais des groupes « d’appui » qui exécutent les consignes. Le problème pour les dirigeantEs aujourd’hui, c’est qu’il n’est jamais très simple d’éviter les débats dans une organisation – même s’il s’agit d’un mouvement – qui rassemble des milliers de gens. C’est fort heureux, les militantEs ont besoin de donner leur avis et d’avoir la capacité de décider de la ligne politique du mouvement. Sans cela, il n’y a pas de mouvement vivant. Or, la pratique démocratique est contradictoire avec ce qui fait sens dans le populisme aux yeux de JLM. En effet, le populisme n’a d’intérêt que s’il est efficace. La démocratie, au contraire, empêche d’aller vite, puisqu’il faut débattre, trancher, et qu’il y a des risques de désaccords, de scissions, etc.

Par ailleurs, les tendances à l’auto-affirmation peuvent jouer un rôle néfaste pour les mouvements d’émancipations dans leur ensemble. À ce titre, la mobilisation contre la loi Travail II (version Macron) montre à quel point l’hégémonisme peut être un frein à la mise en mouvement de l’ensemble de notre camp social. Alors que l’enjeu est d’abord de réussir les mouvements de grèves et de manifestations, pour que la véritable opposition à Macron soit une opposition de rue, pluraliste, la FI appelle à son propre rassemblement, un samedi, pour apparaître comme l’opposition principale au gouvernement. La FI participe aussi aux manifestations syndicales, mais met en place son propre calendrier en parallèle, sans chercher à rassembler d’autres forces d’oppositions comme les mouvements d’extrême-gauche, le PCF, mais aussi les forces syndicales et associatives, les luttes sectorielles en cours, etc. Il n’y a en fait pas de volonté de rassembler l’ensemble des forces de gauche qui s’opposent à Macron parce qu’il n’y a pas foi en la mobilisation de rue pour faire tomber Macron et son gouvernement. Et on en revient à un des fondamentaux de la FI, de Mélenchon (et du Front de Gauche avant) que la solution c’est « la révolution par les urnes », pas la révolution tout court, pas la grève, pas l’auto-organisation des jeunes et des travailleuses et des travailleurs. Il est extrêmement important de comprendre cela parce que c’est une des raisons pour lesquelles la FI a percé en 2017 sur la base des défaites sociales. À force de perdre dans la lutte, beaucoup de personnes, y compris radicales politiquement (milieux libertaires et anticapitalistes) et syndicalement (principalement autour des syndicats Sud) en arrivent à croire que la solution ne pouvant venir de la rue, elle viendra des urnes. Or, s’il est vrai qu’il est de plus en plus compliqué de mobiliser dans la grève, il faut rappeler qu’aucun changement ne sera effectif sans mobilisations sociales massives, et ce même en cas de victoire électorale d’un candidat, disons, « antilibéral ». Aussi, lorsque pendant les législatives de 2017 Jean-Luc Mélenchon explique que l’on peut s’économiser des kilomètres de manifestations en votant pour les candidats FI, il fait le jeu de la démobilisation et, même s’il appelle aujourd’hui aux mobilisations, il ne voit ces dernières que comme des moyens d’apparaître en meneur de l’opposition, pas comme celui de gagner collectivement. Ici, c’est à une contradiction « populisme vs lutte de classes » que nous assistons, le projet du leader passant avant la mobilisation des travailleuses et travailleurs. Mélenchon répond à ces critiques en expliquant que l’une des initiatives n’empêche pas l’autre, et même qu’elles se complètent. De son point de vue, c’est juste. Mais lorsque l’on se place du point de vue de la lutte sociale qui cherche à s’incarner en force politique, c’est-à-dire qui cherche à construire une opposition de gauche pluraliste et par en bas, démocratique et radicale, les choix tactiques de la FI sont des freins puisque l’enjeu devrait être la construction d’un front social, politique et démocratique de l’ensemble des forces (syndicales, politiques, etc.). Or sans la principale force de gauche qu’est la FI, ce front semble compliqué. Mais c’est bien sur le fond qu’un désaccord subsiste, pas seulement sur la forme. Il n’est pas question du méchant Mélenchon. C’est pourquoi il est plus que jamais nécessaire de discuter avec l’ensemble des militantEs de la France insoumise, ainsi qu’avec celles et ceux qui en sont sympathisantEs, pour expliquer que le désaccord ne se situe pas sur l’unité (oui, il faut l’unité !), ni sur l’alternative politique pour le pouvoir (oui, il faut prendre le pouvoir pour changer le monde) mais bien sur le projet politique en lui-même, qui mêle rupture avec un certain nombre de fondamentaux du mouvement ouvrier et sectarisme organisationnel.

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