Édition du 18 avril 2017

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Afrique

La question du jour en Afrique du Sud : comment se débarrasser d’un président ?

Plus personne ne semble vouloir du Président Zuma, des agences de notation à ses alliés les plus proches, des vétérans de la lutte anti-apartheid à la nouvelle classe moyenne noire, en passant par d’anciens ministres et même le vice président et le trésorier de l’ANC. Mais comment faire ?

Tiré du blogue de l’auteure.

« Zuma doit tomber » est le slogan brandi dans les rues, inscrit dans les manchettes des journaux, le slogan répété du soir au matin. Des militants déterminés ont décidé de camper devant le ministère des finances pour exiger la démission du gouvernement, d’autres d’organiser des manifestations dans les grandes villes ; les parlementaires d’opposition (EFF et DA) ont décidé de déposer une motion de défiance ; le Parti Communiste, la centrale syndicale Cosatu, des membres de l’Anc et les vétérans demandent au président de partir.

Avec le coup de grâce infligé par les agences de notation qui ont dégradé l’Afrique du Sud au rang de « junk state », le rand qui continue sa chute dans les abimes de la dévaluation, tout le monde sent bien que le pays est à un tournant et qu’il faut qu’il fasse les bons choix pour arrêter la course folle dans l’inconnu.

Certains sont tentés par l’action de masse comme au temps de l’apartheid et rêvent de reconstituer un Front démocratique uni, sauf que l’apartheid n’existe plus dans la loi et que l’ennemi n’est plus aussi clairement ciblé que dans les années terribles de l’état d’urgence et du déploiement de l’armée dans les townships.

L’Afrique du Sud est un état de droit dont la Constitution prévoit la démission du président et de son gouvernement si une motion de défiance déposée devant les parlementaires est adoptée à la majorité. 

L’assaut contre Jacob Zuma va donc se faire au Parlement où une motion de défiance a été déposée par les partis d’opposition, l’Alliance démocratique (DA) et le Parti des combattants de la liberté économique (EFF) avec un ralliement quasi acquis de tous les autres petits partis. Mais le compte n’y est pas. Le Parlement compte 400 députés dont 249 sont des élus de l’ANC. Il faudra donc que les des élus de l’Anc votent la motion de défiance. Le vote n’est pas secret à moins que la présidente de l’Assemblée ne l’accorde, mais elle est connue pour son soutien à Zuma.

Des membres de l’Anc ont ouvertement désapprouvé le remaniement ministériel et militent ouvertement pour le départ de Zuma. Le vice président, Cyril Ramphosa, le trésorier de l’Anc, le chef du groupe parlementaire de l’Anc, des élus de la province du Gauteng ont pris clairement position et dénoncent la corruption et la dérive du gouvernement qui prend ses ordres à Saxonwolds, la résidence de la famille Gupta, plutôt que dans les instances dirigeantes du parti.

Un autre scénario est possible si le Président finit par entendre les multiples voix qui lui demandent de faire ce qu’il doit faire, c’est-a-dire démissionner. Les vétérans de la lutte qui viennent d’écrire un document intitulé « For the sake of our future » expliquent que l’Anc est incapable de lutter contre la corruption, le népotisme, les luttes de faction, les élections truquées etc. La Commission d’intégrité, présidée par l’ancien prisonnier de Robben Island, Andrew Mhlangeni, a écrit à Jacob Zuma pour lui demander de partir. ( Deux anciens de Rivonia sont encore en vie : Andrew Mhlangeni et Denis Goldberg)

Les deux partenaires de l’ANC, le Parti communiste sud-africain et la centrale syndicale Cosatu lui demandent de partir. Le Sacp dénonce depuis longtemps la main mise de la famille Gupta sur les richesses de l’état et la corruption, mais c’est la première fois qu’il menace ouvertement de quitter l’Alliance. Le Cosatu qui a pris le temps de réfléchir vient de publier une déclaration sans ambiguïté à la suite de la réunion de sa direction « le Cosatu ne croit plus que le président est la bonne personne pour unir et diriger le mouvement, l’Alliance et le pays ».

Roger Southall, professeur de sociologie, dans son dernier article pose la question de l’attitude des ministres en désaccord avec le président et celle du vice président, Cyril Ramaphosa « Vont-ils faire un pas de plus et entrer franchement en rébellion ? le vice Président sera-t-il assez hardi pour sonner la charge ? » https://theconversation.com/zumas-critics-within-the-anc-are-vocal-but-will-they-act-75587

S’il y a bien un grand rassemblement de forces pour exiger le départ du président, nul ne sait qui pourrait prendre la direction du pays avant les deux échéances cruciales : la conférence de l’Anc qui se tiendra en décembre 2017 et qui élira un nouveau président et une nouvelle direction et les élections nationales en 2019.

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

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