Édition du 14 novembre 2017

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Canada

Le Réseau mexicain des personnes touchées par les minières tente d'obtenir une réponse de Trudeau

Alors que Trudeau se rend dans leur pays, les Mexicains dénoncent les projets miniers canadiens

Alors que le premier ministre Trudeau effectue sa première visite officielle au Mexique, écrit Mining Watch Canada, « le Réseau mexicain des personnes affectées par les minières (REMA par ses initiales en espagnol) a publié un communiqué pour demander à Trudeau de respecter ses engagements et d’arrêter la dévastation des communautés autochtones et paysannes qui a permis aux sociétés minières canadiennes de réaliser de gros profits.

Vendredi 13 octobre 2017 | http://www.remamx.org/

« Les investissements canadiens au Mexique - la principale destination à l’étranger des investissements miniers canadiens après les États-Unis - s’effectuent précisément dans les endroits les plus mortifères pour les personne qui y séjournent de tous les jours, sans parler de la défense de leurs terres et de leur bien-être. Comme l’avenir de l’Accord de libre-échange nord-américain est incertain et que Trudeau cherche à consolider une relation bilatérale avec le Mexique, il est temps de passer à l’action et de tenir compte de nos vies et de nos moyens de subsistance détruits ou menacés.

Le texte du communiqué original suit. Traduit en anglais par Mining Watch Canada. Comme Mining Watch, j’ai omis les notes de bas de page indiquées entre crochets dans le texte. Ceux-ci peuvent être trouvés dans le texte original.

Texte mis en ligne Richard Fidler le 13 octobre 2017

À l’occasion de la visite d’État de Justin Trudeau au Mexique, le Réseau mexicain des personnes affectées par les minières exhorte les sociétés minières canadiennes à envahir le Mexique et à y mettre fin.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, s’est présenté sur la scène internationale comme un démocrate, un partisan des droits de la personne et des libertés, et s’est engagé à respecter la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. [1] Bien que sur ce dernier point il est important de mentionner que le gouvernement a pris une position faible, limitant son soutien à la déclaration dans le cadre de la constitution canadienne, [1] ce qui n’est pas mineur, particulièrement si le Canada continue de refuser de ratifier l’article 169 de l’Organisation internationale du travail [2] et ne respecte pas l’autodétermination des peuples autochtones dans la pratique.

La visite de M. Trudeau dans notre pays a été annoncée comme une occasion de renforcer les liens commerciaux entre le Mexique et le Canada, ce qui est une mauvaise nouvelle pour les peuples et les collectivités qui ont été gravement touchés par les activités minières canadiennes. Aujourd’hui, le Canada est devenu la principale source d’investissements étrangers dans le secteur minier dans le monde et au Mexique, à un point tel que 65% des sociétés minières étrangères au Mexique sont inscrites au Canada. Pour le Canada, le Mexique est devenu la deuxième plus importante destination des investissements miniers canadiens à l’étranger, après les États-Unis, de sorte que 11,3% des actifs miniers canadiens se trouvent au Mexique.

Le pouvoir que l’industrie minière canadienne exerce en Amérique latine a été ouvertement et arbitrairement promu par l’ensemble du corps diplomatique du Canada dans le sens de sa politique de « diplomatie économique » par le biais de ses ambassades. Comme les bons colonisateurs, ils continuent de propager le racisme et la haine envers les peuples autochtones et les communautés paysannes lorsqu’ils encouragent l’investissement minier dans une région comme Guerrero [2] - où les investissements miniers canadiens sont énormes - et ils alertent les touristes canadiens pour qu’ils évitent de voyager en ces lieux , [3] étant donné la violence et les risques que les gens vivent.

Le poids politique et financier des sociétés minières canadiennes et du gouvernement est une réalité qui a servi à influencer la promotion des réformes constitutionnelles, des lois et des règlements dans le secteur extractif afin de faciliter l’investissement étranger, d’affaiblir et de refuser la réparation des préjudices, les paiements d’impôts, ou toute autre condition qui pourrait affecter les bénéfices des entreprises.

Au Mexique, cela a conduit à un cadre juridique anticonstitutionnel qui viole les droits de l’homme parce que, entre autres choses, il accorde la priorité à l’exploitation minière, qui, même si elle est presque exclusivement réalisée par des entreprises privées, est également considérée comme étant d’intérêt public. Cela a entraîné la dépossession et le déplacement forcé de propriétaires fonciers légitimes qui, lorsqu’ils tentent de défendre leurs droits, sont déboutés par les mêmes entreprises ou par les groupes armés illégaux ou en collusion avec divers acteurs du gouvernement mexicain.

Les méfaits pour la santé, la contamination et la destruction de l’environnement, la criminalisation des protestations sociales, les menaces, le harcèlement, les campagnes de dénigrement, la surveillance, les détentions arbitraires et l’assassinat de défenseurs sont les modalités par lsquelles passent le développement de l’investissement minier canadien dans à notre pays. Pour contrer sa brutalité, dans les médias et dans les sphères du pouvoir, les entreprises se vantent de leur responsabilité sociale, de la certification d’une industrie propre ou de l’utilisation sécuritaire du cyanure ou de leur adhésion à des normes absurdes d ’« or sans conflit ».

