Édition du 5 décembre 2017

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Afrique

Le Burkina a remporté la bataille contre le coton OGM, mais la lutte n’est pas finie

Le Burkina Faso a décidé de ne plus utiliser le coton génétiquement modifié de Monsanto. Mais le niébé transgénique, largement consommé par la population, est déjà dans les éprouvettes. Blandine Sankara prône l’autonomie pour rompre avec ces cultures transgéniques.

Tiré de Reporterre.

C’était le grand raout à Plœmeur, juste à côté de Lorient dans le Morbihan, une centaine de militants venus des quatre coins de la planète se sont réunis pendant trois jours pour échanger sur leurs combats, à l’occasion des Rencontres internationales des résistances aux OGM. Parmi eux, une importante délégation burkinabé était présente pour raconter leur victoire face à Monsanto, il y a six mois, même si la route est longue avant d’expulser l’entreprise de ce pays ouest africain.

Le Burkina Faso fait partie des pays les plus pauvres du monde tout en étant le premier producteur de coton de l’Afrique subsaharienne. Son or blanc, largement vendu à l’export, représente 4 % du PIB. Dans les années 2000, Monsanto a fait miroiter aux producteurs une récolte plus lucrative grâce à une déclinaison OGM, le coton Bt, sans insecticides supplémentaires, et avec un meilleur rendement. Commercialisé en 2009, le coton a été rentable les trois premières années, mais très vite, les cultivateurs ont dû ressortir les insecticides, la qualité du produit s’étiolait, la quantité n’était pas au rendez-vous.

« En octobre 2014, le peuple a expulsé Blaise Compaoré du pouvoir après 27 ans de règne, raconte Aline Zongo, de la Copagen (Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain) ; à ce moment, la parole s’est libérée sur tous les sujets. On a enfin pu parler du coton Bt. »

En 2015, producteurs et entreprises cotonnières ont décidé de rompre progressivement les contrats avec Monsanto pour l’achat de semences OGM, jugées trop chères, pas assez rentables.

Dans un rapport commun avec CCFD-Terre solidaire et publié lundi 1 mai, la Copagen dresse le bilan de ces années de coton transgénique sous la formule « un fiasco national », et liste les promesses non tenues par la multinationale. Le prix des semences est passé entre 2009 et 2016 de 2.300 à 27.000 francs CFA ( 3,51 à 41,16 euros) pour un hectare ; à cela s’ajoutent les coûts des insecticides à nouveau nécessaires à partir de la troisième récolte. En parallèle, la longueur de la fibre du coton s’est raccourcie, dévaluant sa qualité ; sa graine s’est rapetissée, allégeant son prix, la récolte étant payée au poids. « Ce n’est pas tout, les cultures voisines, plutôt vivrières ont aussi été endommagées, détaille Aline Zongo, car les insectes qui n’allaient plus dans les champs de coton se sont réfugiés dans les champs voisins. C’est comme ça que des cultures de sésame ont été totalement détruites. » Elle s’inquiète aussi quant à la santé humaine et animale, « mais nous n’avons pas d’élément à ce sujet, aucune étude n’a été faite ».

 Télécharger le rapport Le coton Bt et nous.

Des études se poursuivent pour un niébé - haricot - transgénique

La rupture de contrat Monsanto a enthousiasmé les militants, sans déclencher pour autant l’euphorie. « Je ne suis pas satisfaite, poursuit Aline Zongo, si nous arrêtons le coton Bt, c’est parce qu’il n’est pas rentable. Mais s’il l’était, nous y retournerions probablement alors que ce coton a des conséquences sur les cultures voisines, qu’il coûte très cher et endette les paysans. »

Consciente que cette victoire sur le coton Bt n’est qu’un répit, elle s’inquiète de la culture du niébé, un haricot riche en protéines largement consommé par la population burkinabé. Une variété transgénique en est en ce moment élaborée et testée dans les laboratoires pour une probable commercialisation dans les années à venir. « Les conséquences risquent d’être beaucoup plus graves car ça ira dans l’alimentation humaine, s’inquiète Aline Zongo, une fois que ces semences seront utilisées, ça sera très difficile de revenir en arrière car c’est un produit du quotidien. »

C’est pour cette raison que Blandine Sankara, la sœur de l’ancien président Thomas Sankara assassiné en 1987, figure de la lutte contre les OGM et coordinatrice de l’association Yelemani, prône une approche globale basée sur la pédagogie. « Il est important de faire le lien entre ce coton Bt et notre dépendance économique face à des entreprises, mais aussi et surtout face au marché mondial. Nous exportons ce coton, nous sommes donc dépendants des marchés mondiaux. En 2008, lors des émeutes de la faim, le prix du blé a flambé et notre pain importé est devenu très cher. Nous devons être autonomes au niveau alimentaire et économique. »

Pour y arriver, il faut passer par la population, « notre force, c’est notre nombre » comme le répète à l’envi Blandine Sankara, avant de se référer à l’impact du mouvement du Balai citoyen dans la chute de Blaise Compaoré fin 2014, qui sera jugé le 4 mai, des marches contre Monsanto en 2015, aux premières rencontres internationales contre les OGM à Ouagadougou l’an dernier ou encore au Tribunal contre Monsanto. Tous ces éléments constituent un mouvement de fond qui met en lumière le nom de la multinationale et fédère les militants. Mais au Burkina Faso, il faut aller plus loin, en particulier vers le milieu rural : « Beaucoup de personnes ne savent pas ce qu’est un OGM, les risques qu’il représente. Nous devons sensibiliser sur les questions économiques, de santé et surtout d’indépendance. Je pense que sortir de la domination des entreprises, du marché mondial est essentiel. Nous devons retrouver la confiance, notre fierté », explique Blandine Sankara.

Julie Lallouët-Geffroy

Journaliste pour le site Reporterre (France).

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