Édition du 21 novembre 2017

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Le blogue de Louise Chabot

Le désengagement de l’État et la logique du marché

Ce n’est pas nouveau, depuis 2003, sous les libéraux, le gouvernement du Québec a mené l’État sur la pente glissante du désengagement. Coup sur coup, les décisions et les compressions budgétaires auront eu pour effet d’entrebâiller la porte au privé. L’arrivée au pouvoir de Philippe Couillard aura été le coup de vent qui a finalement ouvert toute grande cette porte, transformant du même souffle la façon dont on pense les services publics au Québec. Le gouvernement libéral voudrait qu’on les pense selon une logique de marché.

Les lunettes du privé et la dérive clientéliste

On en vient à parler de nos services publics dans une logique clientéliste où le « payeur de taxes » doit en avoir pour son argent et où les services se marchandent avec comme seule unité de valeur le coût en monnaie sonnante et trébuchante. À cela se combine une logique de gestion administrative qui recherche « l’efficience » aux dépens de la qualité.

Dans le réseau de la santé et des services sociaux, par exemple, cela se traduit par un financement « à l’activité » qui vise à mieux évaluer les coûts et, surtout, la valeur marchande des soins et des services. Encouragés par un changement de discours de nos dirigeants, les PDG du réseau de la santé et des services sociaux participent davantage à des activités d’échange, à des recherches et à des conférences encourageant la privatisation de notre système de santé[1].

Cette logique marchande attire également des acteurs du privé qui sont de plus en plus décomplexés dans leur désir de mettre la main sur de juteux contrats publics (fournitures, cafétéria, buanderie, agences de placement de personnel, contrats en ressources intermédiaires, etc.).

Cette marchandisation est même présentée par Gaétan Barrette, ministre de la Santé et des Services sociaux, comme une amélioration de l’accès aux soins. Il faut le faire quand même : après avoir coupé les budgets et chamboulé le système, réduisant ainsi l’accès aux services, le ministre ouvre grand la porte au privé qu’il présente comme grand sauveur de la population…
 
Mitch Garber et les bonis à la performance

Cette dérive du discours par rapport à nos services publics a des effets également en éducation. Quand l’État se désengage et n’assume pas son rôle de réfléchir aux solutions permettant de renforcer la réussite éducative de tous les élèves, il ne faut pas se surprendre que d’autres acteurs tentent de prendre le relai. Quand le seul discours dont semblent capables nos dirigeants est celui du monde des affaires, il est normal que ce dernier contamine les réflexions sur le monde de l’éducation, un peu comme cette idée de « boni à la performance » lancée à la va-vite par l’homme d’affaires Mitch Garber la semaine dernière.

Sous-traitance, « gestion axée sur les résultats », répartition « efficiente » des ressources professionnelles et rationalisation économique, tel est le discours en éducation. Ne devrait-on pas parler plutôt de réussite éducative et de services aux élèves ?

Concurrence artificielle pour « affamer la bête »

Il en va de même pour nos services éducatifs à la petite enfance qui sont mis à mal dans le seul but de favoriser la montée d’un réseau privé parallèle, faisant fi des bénéfices à long terme d’investir tôt dans la petite enfance : persévérance scolaire, réduction des inégalités, meilleure santé physique et mentale, etc.

Encore une fois, on oublie le service public dans une logique de marché qui n’a pas sa place quand vient le temps de penser à nos services à la population.

Noam Chomsky nommait cette stratégie : « affamer la bête ». À force de couper les services publics à la population, il devient de plus en plus facile de faire payer individuellement les gens pour des services qu’ils payaient auparavant collectivement, par leurs impôts et leurs taxes. Une bête qui a faim finira par manger ce que son maître daigne lui donner comme pitance.

Cadeaux préélectoraux

Il ne faudra pas se surprendre non plus de voir le gouvernement annoncer toutes sortes de cadeaux préélectoraux financés à même les surplus créés sur le dos de la population et des services publics. Ainsi, le gouvernement libéral puisera dans le « pot » collectif pour financer des mesures ciblées à des segments électoraux payants pour lui[2]. C’est du déjà vu, c’est du réchauffé et, disons-le, c’est moralement douteux.

Ce n’est pas ça gouverner. Gouverner, c’est mener la barque collective vers une société plus juste pour tous les citoyens et citoyennes du Québec. Il faudra nous en souvenir lors des prochaines élections.

Notes

[1] Comme celles organisées par Pôle Santé HEC : http://polesante.hec.ca/.

[2] http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1038318/quebec-aide-universite-bishops-subvention.

Louise Chabot

Présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) (depuis 2012)

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