Édition du 12 décembre 2017

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États-Unis

La résistance s’enracine dans les terres électorales de Donald Trump...et les femmes mènent la charge

Lorsque Susan Kroger a décidé de participer au lancement d’un groupe d’activistes politique en zone rurale – largement pro-Trump – pour les femmes de sa région elle attendait une petite douzaine de voisins de gauche. Mais quand elle a ouvert sa porte lors du premier rassemblement du groupe à Sioux Falls, SD, 100 personnes se sont précipitées dans son salon. Aujourd’hui, neuf mois plus tard, Kroger affirme que le groupe compte 2.300 membres actifs.

Tiré du blogue de Jean-Marc B.

C’est une histoire qui se répand sur les terres de Trump, où des groupes de base de gauche ont fleuri dans certaines parties les plus républicaines de la nation – un signe que la « résistance » est devenue rurale.

Le plus surprenant, a déclaré Kroger, certains de ses nouveaux membres sont des électeurs déçus par Trump. Elle confirme, ainsi que d’autres organisateurs de groupes de base, que l’incertitude sur la politique des soins de santé est devenue un problème majeur qui pousse les militants à se joindre à leurs rangs.

« Ce qui est passionnant à propos de nos rassemblements, c’est que chaque fois que nous en tenons un, je demande toujours ‘Qui est nouveau ?’ Et environ la moitié des gens lèvent la main », a déclaré Kroger, coprésidente de LEAD South Dakota, abréviation de Leaders Engaged and Determined. « J’ai entendu parler des femmes qui ont eu un coup de coeur pour Trump et qui en sont revenues ».

Donald Trump a remporté 60 % des électeurs ruraux lors de l’élection présidentielle de 2016, un peu plus que Mitt Romney en 2012 et le sénateur John McCain (R-Ariz.) en 2008. Mais depuis lors, la cote de popularité nationale du président est tombée à 39 % à la fin du mois de juillet selon Gallup. Ce qui explique pourquoi les groupes d’activistes politiques sont en plein essor dans des régions en faveur de Trump lors des élections.

Les résultats d’un sondage Washington Post / Kaiser Family Foundation révèlent que Trump est depuis longtemps en position de faiblesse dans les régions rurales du pays. Les ruraux qui ont participé au sondage d’avril étaient partagés quant au travail présidentiel de Trump : 30 % l’approuvaient et 30 % le désapprouvaient Lorsque les résultats ont été ventilés par sexe, les femmes désapprouvaient un peu plus que les hommes, ce qui explique sans doute pourquoi beaucoup de groupes de base sont dirigés par des femmes.

Kelly Sullivan, un serveur de restaurant de 30 ans à Sioux Falls et membre de LEAD, a noté que l’Amérique rurale était politiquement diverse depuis longtemps, mais la poussée récente d’activisme politique l’a rendue plus perceptible.

« Les gens comme nous dans des endroits plus petits et ceux qui vivent dans les communautés rurales, nous sommes exactement les mêmes que ceux des grandes villes », a déclaré Sullivan à propos de ces militants ruraux. « En ce qui concerne le sentiment de ne pas être représentés, ou le sentiment que l’administration actuelle fait des choses avec lesquelles nous sommes en désaccord, nous réagissons de la même façon que les personnes qui se trouvent dans les grandes villes ».

Trump a remporté 51 comtés du Dakota du Sud sur 66, y compris Minnehaha, le comté où se trouve Sioux Falls, une ville d’environ 170 000 habitants. L’état a donné à Trump l’un de ses meilleurs scores dans le pays au cours de ses six premiers mois de mandat – 54 pour cent, selon Gallup.

Pourtant, Sullivan a déclaré que la résistance s’est organisée dans l’état depuis que Trump a été élu. En janvier, elle a co-présidé une marche locale parallèlement à la marche nationale féminine, attirant près de 3,300 manifestants au centre-ville de Sioux Falls par des températures en-dessous de zéro. Sullivan a déclaré que l’expérience – voir la marée de gens liés par la même volonté – l’a transformée : elle qui n’avait jamais rêvé d’être politiquement active passe son temps libre à interpeller les législateurs. Elle se prépare également à sa propre campagne électorale, l’année prochaine, pour un siège lors des législatives.