Pour bien comprendre les revendications de dépossession, de pillage, de déplacement et de violence causées par les compagnies minières canadiennes, il suffit de visiter les communautés de Carrizalillo [4] et Nuevo Balsas [5] à Guerrero, Chalchihuites [6] et Mazapil [7] à Zacatecas, les hauts plateaux septentrionaux de Puebla, [8] Tetlama à Morelos, [9] ou Sierrita de Galeana à Durango, [10] ainsi que Chicomuselo, Chiapas, [11] où Mariano Abarca a été assassiné pour son opposition à une compagnie minière canadienne, Avant cela, l’ambassade du Canada au Mexique a été mise en garde contre les risques auxquels il était exposé en gérant le conflit.

Les abus des sociétés minières canadiennes ont été répétés et elles ont violé les droits de la personne tels que le droit au territoire, à la propriété, à un environnement sûr, à la participation, à la consultation et au consentement, à la légalité et à la sécurité juridique. Par exemple, nous avons vu la même société (Goldcorp) enfreindre la loi à plusieurs reprises en achetant des terres détenues collectivement, d’abord à Carrizalillo, Guerrero, puis, trois ans plus tard, à Mazapil, Zacatecas. Aujourd’hui au Mexique, les entreprises canadiennes exploitent 65% ou plus de 850 projets miniers à différents stades, de l’exploration à la construction et à l’extraction.

Il est important de mentionner, monsieur Justin Trudeau, que la seule chose que l’investissement minier de votre pays nous assure est la dépossession et le risque que des milliers et des milliers de communautés et de personnes perdent leur culture et leur identité à cause de la destruction de leur territoire ; l’arrivée du crime organisé (que les entreprises soient ou non signataires de l’étalon or de l’empire sans conflit) ; ainsi que l’escalade de la violence, de la répression et de la criminalisation de ceux qui défendent leurs territoires et leur vie.

Dans ce contexte, le REMA demande au gouvernement canadien d’arrêter le soutien institutionnel et politique fourni par l’intermédiaire de votre appareil diplomatique pour permettre aux entreprises privées canadiennes d’accumuler des profits par dépossession. Nous exigeons également que vous arrêtiez de promouvoir des politiques et des lois qui légalisent les activités de ces sociétés minières, parmi lesquelles des codes de conduite volontaires connus sous le nom de responsabilité sociale des entreprises, au lieu d’une conformité obligatoire aux lois. En revanche, la responsabilité des entreprises est de toute urgence nécessaire pour mettre un terme aux atrocités et aux illégalités qui violent les droits de l’homme des peuples autochtones et des communautés paysannes.

En outre, au-delà des comptes positifs des secteurs d’activité et des représentants gouvernementaux pour la défense de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), il est important de mentionner que ce pacte n’a fait que légaliser la dépossession. Les secteurs riches, ainsi que le déplacement progressif des produits et des économies locales pour stimuler une nouvelle forme d’accumulation et de contrôle, une augmentation de la dérégulation de la propriété foncière et une dilution des protections de l’intérêt public et du bien public. En résumé, l’objectif principal de l’ALENA a été de faire disparaître les paysans agriculteurs des campagnes.

Enfin, monsieur Trudeau, nous aimerions vous rappeler qu’il y a bien plus d’un an, le 26 avril 2016, diverses organisations, dont la nôtre, vous ont envoyé une lettre [12] dans laquelle nous vous demandions de porter votre attention sur le contexte des violations des droits de la personne d’entreprises canadiennes au Mexique et en Amérique latine, peu de temps après que vous avez assumé votre mandat de premier ministre lorsque vous vous êtes engagé, vous et votre parti, à défendre les droits de la personne. À ce jour, nous n’avons jamais reçu de réponse à cette lettre, ni vu aucune action concrète pour mieux protéger les droits de l’homme.

L’investissement minier canadien détruit notre pays

Les sociétés minières canadiennes violent les droits de la personne

Nous nous battrons pour des territoires sans mines !

Réseau mexicain des personnes affectées par les mines (REMA)

http://www.remamx.org/

Post-scriptum : Le rôle du Canada dans la promotion et la défense de ses activités minières au Mexique, en violation des intérêts et des droits des autochtones, n’est pas passé inaperçu dans les médias de ce pays. Voir, par exemple, cet article dans le quotidien mexicain La Jornada, 13 octobre : ​​"Justin Trudeau en México : frivolidad y decepción".

L’auteur conclut : « Malheureusement, après deux ans au pouvoir, Justin Trudeau maintient une inaction complice concernant la mort et la destruction provoquées par les compagnies minières canadiennes qui ont été soutenues de façon constante dans ce pillage par une légion de spécialistes corrompus dans la vente de nos patrimoine bioculturels. Face à cela, la route à suivre a été tracée par de nombreux peuples au Mexique qui se sont organisés pour déclarer leurs territoires exempts de mégaprojets de la mort, y compris les méga-mines. Justin Trudeau ne devrait rien attendre d’autre qu’une énorme déception. »(R.F.)

Notes

[1] Voir en particulier les articles 10, 28 et 32, qui exigent le "consentement libre, préalable et éclairé" des peuples autochtones concernés par les projets qui empiètent sur leurs terres, territoires et ressources. La Cour suprême du Canada a ignoré cette exigence dans de récentes décisions

[2] Connu également comme la Conventions des peuples et tributs indigènes, 1989.

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