Édition du 19 septembre 2017

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Le genre est un organisateur clé de la mondialisation néolibérale

tiré de : entre les lignes et les mots 2017 12 18 mars

Les analyses documentées démontent « les mécanismes à l’œuvre et le fonctionnement concret, quotidien, économique et politique, de la mondialisation, que ce soit sous l’angle des mutations de la division sexuelle et internationale du travail, des mobilités internationales féminines, de la mondialisation du care et du »marché du sexe », ou bien sous celui des violences, du militarisme et des résistances – notamment féministes – au néolibéralisme. »

Publié le 24 août 2010

Comme le rappelle Bruno Lautier dans l’introduction « La mondialisation ne crée pas mais exacerbe les dimensions spatiales de la division sexuelle du travail ». Il souligne à la fois, la nécessité de prendre en compte dans les analyses le travail domestique non payé et l’apport de l’analyse systémique. En le citant, j’ajoute aussi la nécessité de ne pas oublier les asymétries « Les millions de domestiques, infirmières, prostituées, etc ; qui circulent d’un continent à l’autre pour satisfaire les besoins des ménages de cadres »sans épouse » ne doivent pas faire oublier les centaines de millions d’ouvrières immobilisées dans les usines chinoises, bengladaises, mexicaines, notamment, dont les bas salaires jouent un rôle important dans la contention des salaires au Nord » ou « Ce ne sont pas seulement les femmes-cadres »libérées » du travail domestique, mais toute la population -hommes et femmes – des pays du nord qui profitent des formes actuelles de la division du travail à l’échelle mondiale. »

Il ne s’agit pas ici de culpabiliser celles et ceux du Nord mais de mettre en avant, une des problématiques, devant être traitée en tant que telle, pour pouvoir penser l’émancipation au niveau le plus large.

De multiples thèmes sont abordés. Je n’évoque que quelques articles extraits de la première partie de l’ouvrage.

Saskia Sassen « Mondialisation et géographie du travail » traite de « l’émergence de nouveaux circuits globaux de travail » et montre que « Les femmes des pays en voie de développement jouent un rôle croissant dans la création d’une nouvelle économie politique alternative, même si cela n’est pas toujours visible, entre autres parce que la recherche traditionnelle sur le développement néglige les femmes en tant qu’actrices, à part entière. » De ses analyses, il ressort que « une partie des emplois à faible rémunération font précisément partie des secteurs économiques les plus avancés ». L’auteure utilise la catégorie de « ménages professionnels sans épouse » qui me semble apporter un éclairage pertinent à la fois sur la demande croissante de services et sur la polarisation genrée « non seulement des revenus salariaux mais aussi sur la qualité de l’emploi. »

Fatiha Talahite analyse le déploiement entravé du marché mondialisé et la place des marchés régionaux ou nationaux. L’auteure discute de la non prise en compte du travail domestique dans les définitions du produit intérieur brut, de l’augmentation massive du taux de participation des femmes qui « a toutes chances de se traduire par une hausse de leur taux de chômage ». Elle souligne la nécessité de prendre en compte les dimensions historiques des structures sociales et d’y inscrire, sans l’isoler, la dimension de genre.

Lourdes Benéria « Travail rémunéré, non rémunéré et mondialisation de la reproduction » analyse la fourniture de services de garderie et autres services dits sociaux, en soulignant la tendance de « l’ordre libéral à privatiser la survie individuelle », les conséquences en terme de mondialisation du care, de féminisation de la migration internationale, de brouillage des clivages formel/informel, notamment dans la sous-traitance et les externalisations.

Miriam Glucksmann traite des « Plats cuisinés » et des circuits internationaux, du transfert du travail aux consommateurs. Elle montre que « la réduction du temps de travail des femmes relève à la fois de l’indifférenciation des marchandises et du changement dans la division domestique du travail. »

L’ensemble de la seconde partie de l’ouvrage « Mobilités internationales : mondialisation du care et marché du sexe » approfondit les recherches sur des objets plus précis et mériterait une large diffusion, car les analyses font ressortir les conséquences de la profonde réorganisation de la division du travail, en particulier pour les femmes.

La dernière partie traite des « Violences et résistances : militarisme et mouvements féministes transnationaux », loin des visions enchantées déclinées ici ou là.

En conclusion, les auteures soulignent d’une part l’oubli délibéré « que la majorité des »prolétaires » dans le monde sont des femmes » et d’autre part le « très fort creusement des inégalités de sexe, de classe et de ‘‘race » » ; sans oublier que le renforcement des « rapports de pouvoirs imbriqués » se double sur le plan idéologique d’une « renaturalisation de ces inégalités ». Leurs analyses font ressortir l’apport inestimable « du genre afin de créer un grille d’analyse de la complexité de la réalité sociale mondialisée. »

Je termine cette note par trois courtes citations :
◾« Le travail de reproduction sociale devient simultanément un enjeu de limitation des dépenses publiques et de réduction des coûts salariaux »
◾« Ces divergences ne sont pas le résultat d’identités stables ou fermés, mais bel et bien le reflet de positions et d’intérêts de sexe, de »race » et de classe. »
◾« Les mécanismes de co-construction de ces rapports et leur poids relatif se modifient, mais ces transformations ne produisent nullement un magma indifférencié, ni une mosaïque de diversité communiant dans une citoyenneté mondiale pacifiée. »

Un bel ouvrage pour ne pas laisser, en silence, un pan majeur de la mondialisation et une invitation à toujours prendre en compte le genre comme clé d’analyse.

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