Édition du 26 juin 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Afrique

Le boycott, une histoire… L’exemple marocain

Mais ne serait-il pas juste, de dire que c’est l’argent et la spéculation qui régentent de plus en plus et pas forcément en bien, notre vie à tous... Les choix économiques sont imposés au plus grand nombre bien souvent par quelques personnes ou par des collectivités détenant le pouvoir de le faire.

Tiré de Afrique en lutte.

C’est ainsi que pour modifier le cours des choses, les citoyens doivent redoubler d’efforts et se mobiliser en masse pour espérer faire prendre en compte l’interêt général, mais même avec d’amples mobilisations, ils ont de plus en plus le sentiment de ne plus y parvenir, de ne pas être écoutés. C’est probablement la raison pour laquelle de nouvelles formes de résistances apparaissent par endroit !

Trois produits ciblés par un boycott au Maroc

C’est ce qui se passe actuellement au Maroc, le boycott de certains produits considérés comme très chers est devenu la nouvelle arme des citoyens. Trois produits de première consommation ont été depuis ce mois d’avril ciblés par les réseaux sociaux et le résultat est au rendez-vous au point d’inquiéter le système. Cette campagne anonyme contre de grandes marques remporte un succès inattendu dans le royaume et tourne à la contestation du système économique. Pour beaucoup de citoyens que nous avons rencontrés durant ce mois de mai dans 2 grandes villes du pays, le boycott reste la seule action revendicative qui puisse dans le contexte politique du moment s’avérer efficace à terme. Il devient ainsi « un geste citoyen pour une action de masse » à travers les réseaux sociaux en pénalisant les produits concernés.

En France, la situation est certes différente, mais le sentiment existe aussi, de ne plus avoir prise sur la situation. Les transports, l’énergie, la santé, l’éducation, la culture, la recherche,... tous ces domaines sont aujourd’hui assujettis aux profits et pour ce qui nous concerne à une législation européenne ultra libérale, capitaliste, le mot serait plus juste.

Un jour, les déréglementations touchent la santé, un autre l’énergie, un autre encore l’éducation et ainsi de suite, mais au final, partout il y a la remise en cause des services publics, l’austérité, la diminution des droits, les reculs et surtout le mal vivre qui gagne du terrain. Les salariés se sentent compressés au travail, la vie est de plus en plus chère, le stress gagne et ceux qui n’ont pas la chance de travailler peuvent rapidement se retrouver en marge de la société, exclus, le mot n’est pas trop fort.

Des choix économiques contraires à l’intérêt général

Ce n’est donc pas « l’économie » qui pose problème, mais plutôt les choix économiques qui induisent et impulsent les reculs de civilisation, les dérèglementations, et autres privatisations. Ce qui se trame et se passe actuellement avec les cheminots (SNCF), est le résultat de tout cela et conduit inexorablement à casser un modèle social qui touche tous les citoyens.

Mais tous ces reculs ne sont pas tombés du ciel européen innocemment. Ils sont le résultat de choix politiques capitalistes opérés par les différents pouvoirs des États membres, dont la France de Sarkozy, celle de Hollande, et aujourd’hui celle de Macron.

Ils se disent de droite, du centre ou de gauche, mais au résultat, ils imposent y compris par la force s’il le faut et toujours, les mêmes politiques régressives et répressives pour le plus grand nombre... Quelle différence politique aujourd’hui entre un Sarkozy, un Hollande ou encore un Macron.

Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire…

En réalité, mais toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, ces hommes politiques et les mouvements qu’ils représentent sont au service des nantis et suivent à la lettre les injonctions internationales du G20 et de ses satellites, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, l’Organisation Mondiale du Commerce, sans oublier l’OTAN au niveau militaire… Ce sont ces organismes, enfants du libéralisme le plus réactionnaire et débridé qui donnent le tempo et l’agenda politique. Ils sont les instruments au service d’une politique et celle-ci n’est pas sociale, elle est inégalitaire. Elle est capitaliste. Pour s’en convaincre il suffit de regarder la redistribution des dividendes aux actionnaires dont une étude récente, révèle que celle-ci en France a augmenté de manière scandaleuse. Il n’y a pas de crise pour les plus riches et l’économie est à leur service.

Comment changer les choses, quand toutes les protestations, même les plus déterminées et massives ne trouvent aucun débouché politique. C’est désespérant, mais c’est pourtant ce qui se passe dans notre pays aujourd’hui et la loi récente sur le « code du travail » n’est pas le seul exemple.

