Édition du 21 novembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le dernier bon coup de Michel Chartrand

Hier, 12 avril, nous commémorions le cinquième anniversaire du décès de Michel Chartrand. Je me rappelle que c’est le 13 avril au matin que la nouvelle déferlait dans les médias.

Le flamboyant syndicaliste était devenu très tôt de son vivant un personnage mythique. Nul doute qu’on lui attribuera des faits et gestes qui seront magnifiés par le passage du temps et par la grandeur de l’impression qu’il a laissée dans l’imaginaire québécois. L’anecdote que je vous raconte aujourd’hui aura peut-être une toute petite place dans la saga qui se constituera à sa mémoire.

Le dimanche 10 avril 2010, le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal, dont j’étais le président, acceptait à 74 % une entente de principe avec l’employeur après presque deux mois de grève, de piquetage dans le froid et de négociations des plus ardues.

La couverture médiatique était particulièrement négative. On nous accusait de prendre les étudiants en otage, certains réclamaient l’intervention de la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, qui à la fin nous menaçait pratiquement d’une loi spéciale. Les étudiantEs de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM) ne nous appuyaient pas. Les radios nous vouaient aux gémonies.

Personne ne songeait à rappeler à l’administration universitaire que, juste avant de venir pleurnicher en séance de négos qu’elle n’avait plus d’argent, les hauts cadres s’étaient voté des augmentations de salaire rétroactive à 2007 et 2008 pour une valeur de 2,5 millions de dollars comme nous l’avait appris le Devoir, le 19 septembre 2009, le jour même où nous tenions une importante assemblée syndicale sur la négociation.

Trois exceptions notables nous apportaient un peu de baume au cœur. La chaîne télé de nouvelles continues LCN du groupe TVA proposait une couverture équilibrée du conflit. De même, le journal Métro de Montréal a offert des reportages équilibrés entre les deux parties. Et les membres de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (l’ASSÉ, alors très minoritaire à l’Université de Montréal) nous donnaient leur appui.

Toujours est-il que nous étions parvenus à une proposition de règlement qui nous paraissait raisonnable dans les circonstances et que ce dimanche-là, le 10 avril 2010, notre assemblée générale avait acceptée aux trois quarts. Mais les deux jours qui suivirent ne nous donnèrent pas de répit, car les médias ont continué à se déchaîner contre les chargéEs de cours, plaignant l’Université qui devait trouver des mesures de rattrapage, comme si ce n’était pas les chargéEs de cours qui se taperaient ce boulot, nous attribuant le caractère chaotique des mesures prises par l’administration et récoltant les témoignages de certainEs étudiantEs pleinEs de hargne, qui voyaient leur emploi d’été écourté.

Alors que nous étions affairéEs à finaliser le texte de la convention, à essayer de mettre de l’ordre dans les mesures incongrues que l’Université improvisait, à trouver des façons de nous entendre avec les étudiantEs pour couvrir les matières à rattraper, nous étions encombréEs par des récriminations médiatiques sur les vilaines conséquences de la grève maintenant qu’elle était terminée.

Mais, le mercredi 13 avril 2010 au matin, il n’y en avait plus que pour Michel Chartrand, qui venait de décéder, et le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal était redevenu une quantité négligeable.

Merci donc à Michel Chartrand car, même en mourant, il a accompli une bonne action et nous a délivréEs du bourdonnement intempestif, qui compliquait notre retour au travail.

LAGACÉ, Francis

Francis Lagacé

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