Édition du 18 septembre 2018

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International

Le « Venezuela » devant une bataille critique

Tiré du site greenleft.org.au

Des batailles décisives entre les forces de la révolution et de la contre-révolution se dessinent à l’horizon au Venezuela. La campagne menant aux élections à l’Assemblée nationale le 26 septembre sera une bataille critique entre les partisans du président socialiste Hugo Chavez et l’opposition de droite, appuyée par les E-U. Mais ces batailles, qui font partie de la lutte de classe entre la majorité pauvre et l’élite capitaliste, vont se dérouler plus dans les rues que dans les urnes.

Texte publié le 20 février 2010 sur le site de Green Left Weekly.
Traduction de David Mandel

Jusqu’à présent cette année, il y a eu une escalade de manifestations fascistes par des groupes violents de l’opposition étudiante ; l’assassinat sélective de syndicalistes et de dirigeants paysans par des paramilitaires de droite ; et une campagne intense des médias privés qui présentent l’image d’un gouvernement accablé par la crise et qui va vers la perte de pouvoir.

Le 29 janvier Chavez a déclaré : « S’ils lancent une offensive extrêmement violente qui nous obligera à prendre des mesures fermes — ce que je ne leur recommande pas - notre réponse sera de les anéantir. » Cette déclaration a été faite le lendemain d’affrontements dans la ville de Mérida pendant lesquels deux étudiants sont morts et 21 policiers ont été blessés.

Chavez a lancé un défi à l’opposition de suivre la voie constitutionnelle et de demander un référendum pour révoquer son mandat présidentiel, si elle croit vraiment que le peuple ne l’appuie plus. Selon la constitution démocratique adoptée en 1999, un référendum s’organise pour révoquer n’importe quel élu si 20 % de l’électorat signent une pétition le réclamant. Chavez a déclaré que si les capitalistes continuent à suivre la voie de l’affrontement, il « accélérerait la révolution », dont le but annoncé est le « socialisme du XXIe siècle ».

L’empire prend l’offensive

Cette campagne intensive de déstabilisation fait partie de l’offensive régionale lancée par les parrains de l’opposition à Washington. L’année dernière, les États-Unis ont installé de nouvelles bases militaires en Colombie et au Panama ; ils ont réactivé la Quatrième flotte pour patrouiller les eaux de l’Amérique latine ; et ils ont aidé à organiser un coup d’État militaire qui a renversé le gouvernement de gauche de Manuel Zelaya à Honduras. Cette année, les États-Unis ont occupé Haïti avec 15 000 soldats après le tremblement de terre du 12 janvier, et des avions de guerre américains ont violé l’espace aérien du Venezuela.

Un rapport du 2 février du Directeur général de renseignements des États-Unis, l’Amiral Dennis Blair, intitulé « Vénézuela - première force anti-américaine de la région », cible le gouvernement de Chavez.

On ne peut pas exclure une invasion militaire américaine. Mais le but principal du renforcement de la puissance américaine dans la région est de faire pression sur les sections des forces militaires vénézuéliennes et sur les autres éléments du camp de Chavez qui préfèrent freiner le processus révolutionnaire afin d’éviter un affrontement. Cette pression s’exerce en coordination avec une campagne de mensonges des médias qui combinent la prétention selon laquelle la popularité de Chavez est en baisse dramatique avec des rumeurs de dissension au sein des forces armées et du gouvernement. Les États-Unis et l’élite vénézuélienne espèrent ainsi isoler et, en fin de compte, écarter Chavez.

Cette campagne ressemble à celle déclenchée en 2007 pour faire rejeter les réformes constitutionnelles proposées par Chavez, réformes qui auraient créé un cadre juridique pour des attaques plus radicales contre le capital et au profit de la majorité pauvre. Ces propositions ont été rejetées par une mince majorité lors du référendum.

L’opposition espère diviser la base de soutien de Chavez — la majorité pauvre et les forces armées — et gagner une majorité à l’Assemblée nationale (avec lequel il serait possible de destituer Chavez). À tout le moins, l’opposition cherche à empêcher les forces pro-révolutionnaires de gagner une majorité de deux tiers à l’Assemblée, ce qui rendrait moins facile aux Chavistas de faire adopter leurs projets législatifs. A présent l’Assemblée a une large majorité pro-Chavez en raison du boycott par l’opposition du scrutin de 2005.

