Édition du 14 novembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Écosocialisme

La transition

Cet article est le bref résumé d’un essai plus détaillé de l’auteur sur la transition au Québec. Vous pouvez lire cet essai en cliquant sur l’icône pdf ci-dessous.

La transition énergétique est indissociable pensons-nous de la nécessité de profonds changements économiques et politiques. C’est pour cette raison que nous parlons de transition énergétique, écologique, économique et politique. Ces diverses perspectives se regroupent sous le substantif « transition ». Une authentique transition énergétique ne peut être réalisée sans que ne soient reformulées les règles économiques et politiques au Québec, puisque ces dernières, fondées sur la croissance, sont contraires à toute transition. Qu’est-ce qu’une saine transition énergétique ? Eh bien, c’est le passage d’une société extractiviste de gaspillage, écocide et destructrice, aux finalités strictement commerciales et hégémoniques, à une société écologique stabilisée, à croissance nulle, soucieuse de préserver la liberté et la vie, dont le développement est qualitatif et non quantitatif.

Ce qui se trouve au cœur même de notre société extractiviste et la définit tout autant que ses visées commerciales et hégémoniques (et les sous-tendent) est une croissance illimitée vouée à la destruction par la pollution et l’épuisement accéléré des ressources. Sans cette croissance insensée (démographique et industrielle) nul besoin d’extraire, de produire et d’écouler des stocks de marchandise toujours plus volumineux et souvent inutiles, d’étendre les villes, de surexploiter les sols et de détruire les forêts ; et, du point de vue social, de compétitionner, de manigancer et de guerroyer pour les ressources afin de produire encore plus ! Un modèle économique et politique aberrant et dont la chute prévisible est imminente. Il n’y aura aucune possibilité de relance, contrairement aux crises économiques antérieures, en raison du fait que les ressources s’épuisent.

Il est donc nécessaire d’identifier les facteurs d’ordre économique et politique qui stimulent la croissance afin de transformer et d’adapter l’économie à une société écologique puisque l’inverse (ce que nos dirigeants prétendent faire) est impossible.

Une telle analyse permet de comprendre comment s’articule cette croissance, mais il est pertinent avant tout d’appréhender l’ampleur du problème que représente le fléau de la croissance pour l’humanité. Quatre rapports, dont trois onusiens, menés par une pléthore de spécialistes parus entre 1972 et 2011 confirment que la croissance sera impossible en 2050 par manque de ressources et de problèmes insurmontables de pollution.

Hormis la méconnaissance encore assez répandue du cul-de-sac de la croissance, l’attrait de la consommation et l’inertie de la population ; les gouvernements, les secteurs financiers et industriels — et leurs élites — apparaissent bien sûr comme les piliers de cette croissance. Il ne peut en être autrement. Celles-ci, en effet, ne peuvent ignorer qu’en l’absence de « super technologies », la croissance prendra fin et qu’un effondrement économique culminera vraisemblablement dans une houleuse économie de pénurie (rareté des emplois, de biens et services, de monnaie, associé à des troubles sociaux et perte de démocratie). Cet effondrement frappera assurément avant cette échéance fatidique d’épuisement des ressources en raison de fractures écologiques et de mauvaises gestions économiques.

Les secteurs financiers et industriels, dont les intérêts convergent et se mutualisent, forment des vastes réseaux de production et de distribution enchevêtrés. Les grands actionnaires des institutions financières détiennent nombre d’actions dans les entreprises extractivistes et inversement. De grands conglomérats d’entreprises constituent la trame de ces réseaux commerciaux hiérarchisés. Dans de tels réseaux, les lignes de démarcation entre les secteurs financiers et industriels sont quasi inexistantes. Leurs actionnaires forment le taijitu de l’économie de la croissance et leurs appels à la productivité et à la consommation atteignent toutes les sphères de la société. Installés aux premières loges, ils ne peuvent ignorer que la croissance tire à sa fin. Mais, demandera-t-on, ne courent-ils pas le risque eux aussi de subir les contrecoups d’un effondrement économique ? Il est raisonnable de présumer que ces grands actionnaires prévoient être en mesure de tirer leur épingle du jeu. Les gouvernements, plus ou moins associés aux intérêts de ces réseaux très influents, suivent docilement les lignes directrices imposées par notre modèle d’économie néo-classique soit par ignorance, idéologie et partage d’intérêts, soit par simple corruption. Il faut garder à l’esprit que ces actionnaires bénéficient d’un système bancaire parallèle (les paradis fiscaux) qui leur permet de se soustraire à leur devoir de contribution citoyenne en payant leurs impôts et d’investir ces capitaux, fruits de l’évasion fiscale, dans une économie parallèle dont les activités commerciales sont le plus souvent illégales. Si les administrations européennes et américaines étaient libres de corruption et désiraient vraiment faire disparaître les paradis fiscaux, rien ne pourrait les en empêcher.

