Édition du 26 juin 2018

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Le blogue de Pierre Beaudet

Le calme avant la tempête

Avant la pause de l’été, on a parfois l’impression que le monde est en train de s’arrêter. En congé de notre travail, alors que les activités sociales et politiques sont au ralenti, c’est normal, et probablement sain, qu’on remette son compteur à zéro en se concentrant sur les joies de la vie quotidienne.

Sauf que le monde, entre-temps, ne s’arrête pas, lui. Il ne faut pas oublier que notre calendrier ici n’est pas le même que dans la majeure partie du monde. Partout, il y a beaucoup de monde qui continuent d’œuvrer, plus ou moins explicitement. Les entrepreneurs « branchés » et les politiciens de profession restent toujours à l’affût. C’est leur avantage et en même temps leur grand défaut par rapport au commun des mortels.

Par exemple cet été, les appareils politiques dominants vont fonctionner à plein régime. Je pense entre autres au PLQ et à la CAQ, qui ont l’obligation d’accélérer leur « guerre de position » en vue des prochaines élections. Ils ont déjà d’énormes moyens et des armées de « cadres et compétents », qu’on ne peut pas appeler des « militants », parce qu’ils sont là pour protéger leurs magouilles, intérêts et autres opérations. En amenant des millionnaires comme Alexandre Taillefer, le PLQ, par exemple, sait très bien ce qui se fait, loin des yeux et loin de la loi électorale. Les médias de Quebecor, par ailleurs, ne vont pas cesser leur discours de haine et de violence contre les réfugié-es, syndiqué-es, féministes et tous les solidaires imaginables.

Dans notre monde politique réellement existant, cet énorme écart de forces entre les partisans du statu quo et les partisans du changement, mine la démocratie au point où on peut sincèrement se demander quelle est son utilité. Si on juge les choses par leur résultat en tout cas, on voit qu’un peu partout, la compétition électorale aboutit à des joutes entre les droites, « modérées » ou « extrêmes », avec des machineries ultra sophistiquées et occultes.

Alors nous, qu’est-ce qu’on fait ?

Il est tentant, facile aussi, de jeter la serviette. On se dit, « cela ne vaut même pas la peine d’essayer ». À mon avis c’est une erreur. Il faut aussi mener, à la hauteur de nos moyens, la « guerre de position ». Il n’y a pas, et il n’y aura jamais, de « grand soir » ou de « grand jour » où soudainement, le peuple va prendre les choses en mains. Ces grands jours ou ces grands soirs sont toujours le résultat d’une longue accumulation de batailles ardues, obscures et prolongées, aussi bien en termes de rapports de forces que dans le domaine des idées. Quand le peuple se lève effectivement, comme il l’a fait par exemple en Bolivie, il y avait derrière 1000 grèves, 1000 élections, 1000 manifestations. Même quand elles sont battues (comme c’est le cas la plupart du temps), les forces de gauche qui agissent sur le champ électoral peuvent gagner des forces, car il y a des défaites qui sont des victoires symboliques. Comme on vient de le voir en Colombie où pour la première fois, les mouvements populaires ont brisé la fausse alternance entre la droite et la droite.

Alors il faut y aller et si on obtient plus de votes, si on parle à davantage de gens, si on met en place des structures organisées qui peuvent être dans la durée, on avance.

À l’inverse, on fait une autre erreur si on concentre tous les efforts sur ce terrain. Ce terrain, il appartient aux adversaires, il n’est ni libre, ni démocratique. Quand on va dessus, on sait que les dés sont pipés et qu’il faut dire alors deux choses en même temps : se mobiliser sur le terrain politique pour porter notre message haut et fort, et s’organiser en dehors de ce terrain pour participer à la construction d’un mouvement populaire qui lutte pour la transformation, rien de moins.

Revenons à des choses plus concrètes. Depuis déjà quelques mois, QS est en campagne. La multiplication des assemblées, la croissance du membership, l’écho positif reçu par rapport à certaines interventions sont des indicateurs. Pour autant, QS semble piétiner dans les intentions de votes, bien que, vous le savez, les sondages sont en réalité une terrible arme de guerre pour les dominants. En tout cas, il faudra beaucoup d’efforts, et sans doute un peu de chance, pour donner à QS un élan lors du prochain scrutin.

Cela ne se fera pas par magie. Il faudra beaucoup de monde pour donner un coup de main, avec la volonté de mettre réellement la main à la pâte. Paul Cliche, qui en connaît pas mal sur le sujet, nous disait que des gens de gauche, à une certaine époque, regardaient de haut l’idée de faire du porte-à-porte, identifiée aux partis traditionnels, et qu’ils préféraient parler aux convaincus dans des activités pour initiés.

Malheureusement, on a encore des résidus de cela.

Pour terminer, essayons chacun-e d’entre nous, de profiter de la pause pour se préparer au retour qui aura lieu à quelques semaines de l’élection, et où il faudra mettre les bouchées doubles. De manière réaliste, avec plus d’efforts, une avancée importante de QS en termes de pourcentage de votes et de nombre d‘élu-es est à portée de mains. Cela serait un progrès pour tout le monde, pas seulement pour QS.

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