La Révolution avance

La crise économique mondiale frappe Venezuela plus durement que le gouvernement avait initialement espéré. Des problèmes dans le secteur de l’électricité, entre autres, sont la source de tensions. La campagne gouvernementale qui vise à sensibiliser la population sur les effets du changement climatique et sur la nécessité de réduire le gaspillage a affaibli l’impact de l’opposition et des médias privés, qui rejettent la blâme sur le gouvernement pour les problèmes des secteurs de l’électricité et de l’eau.

Mais loin de réaliser les prédictions de la droite, selon lesquelles la chute du prix du pétrole ferait reculer le gouvernement, Chavez a poursuivi sa politique de redistribution de la richesse aux pauvres. Il également renforcé les mesures contre le capital et la corruption. Cela se fait au côté de mobilisations de rue importantes en appui du gouvernement (mobilisations ignorées par les médias internationaux, qui ont offert une couverture importante à de petites émeutes d’opposition étudiante).

Il y a de nouvelles mesures pour renforcer le transfert du pouvoir au peuple, comme la poursuite de l’intégration des conseils communaux populaires dans les structures du gouvernement.

En novembre, Chavez a annoncé des opérations contre huit banques impliquées dans des affaires de corruption. Une majorité d’entre elles a été nationalisée et fusionnée avec la banque de l’État sous forme de la Banque bicentennaire. Avec la Banque du Venezuela, nationalisée en 2007, l’État contrôle maintenant 25 % du secteur bancaire — le plus grand bloc. Près de 30 banquiers ont été accusés de corruption et attendent leurs procès. Il est significatif qu’un certain nombre d’entre eux avait été étroitement aligné avec le gouvernement. L’un d’entre eux, Ricardo Fernandez Barrueco, était un entrepreneur relativement peu connu du secteur de l’alimentation qui est monté en grade et rejoint l’élite bancaire, étant devenu propriétaire de quatre banques et de 29 sociétés.

Cette ascension fulgurante a été rendu possible en grande partie grâce à ses liens avec un secteur du gouvernement Chavez, qui lui avait fourni de généreux contrats pour fournir les magasins Mercal, subventionnés par le gouvernement, en produit et en services de transport. Cela a valu à Fernandez le surnom de « Tsar de Mercal ».

L’arrestation d’un autre banquier accusé de corruption, Arne Chacon, a mené à la démission de son frère, Jessie Chacon, Ministre des sciences de Chavez.

Des institutions étatiques, des militants du Parti socialiste unifié de Venezuela, dirigé par Chavez, et la Garde nationale ont également agi contre la spéculation sur les prix à la suite de la décision de dévaluer la monnaie locale, le bolivar, le 8 janvier. Plus de 1000 magasins ont été fermés temporairement pour spéculation sur les prix pendant la première semaine suivant la dévaluation.

Le 13 février, Chavez a annoncé que le gouvernement était arrivé à un accord avec la société française Casino pour l’achat de 80 % de ses actions de la chaîne de supermarchés CADA, qui possède 35 magasins à travers le pays. Avec la chaîne de supermarchés Exito, récemment nationalisée, et l’importation massive des différents biens essentiels, le gouvernement est en train d’assumer une part beaucoup plus importante du secteur de la vente au détail et de la distribution.

La dévaluation de bolivar a eu comme effet de rendre plus chères les marchandises importées, réduisant le pouvoir d’achat des travailleurs. Pour compenser cela, le gouvernement a décrété en janvier une augmentation de 25 % du salaire minimum (avec 10 % de plus prévu pour mars et 15 % pour septembre). Des sources gouvernementales nous ont dit que le gouvernement examine la possibilité d’augmentations supplémentaires et de mesures en vue de l’établissement d’un monopole d’État du commerce extérieur.