Il est raisonnable d’admettre que le secteur financier, intriqué au secteur industriel, est le moteur de la croissance, et la monnaie ou plus précisément la création monétaire sous la forme de crédits, son fuel. Les intérêts perçus de ces crédits sont le rendement de la monnaie-dette, que nous préférons désigner sous la dénomination de monnaie des banques, puisque c’est de cela qu’il s’agit. Qu’advienne une crise financière, le système bancaire n’aura en effet aucune obligation de remettre la monnaie en dépôt. Environ 90 % de la monnaie ou de l’argent est créé sous la forme de crédit avec rendement, par un simple jeu d’écriture numérique. Le remboursement de la monnaie-dette est un facteur de croissance auquel rien n’échappe, les entreprises comme les particuliers permettent cette forme abusive de création monétaire au profit des institutions financières et industrielles. Bien sûr, les actionnaires de la finance investissent dans les secteurs où ils ont placé leurs billes, c’est-à-dire dans les énergies fossiles, les complexes militaro-industriels, le nucléaire, etc., bien que les problèmes de pollution et d’épuisement des ressources s’accentuent depuis une trentaine d’années.

Que peut-on soustraire à notre modèle économique ? La création de la monnaie par le système bancaire, le rendement (les intérêts, mais aussi les dividendes sur investissement) et le remboursement de la monnaie-dette, en substituant progressivement l’impitoyable monnaie des banques par un réseau d’institutions citoyennes d’émission monétaire locales. Cette prise en charge citoyenne de la création de la monnaie permettrait d’éviter l’effondrement économique dans lequel nous précipitent le système bancaire, l’industrie et les gouvernements. Son objectif est de réaliser une véritable « transition ». Les banques d’émission monétaire locales gérées démocratiquement par les communautés locales n’ont pour but que de créer une société viable et écologique par la décroissance industrielle et la stabilisation démographique.

La décroissance industrielle (et par le fait même de la consommation) peut être réalisée par la mise sur pied ou le remodelage d’entreprises industrielles déjà existantes conçues pour réduire l’empreinte écologique et vouées à la conception et à la fabrication de produits de très longue durée, non polluants, réparables, actualisables et récupérables en majeure partie à l’aide de la récupération des produits déjà existants. Associé à une stabilisation démographique, cette refonte réduirait à un très faible pourcentage l’empreinte écologique du Québec. Les ressources énergétiques nécessaires à cette transition peuvent être puisées à même les ressources hydroélectriques. Il serait préférable bien sûr que l’hydroélectricité produite au Québec ne soit pas davantage exportée aux États-Unis et en Ontario. Il est probable, néanmoins, qu’Hydro-Québec poursuive sa politique d’exportation afin de couper court à toute transition énergétique. La direction d’Hydro-Québec ne devrait-elle pas être dans ces conditions entre les mains de la population ? Corrélativement, l’hydroélectricité dilapidée dans la fabrication de produits inutiles et de faible durabilité destinés à l’exportation serait un apport appréciable dans le cadre de la transition. De plus, la recherche et le développement de nouvelles sources d’énergie peuvent être réalisés dans le cadre de cette économie écologique citoyenne.

L’importation et l’exportation sont des facteurs majeurs de la croissance. Avec une forte réduction à l’exportation et une démographie stabilisée, la croissance de la production est virtuellement impossible une fois la demande du marché intérieur satisfaite. L’import/export (deux facettes d’une même réalité) est le syndrome moderne de la boulimie de croissance des multinationales qui ont créé leur propre juridiction commerciale supranationale afin d’assujettir les États-Nations.

La population québécoise est plus à même que ses dirigeants d’évaluer et de répondre de façon adéquate aux défis actuels puisqu’en définitive elle devra en subir les conséquences. Il est de sa responsabilité démocratique d’établir de nouvelles règles économiques et politiques afin de préserver sa liberté et de veiller à son développement, c’est-à-dire au bien commun.

Le Québec et le Canada peuvent-ils soutenir un monde virtuellement en faillite ? Aucune nation ne peut se vanter d’être en mesure de réaliser un tel fantasme. Comment une nation empêtrée dans les filets de la croissance pourrait-elle venir en aide à d’autres nations sans s’embourber davantage dans des difficultés insolubles ? Les nations qui apporteront quelque chose à l’humanité seront celles qui auront su régler leurs problèmes et décroître.

L’économie telle que nous la connaissons peut être changée de façon progressive. Dans un premier temps, la monnaie des banques peut soutenir les émissions de monnaie locales en demeurant en dépôt. Elle cesse de circuler dans l’économie locale au profit de la monnaie locale — les usagers échangeant de la monnaie locale à parité contre la monnaie des banques. Il s’agit, dans un premier temps, de substituer une monnaie à une autre et il n’y a à proprement parler aucune création de monnaie puisqu’il n’y a pas plus de monnaie en circulation. L’économie locale, avec ses propres règles de fonctionnement remplace peu à peu l’économie de l’endettement systémique. Au moment opportun, la monnaie des banques est restituée à ses propriétaires sans que cela n’affecte les économies locales qui forme désormais l’économie de la province.

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