LEAD South Dakota a un conseil d’administration de neuf personnes et des comités chargés de surveiller l’activité législative de l’État, le recrutement de candidats et d’autres matières. Jusqu’à présent, le groupe travaille avec 75 candidats qui souhaitent se présenter au bureau et envisagent de pénétrer dans des sections à travers l’État pour accélérer la croissance du mouvement.

« J’ai été très surprise de voir le bruit que cela a suscité sur le terrain en Dakota du Sud », a déclaré Kroger. « J’ai une certaine expérience dans la politique, alors je sais ce que l’on ressent quand on est considéré comme le petit gars dans un état où vous êtes quantité négligeable ».

Dans l’Ohio, Moving Forward Together Ashtabula County – un groupe de base affilié à « Indivisible », le mouvement de résistance nationale contre Trump – a également dépassé les attentes initiales de son leader.

Lorsque « Moving Forward » a accueilli son premier forum communautaire en mai pour discuter des préoccupations relatives aux soins de santé et à l’immigration, « J’avais peur qu’il n’y ait que 4 pelés et deux tondus », a déclaré Jessica Leveto, la présidente du groupe. Le forum a eu lieu à Jefferson, en Ohio, une ville rurale d’environ 3 000 personnes, dans un comté dont 57% des électeurs ont voté pour Trump.

« Près de 125 personnes se sont déplacées », a déclaré Leveto.

« Moving Forward a commencé dans un café local en février, et en deux semaines – avec quelques annonces sur les médias sociaux et grâce au bouche à oreille – ses chiffres ont explosé l’endroit », a déclaré Leveto, professeur adjoint de sociologie à l’Université Kent State de Ashtabula.

Leveto souligne que c’est le vote, en mai, de l’abrogation de la Loi sur les soins abordables qui est à l’origine de la croissance de son groupe. Bien qu’habitué à suivre la ligne du parti, le député de Ashtabula, le représentant des États-Unis David Joyce (R-Ohio), figurait parmi les 20 républicains qui n’ont pas voté en faveur de l’abrogation.

« Je pense que nous n’y sommes pas étrangers », a déclaré Leveto. « Je ne pense pas que ce soit simplement notre groupe, mais les groupes dans le district. Je pense qu’il y a eu beaucoup d’appels téléphoniques. »

Joyce n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Les organisateurs d’action politique en milieu rural disent que la révision des soins de santé est la question dominante qui a galvanisé leurs groupes parce que les membres craignent que les citoyens ruraux ne soient en grande partie affectés par ces changements. Leveto a souligné, en particulier, que de nombreux membres de son groupe – qui avait participé à l’événement du mois de mai – voulaient savoir de quelle manière une révision pourrait influencer la lutte contre la crise des opioïdes.

Dans le sondage Washington Post / Kaiser Family Foundation, 95% des ruraux qui avaient répondu ont déclaré que Medicaid est très ou assez important pour leur communauté. 13% ont déclaré qu’ils comptent eux-mêmes sur Medicaid, contre 10% de leurs homologues urbains et suburbains.

« Nos communautés sont à risque et nous voyons même dans le Sud, la nécessité de lutter pour les gens de notre communauté et je pense que c’est quelque chose qui transcende la région », a déclaré Mandy Fowler, membre fondateur du Kudzu Coalition de l’Alabama de l’Ouest, une organisation croissante d’action politique.

Apparenté au groupe « Indivisible », la coalition « Kudzu » accueille des forums locaux, offre une formation en militance et coordonne les appels téléphoniques et les courriels aux législateurs. Son événement majeur est une manifestation hebdomadaire intitulée « Show up Shelby », où les membres se rassemblent dans le lobby du bureau du sénateur républicain Richard C. Shelby à Tuscaloosa pour appeler à une réunion de la mairie.

Le groupe utilise le mot Kudzu qui est une plante, commune dans le Sud. Envahissante, elle résiste à la plupart des herbicides. Fowler a déclaré que c’était un sobriquet approprié dans un état où près de 63% des électeurs ont soutenu Trump.

« Nous grandissons rapidement, nous nous propageons et nous fleurissons sur un terrain où il peut être difficile pour d’autres de prospérer. Nous sommes difficiles à éliminer », a déclaré Fowler.

Source : 14 Août 2017- Rhonda Colvin - The Washington Post : Resistance efforts are taking root in pro-Trump country — and women are leading the charge
Traduit pour Les Crises par Marianne Oppitz 

Rhonda Colvin

Journaliste au Washington Post.

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