Organisation à la base

Malgré les protestations violentes et la campagne de diffamation, un sondage mené en janvier par l’Institut d’analyse des données (IVAD — considéré généralement comme la moins partiale des sociétés de sondage) a trouvé que plus de 58 % des Vénézueliens continuent à approuver de présidence de Chavez. Le même sondage révèle également que 41,5 % considèrent que l’opposition devrait constituer la majorité à l’Assemblée nationale, comparés à 49,5 %, qui ne le veulent pas.

32,6% ont dit qu’ils voteraient pour des candidats pro-révolutionnaires ; 20,8 % - pour l’opposition ; et 33,1 % voteraient pour des « indépendants ». Ces 33,1 % vont sans doute devenir moins nombreux jusqu’à septembre. La question est à savoir si cette section de la population s’abstiendra (comme lors du référendum constitutionnel de 2007) ou si les forces révolutionnaires pourront s’organiser pour les gagner de leur côté et ainsi infliger un coup décisif à la droite.

Trois manifestations pro-révolutionnaires massives ont déjà eu lieu cette année, en comparaison desquelles les manifestations de l’opposition sont minuscules.

Un nouveau regroupement d’organisations de la jeunesse révolutionnaire, le Front bicentenaire national de la jeunesse, a également été créé pour organiser la majorité pro-révolutionnaire des jeunes et des étudiants. L’entrée de la jeunesse organisée dans la révolution est vitale pour son avenir. Cela est nécessaire, comme Chavez l’a souligné dans son discours du 12 février devant une manifestation massive d’étudiants à Caracas, afin de s’attaquer aux problèmes graves de réformisme et de bureaucratisme qui entravent la révolution.

Chavez a plaidé contre ces secteurs du camp révolutionnaire qui insistent qu’il est possible d’avancer en renforçant le secteur privé et en attirant les capitalistes. Il a répété à plusieurs reprises que la « bourgeoisie nationale » n’a aucun intérêt à faire progresser le processus de changement. Il a souligné que la « lutte des classes » est au cœur de ce processus.

Chavez a souligné qu’il est absolument vital de combattre l’inefficacité et la bureaucratie des structures d’État héritées des gouvernements précédents et qui retardent et sabote le processus. « Nous devons mener à bout le démantèlement des anciennes structures de l’État bourgeois et créer les nouvelles structures de l’État prolétarien. »

Pour faire avancer ce but, le gouvernement a encouragé la création de 184 communes à travers Venezuela. Les communes sont composées d’un nombre de conseils communautaires et d’autres organisations sociales, des organismes qui sont gérés et contrôlés directement par les collectivités locales. Chavez a qualifié les communes de « composantes de base » du nouvel État dans lequel le pouvoir doit progressivement passer au peuple organisé.

La création récente de milices paysannes, organisées pour l’auto-défense des agriculteurs pauvres contre la violence de grands propriétaires fonciers, est également importante.

Toutefois, le principal défi est la construction continue du PSUV comme instrument révolutionnaire des masses. Les millions de membres de ce parti sont encore largement passifs. A son congrès extraordinaire, qui a commencé en novembre et qui continue à se réunir les fins de semaine jusqu’au mois d’avril, se mènent des débats entre les 772 délégués élus. Des divergences ont surgi entre ceux qui favorisent une approche réformiste plus modérée et ceux qui plaident en faveur d’une voie révolutionnaire.

Un débat important se mène au sujet de l’appel de Chavez en faveur d’une nouvelle organisation internationale qui unirait les forces révolutionnaires dans le monde afin de renforcer la lutte pour « le socialisme du 21ème siècle ».

Des débats ont lieu également autour de la question à savoir si les membres du parti vont élire les candidats à l’Assemblée nationale ou si cette importante décision sera laissée entre les mains d’un comité de sélection (comme préfèrent les forces plus conservatrices). Après la prise de la décision d’élire les candidats par la base du parti, Chavez a déclaré le 11 février : « J’ai confiance dans le peuple. J’ai confiance dans la base populaire. Elle ne va pas nous nous tromper.


[Federico Fuentes est membre du bureau du Green Left Weekly (australien) à Caracas.

Cet article a été publié initialement sur le site du Green Left Weekly.]

Traduit par David Mandel

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