Édition du 20 juin 2017

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Le blogue de Pierre Beaudet

Le Canada, une histoire coloniale

Aujourd’hui après tant de commissions et de rapports, la condition des autochtones au Canada est lamentable. Il n’y a pas d’autres mots pour la décrire. L’indice de développement humain, un indicateur inventé par l’ONU pour classifier les pays selon leur niveau social et économique, place les autochtones du Canada au 68ième rang dans le monde (il y a environ 190 états recensés), alors que le Canada, sans les autochtones, se classe au 3ième rang. 31 % des adultes souffrent de malnutrition.

Après des décennies de travail de sape par les gouvernements et les églises, plusieurs langues autochtones sont en voie d’extinction. On continue d’arracher les enfants autochtones à leurs familles. Les adolescents doivent s’exiler pour poursuivre leurs études. Un pourcentage important d’autochtones n’ont pas accès à l’eau potable et sont sans logement adéquat. On pourrait continuer comme cela avec toutes sortes d’autres indicateurs tous plus dévastateurs les uns que les autres.

De l’extermination à la disparition en douce.

Selon le chercheur Corvin Russell, le sous-secrétaire d’état britannique pour la colonie canadienne, Herman Merivale identifiait en 1841 quatre « solutions » : l’extermination, l’esclavage, l’isolement et l’assimilation. Ce furent en fin de compte les deux dernières « solutions » qui sont devenues le cœur de la politique coloniale. L’idée à la base était de forcer les autochtones à choisir entre un statut d’« indien », pratiquement dépourvu de droits, et l’assimilation. Pour accompagner cette politique, on a créé les réserves où étaient condamnés, pratiquement emprisonnés, les autochtones. Et on a créé des écoles résidentielles où l’objectif était de « détruire l’indien dans l’indien ».

La « loi des indiens »

En 1867 après la défaite du mouvement républicain et au moment où l’empire britannique réorganisait sa domination avec la petite élite anglo-canadienne, ces idées et ces pratiques sont devenues la norme. Les terres indiennes ont été étatisées, « confiées » aux autochtones, mais restant propriété de l’état fédéral. On a interdit toute manifestation de la culture autochtone (notamment les cérémonies religieuses). On a enlevé aux femmes autochtones leurs droits si elles épousaient des non-autochtones. Et évidemment, les conditions de vie ont été maintenues à un niveau misérable. Pour être certain que le message passait, on a exproprié les métis de l’ouest tout en assassinant Louis Riel qui avait donné à leurs revendications un cadre politique.

La « modernisation » du colonialisme

En 1971, le gouvernement fédéral sous l’égide de Pierre Trudeau a proposé un nouveau cadre, essentiellement en « offrant » aux autochtones les mêmes droits que ceux consentis aux citoyens canadiens, mais à condition qu’ils renoncent à leur statut distinctif. Ce fut un soulèvement quasi généralisé parmi les nations autochtones et devant cela, l’état fédéral a été obligé de reculer. Qu’importe, quand il rapatriait la constitution en 1982, Trudeau n’a même pas inclus les autochtones dans la discussion. De nouvelles politiques ont été mises en place pour accélérer l’assimilation : réduction des dépenses consacrées aux premières nations, sous-financement des programmes sociaux et éducatifs, « municipalisation » des réserves de sorte que les institutions autochtones soient « normalisées » et que le statut de nation soit estompé et folklorisé.

Un énorme appareil de contrôle a été érigé par le Ministère des affaires indiennes (sic) pour contrôler les faits et gestes des conseils de bandes et surtout manipuler les budgets. Entre-temps presque toutes les négociations concernant la propriété des terres ont été bloquées. Au mieux, on a troqué les droits autochtones sur la terre pour des subventions et des formes de participation subalternes, comme on a fait avec les Cris de la Baie James.

Nouvelles résistances

Depuis longtemps, les autochtones ont résisté. Depuis les années 1990 cependant, il y a un regain qui s’est notamment manifesté à Oka/Kanasetake, puis à travers toutes sortes d’actions de blocages, de manifestations et de pétitions partout au Canada. Les Mohawks par leur résistance acharnée ont imposé une nouvelle commission d’enquête qui dans une large mesure a identifié les problèmes à leur racine et par leur nom : le colonialisme. Aujourd’hui, les Autochtones sont déterminés à garder leurs droits, ce qui veut dire qu’ils peuvent, légalement parlant, empêcher des projets extractivistes, y compris des pipelines. Le gouvernement fédéral sous Harper a tenté de criminaliser cette résistance, mais les Autochtones ne sont pas tombés dans le piège en maintenant le caractère pacifique de leurs mouvements.

Durant les dernières années, Idle No More a donné encore plus visibilité à ces résistances en les ramenant dans les centres urbains où d’importantes communautés autochtones sont maintenant établies. Des maillages et des convergences se produisent de plus en plus entre Autochtones, mouvements écologiques et autres mobilisations sociales. À gauche et parmi les mouvements populaires, il y a un consensus à l’effet que le colonialisme canadien doit cesser et que les Autochtones ont un droit inaliénable à l’autodétermination. Plus encore, la critique par les Autochtones du capitalisme destructeur est de plus en plus écoutée par les populations non-autochtones conscientes que la survie de la pachamama passe par une autre manière de considérer nos rapports avec le monde naturel.

Notes

1- Marie Vastel, « C’est la crise au Canada, dit le rapporteur spécial de l’ONU », Le Devoir, 16 octobre 2013.

2- Corvin Russell, « Le colonialisme canadien, d’hier à aujourd’hui », à paraître dans le prochain numéro (18) des Nouveaux Cahiers du socialisme.

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