Le pouvoir, les pouvoirs sont sourds face à des revendications légitimes et à terme, cette situation peut nous amener au désastre, car ce que nous vivons en France est aussi ce qui se passe ailleurs et en pire en certains endroits de la planète. L’inégalité sociale explose, elle peut mettre gravement en danger l’avenir de l’humanité. Les populismes, tous les populismes sont aux aguets d’autant qu’à cette situation d’inégalité sociale, il faut y rajouter d’autres dangers tout aussi importants : le réchauffement climatique généré par l’activité humaine, et le terrorisme, la multiplication des conflits et des guerres, le surarmement, qui sont aussi des facteurs pouvant conduire à une catastrophe planétaire. Ce qui ce passe actuellement en Palestine et plus généralement au Moyen et Proche Orient est lourd de dangers potentiels.

Sur toutes ces questions, aussi importantes les unes que les autres, le mouvement social peine aujourd’hui à se faire entendre et les rapports de forces politiques ne permettent pas pour l’instant dans ce monde politique unipolaire, qui donne le "sentiment d’un capitalisme triomphant sur la planète", d’inverser le cours des choses.

Expérimenter pour résister et proposer

Ce qui reste une évidence, c’est que les mobilisations classiques sont devenues insuffisantes, ici comme ailleurs et que des citoyens sont à la recherche de nouvelles formes d’actions, d’expérimentations pour surprendre, mais aussi pour résister et proposer. C’est ainsi que les réseaux sociaux parfois décriés peuvent aussi jouer un rôle déterminant dans les nouvelles formes de mobilisations.

C’est dans ce sens qu’au Maroc le boycott est vécu par beaucoup, comme une action utile et efficace pour peut-être, modifier le cours des choses. Le pouvoir ne s’y est pas trompé et une certaine presse tente de discréditer ce mouvement qui se développe massivement par les réseaux sociaux et touche aujourd’hui des centaines de milliers de personnes. Lancé pour la défense du pouvoir d’achat des marocains, la campagne de boycott commence à avoir un impact sur l’économiedu pays. C’est ainsi que cette action qui cible trois produits de grande consommation et en situation de monopole, le lait (groupe Danone) filliale du groupe francais, l’eau (Sidi Ali) et les stations services (Afriquia), détenus par des personnalités influentes du pays est déjà incontestablement un succès. C’est aujourd’hui au tour du poisson dont le prix ne cesse d’augmenter, d’en faire les frais sur les réseaux sociaux.

Comme nous le constatons, il peut être efficace et souvenons nous, que c’est le boycott international dans les années 80 qui a amené l’Afrique du Sud à mettre un terme au régime de l’apartheid et que Nelson Mandela le plus ancien prisonnier politique au monde a pu retrouver la liberté.

Plus près de nous, c’est aussi le boycott de produits de consommation issus des territoires occupés en Palestine initié par l’association BDS qui s’installe doucement et devient un fait marquant dans nos sociétés de consommations. Dans un autre domaine, les étudiants de Science Po à Rennes qui voulaient protester contre l’occupation des terres palestiniennes par Israël, ont boycotté en mars 2017, l’ambassadrice du pays en quittant massivement l’amphi dans lequel elle devait s’exprimer. Les exemples ne manquent pas et traduisent manifestement un changement de comportement des citoyens.

Aujourd’hui, le boycott peut prendre plusieurs visages. Mais son usage en France n’est pas sans difficultés, car il peut être considéré comme illégal et la circulaire Alliot Marie de 2010 a renforcé ce sentiment. Cette circulaire se voulait surtout une réponse judiciaire contre le boycott initié par BDS.

Ce qui parait une évidence, c’est que le boycott est souvent utilisé comme une action de la dernière chance, celle en bout de course, celle qui intervient après avoir utilisé tous les moyens revendicatifs classiques.

Serons-nous libres demain de nous faire une opinion, de savoir, de choisir en connaissance de cause et en toute transparence et liberté. Le droit de savoir existera-t-il encore, quand on constate comment le pouvoir médiatique au plan national mais aussi international exerce sa pression sur les citoyens.

Face à cette absence de pluralisme et des médias instrumentalisés par de grands groupes financiers, les réseaux sociaux apparaissent aujourd’hui comme une nouvelle manière de faire circuler l’information. Une nouvelle manière aussi de protester, de proposer et de résister.

Urgence à innover…

La solidarité et la justice, des coopérations justes et équilibrées auront du mal à trouver leur chemin si l’argent continue à régenter nos vies... Si une minorité continue à imposer les efforts et reculs pour le plus grand nombre. Si le monde continue à être insécurité, confrontations, conflits et guerres. On nous parle de liberté, de libre échange, mais on devrait plutôt parler d’enfermement... On nous enferme. Réagissons !

Il y a urgence à oser, à innover, à ouvrir de vastes chantiers civiques et citoyens pour œuvrer dans le sens de la justice, de la solidarité et de la Paix. Face aux populismes de toutes sortes, il y a urgence à refonder une gauche de gauche rassemblée, qui soit véritablement une gauche de transformation sociale, citoyenne et écologiste pour ouvrir des perspectives politiques en France et ailleurs.

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